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Discours du chef indien Seattle

 

Ci-dessous : lecture critique de ce texte

 

Le début de la survivance

 

6 janvier 2003

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
L'idée nous paraît étrange. Nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment pourrions-nous les vendre ?
Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge.

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos soeurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme - tous appartiennent à la même famille.
Aussi lorsque le Grand chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos soeurs, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l'enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos moeurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il l'a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Je ne sais pas. Nos moeurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l'homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas ?

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas ?

Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y-a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas.

L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L'air est précieux à l'homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle - la bête, l'arbre, l'homme, ils partagent tous le même souffle. L'homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir.

Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. (...)

Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ?

Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme ; l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l'homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.

Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour - c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur.

Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l'homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.

Le buisson disparu et l'aigle disparu, c'est la fin de la vie. C'est le début de la survivance.

 

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31 mars 2014

Lecture critique du texte

du chef Seattle

 

Véronique Campion-Vincent

Jean-Bruno Renard

 

publié page 114 dans

100 % RUMEURS

Codes cachés, objets piégés, aliments contaminés…
la vérité sur 50 légendes urbaines extravagantes

Ed. Payot
432 pages - 22,50 €

 

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Le chef Seattle et son discours

En 1854, voilà bien longtemps, le chef indien Seattle (environs 1786-1866) - d'après lequel fut nommée la capitale de l'État de Washington érigée au bord du Pacifique sur les anciennes terres de la tribu Duwamish qu'il dirigeait s'adressa à un gouverneur aux affaires indiennes avec lequel un traité de cession des terres tribales était en cours de signature : Largement diffusé, son discours a été un élément important de la construction de la représentation des Amérindiens comme peuples respectueux de la nature, porteurs d'une sagesse dont il faut aujourd'hui s’inspirer pour protéger la terre mise à mal si nous voulons survivre. En effet, ce beau texte exprime des idées au cœur de la sensibilité écologique : dangers de la pollution, excès de l'exploitation excessive menant à la destruction de la nature :

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
L'idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ? [...]

Dans le discours, l’affirmation de l'unité de l'univers où tout est sacré est novatrice par rapport à la tradition occidentale dualiste (à l'exception peut-être, de la poésie de saint François d'Assise) :

Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme, tous appartiennent à la même famille. [...] l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. [...] Toutes choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

L'Occidental doit apprendre à se mettre au service de la terre :

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à L’homme ; l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent [,..] Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame il le fait à lui-même.
Version publiée dans Wikipédia

 

Un succès mondial, toujours actuel

Le discours a largement circulé dans les années 1970. Diffusé par des publications écologistes et en Europe par des églises chrétiennes qui n'hésitèrent pas à parler de « cinquième évangile », il fut rapidement adapté pour la jeunesse dans des versions à gros tirage. Cité dans de multiples réunions politiques internationales, il a été fréquemment reproduit par des essayistes, dont le candidat républicain Al Gore.

 

Anachronismes et dévoilement

C'est à partir de 1972 que se diffusa le discours, qui comportait des anachronismes flagrants, évoquant les trains et « les fils qui parlent », lesquels n’existaient pas en 1854, et des erreurs manifestes, les bisons n'ayant jamais fréquenté les bords du Pacifique, habitat de la tribu Duwamish :

J'ai vu des milliers de bisons qui pourrissaient dans la prairie, laissés là par l'homme blanc qui les avait tués d’un train qui passait. [...] Nous ne comprenons pas pourquoi [...] la vue des belles collines est gardée par les fils qui parlent.

Un Européen curieux fut le premier à conduire une enquête approfondie sur l'origine du discours qui exprimait des idées bien en avance sur son temps. Il en remonta facilement l'histoire. En 1970, le discours avait été écrit, comme un scénario, pour un film écologiste, Home, produit par la Southern Baptist Convention et diffusé en 1972. Lors de la sortie du film, les producteurs n'indiquèrent pas le nom du scénariste, Ted Perry, qu'ils avaient rémunéré pour sa prestation. Perry protesta, mais la Southern Baptist Convention (dont il faut saluer le flair commercial) répondit que, afin que le film ait plus d'impact elle avait décidé d'indiquer le chef Seattle comme seul auteur du discours. Pour l'écriture de son scénario, Perry s'était inspiré de la publication récente du poète William Arrowsmith. Il avait demandé l'autorisation de ce décalque à Arrowsmith. Celui-ci avait adapté en anglais moderne une version originelle publiée en 1887 dans un magazine par l'érudit local Henry Smith disant avoir assisté en 1854 au discours. Cette version était restée en circulation depuis sa republication locale comme brochure en 1932. Cette version originelle, beaucoup. plus courte, développait surtout le thème des différences entre Occidentaux et Indiens dont la disparition prochaine était annoncée. Cette version originelle avait été publiée trente- trois ans après sa date supposée d'énonciation et on pense que le discours fut prononcé en Salish - langue de la tribu Duwamish.

L'Allemand Rudolf Kaiser publia en 1987 l'histoire de son enquête, avec les témoignages d'Arrowsmith et de Perry et une annexe donnant les trois versions du discours. Ce chapitre d'un ouvrage collectif universitaire fut ignoré du grand public et ce n'est qu'en 1992 pour les États-Unis, en 2000 en France, que des quotidiens de référence, New York Times et Le Monde, y firent écho.

Le discours a survécu à ces dévoilements comme à l'avènement de l'Internet. Largement cité et adapté, il est maintenant très présent dans des blogs personnels fort divers, de l'amoureux de la nature au diffuseur de sagesse amérindienne. On notera cette variante Internet qui règle le problème des anachronismes en situant le discours en 1894 et non en 1854 - ignorant que le chef Seattle historique est décédé en 1866 :

0n associe habituellement à la notion de société primitive le respect de l'environnement naturel. L'expression la plus émouvante de cet idéal fut peut-être donnée par le chef Seattle, en réponse au président Cleveland qui proposait, au nom des Etats-Unis d'Amérique, d'acheter les dernières terres du peuple indien en 1894.

Ce discours des années 1970 fondait une conception des Indiens comme modèles de respect de la nature, préservant avec soin leur environnement naturel. Dans les années 1990, cette image idéalisée fut remise en question par la culture savante, historiens et archéologues soulignant que ces sociétés avaient parfois eu un impact négatif sur leur environnement. Mais ces affirmations sont ignorées. La conception idéalisée l'emporte largement et elle est renforcée par les Indiens eux-mêmes, souvent reconvertis en maîtres de spiritualité et chamans, qui viennent porter en Europe comme aux États-Unis la bonne parole du respect et de la communion avec la nature.

 

Une légende sacrée

Avec le discours du chef Seattle dans sa version de 1970, écrite comme fiction mais diffusée comme l'authentique expression d'un représentant des peuples de la nature, avec laquelle ils vivaient en harmonie avant d'être parqués dans des réserves par l'expansion conquérante de l'occidental et d'arriver au bord de l'extinction, on a affaire à une légende au sens premier du terme « récit de la vie des saints » - qui vient encore en tête des définitions des dictionnaires. Ce récit exemplaire peut être donné en modèle à imiter, et ce texte sacré est toujours vivant au XXIe siècle.

 

 

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