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Religion sans Dieu


Ronald Dworkin

 

 

Éd. Labor et Fides

126 pages - 13 €

 

Gilles Castelnau

 

1er novembre 2014

Ronald Dworkin est un juriste américain. Il ne s’exprime pas dans le style des professeurs de théologie, mais aborde les questions religieuses avec la distance et l’objectivité caractéristiques de sa profession.

On s’intéressera, par exemple, à sa remarque selon laquelle la Cour suprême des Etats-Unis a accordé à un athée le droit d’objection de conscience dont les croyants bénéficiaient pour des raisons religieuses.

Son livre est composé de quatre grands articles :

Un athéisme religieux ?

L’Univers

La liberté religieuse

Mort et immortalité

En voici quelques passages.

 

page 12

Un athéisme religieux ?

Introduction

Le clivage familier entre gens de religion et gens sans religion est trop grossier. Des millions de gens qui se considèrent comme athées ont des convictions et des expériences très semblables à celles que les croyants tiennent pour religieuses, et tout aussi profondes.
Bien qu’ils disent ne pas croire en un dieu « personnel », ils croient néanmoins en une « force » dans l'univers qui serait « plus grande que nous ». Ils se sentent une responsabilité indéniable à bien vivre leur vie en respectant la vie des autres ; ils s'enorgueillissent d'une vie qu'ils estiment réussie et se désolent parfois rétrospectivement d'une vie gâchée.
[...]

Il existe des expressions poétiques et célèbres de telles attitudes. Albert Einstein disait que, bien qu'il fût athée, il était un homme profondément religieux.
[...]

Les juges doivent souvent décider ce que la « religion » signifie pour des questions légales. Par exemple, lorsque le Congrès déclara que les objecteurs de conscience à qui leur religion interdisait de servir seraient exemptés de service militaire, la Cour suprême des Etats-Unis dut décider si un athée à qui ses convictions morales interdisaient aussi de servir obtiendrait la même exemption. Elle décida que oui. La Cour, interpellée pour expliquer, dans une autre affaire, la garantie du « libre exercice de la religion », déclara qu'il y avait aux Etats-Unis plus d’une religion sans dieu, y compris quelque chose qu'elle nomma un « humanisme laïque ».
Qui plus est, les gens ordinaires en sont venus à se servir du mot « religion » dans des contextes qui n'ont rien à faire avec les dieux ni avec des forces ineffables. Ils disent que les Américains érigent leur constitution en religion et que pour certains le baseball est une religion. Bien entendu, ces derniers emplois de « religion » sont métaphoriques, mais ils semblent dépendre moins des croyances relatives à Dieu que, plus généralement, d'engagements profonds.

De sorte que, si surprenante soit-elle, l'expression « athéisme religieux » n'est pas un oxymore.

 

page 18

Qu'est-ce que la religion ? Le noyau métaphysique

Que devons-nous donc considérer comme une attitude Religieuse ? J'essaierai de fournir une réponse suffisamment abstraite et donc œcuménique. L'attitude religieuse reconnaît la valeur pour une réalité pleine et indépendante. Elle reconnaît la vérité objective de deux jugements axiologiques fondamentaux. Le premier d'entre eux est que la vie humaine a un sens ou une importance objective. Chaque personne porte la responsabilité innée et inéludable d'essayer de faire de sa vie une réussite, ce qui veut dire bien vivre, accepter des responsabilités éthiques envers soi-même comme envers autrui - non seulement - parce que nous jugeons que cela est important, mais parce que cela est important en soi, quoi que nous en pensions.

Le deuxième postule que ce que nous appelons la « nature » - l'univers comme tout et dans toutes ses parties - n'est pas simplement un fait, mais quelque chose de sublime en soi - quelque chose qui possède une valeur intrinsèque et qui mérite d'être admiré.
[...]

Pour beaucoup de gens, la religion comprend bien plus que ces deux valeurs ; pour de nombreux théistes, elle comprend aussi, par exemple, l'obligation du culte. Je prendrai néanmoins ces deux valeurs - le sens intrinsèque de la vie et la beauté intrinsèque de la nature - comme paradigmes d'une attitude pleinement religieuse envers la vie. Ce ne sont pas des convictions qu'on peut isoler du reste de sa vie. Elles mettent en jeu toute notre personnalité. Elles imprègnent l'expérience, suscitent la fierté, les remords et le frisson.
Le mystère joue un rôle important pour ce frisson. William James a dit que « comme l'amour, comme le courroux, comme l'espoir, l'ambition, la jalousie, comme tous les enthousiasmes et toutes les impulsions instinctives, [la religion] ajoute à la vie un enchantement qui n'est pas rationnellement ou logiquement déductible de quoi que ce soit d'autre ». Cet enchantement est la découverte d'une valeur transcendantale dans ce qui, sinon, paraît éphémère et mort.

