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Protestantismes

Les textes fondamentaux commentés


avec Matthieu Arnold, Sébastien Fath, André Gounelle, Jean Baubérot, Thomas Römer

 

mai-juin 2014

114 pages - 7,50 €

 

Gilles Castelnau

 

 

8 juin 2014

C’est un ouvrage destiné à faire connaître le protestantisme. Il est remarquable dans la mesure où il est constitué de textes fondamentaux de la pensée protestante présentés par des spécialistes eux-mêmes protestants et en comprenant l’importance de l’intérieur.

On dispose ainsi d’échantillons représentatifs des réformateurs Martin Luther (ses 95 thèses !), Ulrich Zwingli, Martin Bucer, Jean Calvin. De mouvements comme le piétisme, le quakerisme ; la pensée de Schleiermacher, Alexandre Vinet, Soren Kierkegaard. Puis sous le titre « les tourmentés du XXe siècle », des introductions et des pages d’Adolf von Harnack, Albert Schweitzer, Karl Barth, Rudolf Bultmann, Dietrich Bonhoeffer, Paul Tillich, Paul Ricœur, Jacques Ellul et la Déclaration de Lausanne.

Un lexique précise le sens du vocabulaire.

Cet ouvrage est une encyclopédie qui a vocation à demeurer dans les bibliothèques des lecteurs cultivés.

On ne saurait trop féliciter Le Point pour cette importante réalisation. En voici trois exemples.

 

.

 

page 18

Les pères fondateurs

Martin Luther, les « 95 thèses »


Matthieu Arnold

professeur d'histoire
du christianisme moderne et contemporain
à la faculté de théologie protestante
de l'université de Strasbourg.

 

Un salut authentique et non monnayable

 

Les « 95 thèses » ne sont pas l'œuvre d'un jeune trublion. Quand, en octobre 1517, Martin Luther (1483-1546) rédige cette série de brèves affirmations, il enseigne depuis plusieurs années à la faculté de théologie de l'université de Wittenberg, en Saxe ; il est aussi prêtre reçoit les confessions de ses paroissiens et prêche régulièrement.

Entré au couvent en 15O5, Luther attache, comme ses contemporains, une importance capitale à la question du salut : comment faire pour éviter, après la mort, non seulement d'être précipité en enfer, mais encore de passer de longs et douloureux moments au purgatoire ? Comment échapper à la colère de Dieu et mériter son amour ? Ces interrogations l’ont tourmenté durant des années. En 1517, grâce à la lecture intense de la Bible, il a trouvé la solution : il ne s'agit pas pour l’être humain d’accumuler des bonnes œuvres (jeûnes, pèlerinages...), mais de recevoir, avec confiance, le salut que Dieu offre.

Dans ce contexte, la prédication des indulgences, ces billets dispensés par l'Église et que l'on pouvait acquérir contre argent sonnant, ne manque pas de le faire réagir. Afin de financer la construction de la basilique Saint- Pierre de Rome, Léon X pape de 1513 à 1521, avait accepté que les indulgences soient prêchées en Allemagne.

 

Comment échapper à la colère de Dieu et mériter son amour ?
Ces questions ont tourmenté Luther durant des années

Outre leur intérêt financier pour le souverain pontife, elles étaient appréciées de maints fidèles, qu'elles rassuraient. Certes, elles effaçaient seulement les peines fixées par l'Église : ses péchés confessés le fidèle se voyait imposer une peine ; s’il n'avait pu l'effectuer de son vivant, elle se prolongeait au purgatoire. En principe, l'Église distinguait ces peines des péchés, que seul Dieu pouvait pardonner. Cependant, la prédication des indulgences connaissait des dérives. Ainsi en 1517, Johann Tetzel (1465-1519), chargé de prêcher les indulgences en Allemagne, affirmait qu'elles effaçaient tous les péchés, y compris les pires d'entre eux et sans qu'il soit nécessaire de s'en repentir. Selon lui, les indulgences valaient pour les défunts : dès que l'argent versé tintait dans la caisse, l'âme retenue au purgatoire s'en échappait et allait au ciel.

Pour Luther, ce message dénaturait la bonne nouvelle contenue dans la Bible : quoi de commun entre cet au-delà monnayé et le salut authentique ? Aussi suscita-t-il un débat universitaire et, sans doute, afficha-t-il ou fit-il afficher ses « 95 thèses » aux portes des églises de Wittenberg. En même temps, il les adressa à l'archevêque Alben de Brandebourg (1490-1545), que le pape avait chargé de superviser la prédication des indulgences, et le pria de mettre un terme aux abus de cette prédication.

 

AMELIORER L'INSTITUTION

Dans ses thèses, après avoir rappelé qu'il est nécessaire de regretter sincèrement ses fautes, Luther souligne que les indulgences sont inefficaces au purgatoire : elles valent seulement pour les vivants. Ensuite, il affirme la supériorité des actes d'amour envers autrui sur l'achat d'indulgences. Par conviction sans doute autant que par tactique il s'attache à mettre le pape de son côté : Léon X ignore tout de la prédication dévoyée des indulgences ; il a souci de l'Évangile plus que d'argent.

Rédigées en latin pour des universitaires, les « 95 thèses » ne voulaient pas diviser la chrétienté, mais débattre d'une question a priori secondaire, les limites du pouvoir de l'indulgence. Le débat universitaire n'eut pas lieu, mais il fut rapidement porté sur la place publique. Traduites en allemand et imprimées, les thèses connurent une diffusion que Luther n'avait pas prévue : en quelques mois, elles touchèrent l'ensemble des Allemands. L'absence de réaction de la papauté puis son refus d'une discussion de fond, allaient provoquer, trois ans plus tard la rupture définitive de Luther avec l'institution qu'il avait simplement souhaité améliorer.

 

 

 

Le texte

« II est vain de croire au salut par les lettres d'indulgences »

 

Martin Luther

Dispute sur l’efficacité des indulgences (1517)
édition dite de Weimar, volume 1,
traduction originale

 

Par amour de la vérité, et par souci de la montrer clairement, les thèses rédigées ci-après seront débattues à Wittenberg sous la présidence du révérend père Martin Luther [...]. C'est pourquoi il demande à ceux qui ne peuvent être présents pour en débattre de vive voix de le faire, absents, par écrit. Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Amen. [...]

41. Il faut prêcher les indulgences apostoliques avec prudence, afin que le peuple ne comprenne pas - faussement - qu'elles sont préférées aux autres bonnes œuvres de la charité.

42. Il faut enseigner aux chrétiens que le pape n'a nullement l'intention que l'on compare l'achat d'indulgences avec les œuvres de la miséricorde.

43. Il faut enseigner aux chrétiens que celui qui donne à un pauvre ou prête à un nécessiteux fait mieux que s'il achetait des indulgences.

44. En effet, par l’ œuvres de la charité, la charité grandit et l'homme devient meilleur ; en revanche, par les indulgences, il ne devient pas meilleur, mais il est seulement plus libre à l'égard de la peine.

45. Il faut enseigner aux chrétiens que celui qui voit quelqu'un dans le besoin et, sans se soucier de lui, donne pour les indulgences, a droit pour lui-même non pas aux indulgences du pape, mais à la colère de Dieu.

46. Il faut enseigner aux chrétiens que, s'ils ne sont pas abondamment pourvus de biens superflus, ils sont tenus de conserver chez eux ce qui leur