 

 

page 46

L'Univers

Le physique et le sublime

[...]
J'ai déjà cité Einstein qui disait que le « cœur de la vraie religiosité » consistait à reconnaître « la beauté radieuse » de l'univers. Einstein dit aussi : « La plus belle chose dont nous puissions faire l’expérience est le mystère. C’est la source de tout art et de toute science véritables. Celui à qui cette émotion est étrangère, celui qui n’est plus en mesure de s'arrêter pour s’émerveiller et être frappé de stupeur admirative, celui-là est comme mort : ses yeux sont fermés. »
Einstein avait à l’esprit les mystères qu’il avait passé sa vie à tenter de percer; ce sont ces mystères qui vont nous occuper à présent.

 

 

page 119

Mort et immortalité

Que devons-nous comprendre sous le terme d'immortalité ? Le sens littéral veut dire rester éternellement en vie, que ce soit peut-être sur l'Olympe ou même dans un appartement. (Note de G.C. L'auteur a précédement cité la réponse de Woody Allen à qui on disait qu'il survivrait dans ses œuvres : « je préférerais survivre dans mon appartement ») Mais rien ne nous donnera cela, même le dieu de la Sixtine le plus bienveillant. Les acolytes de ce dieu parlent d'une vie dans les nuages, mais ce n'est pas là quelque chose dont nous puissions comprendre le sens.
Ce n'est qu'une négation - nous ne tombons pas dans le néant - et ce n'est donc pas une théorie de l'immortalité, mais quelque chose qui en laisse ouverte la possibilité. Nous venons d'imaginer une manière possible de poursuivre : nous avons imaginé des quanta de matière mentale qui faisaient primitivement partie de nous, mais qui maintenant seraient relâchés dans l'univers. Nous pouvons décider que c'est là ce qui compte comme immortalité - çà ou quelque chose de semblable.
Mais pourquoi le ferions-nous ? Toute hypothèse sur ce que nous pouvons qualifier d'immortalité doit le rendre désirable, doit en faire quelque chose qui ait pour nous de la valeur. Des quanta mentaux dissociés ne remplissent pas cette condition.

Vers quoi d'autre pouvons-nous nous tourner ? L'admirateur de Woody Allen peut avoir eu deux choses distinctes à l'esprit. Il peut avoir voulu dire que, comme Homère et Shakespeare, Allen serait célébré pendant plusieurs siècles. Mais ce n'est pas forcément le cas : aussi bon qu'Allen ait été, il pourrait tomber dans l'oubli comme y sont tombés de nombreux génies comiques célébrés de leur vivant. Et à la fin, bien sûr, à mesure que notre espèce évoluera ou que notre planète brûlera, même la réputation de ces géants cessera d'exister.
Ou cet admirateur aura eu quelque chose de très différent à l'esprit : non une prédiction, mais une évaluation. Il peut avoir voulu dire que les films d'Allen constituent une réalisation intemporelle que ni l’évolution, ni l'histoire, ni le destin ne peuvent changer : comme d'autres œuvres d'art ils sont une réalisation située hors du temps par le simple fait d'avoir été créés, indépendamment du fait de continuer à être admirés ou même de survivre.

Nous pouvons avoir ce genre d'idées à propos de la vie. Les poètes romantiques disaient que nous devrions essayer de faire de nos vies des œuvres d'art. Ils ne pensaient peut-être qu'aux artistes ou qu'à des personnes créatives d'une autre manière. Mais ce qu'ils ont dit peut s'appliquer à toute vie menée de manière consciente par quelqu'un qui pense bien vivre en fonction d'une idée plausible de ce qu'une telle chose signifie. Quelqu'un fait de sa vie une œuvre d'art s'il vit bien et aime bien, dans sa famille ou sa communauté, sans aucune réputation ou réalisation artistique quelconque.

Cela vous paraît-il stupide ? Ou juste sentimental ? Lorsque vous faites bien quelque chose de plus modeste - jouer une mélodie ou un rôle ou un coup aux cartes, réussir une passe ou un compliment, faire une chaise ou un sonnet ou aimer -, votre satisfaction est complète en elle-même. Ce sont là des réalisations intérieures à la vie. Pourquoi une vie ne pourrait-elle pas être elle aussi une réalisation en elle-même, trouvant sa valeur propre dans l'art de vivre dont elle témoigne ?

Si nous aspirons à ce genre de réussite, comme je crois que nous le devrions, nous pourrions la considérer comme une sorte d'immortalité. Nous ferons face à la mort avec la conviction d'avoir réussi à faire quelque chose de bien en réponse au plus grand défi qui attende un mortel. Peut-être cela ne vous suffit-il pas, et peut-être cela n'adoucira-t-il pas le moins du monde notre crainte. Mais c'est le seul genre d'immortalité que nous pouvons imaginer, ou du moins le seul genre d'immortalité auquel il importe que nous aspirions. Voilà bien une conviction religieuse si quelque chose en est une. Elle peut être la vôtre, quel que soit le camp religieux que vous choisissiez de rejoindre, le camp avec dieu ou le camp sans dieu.

 


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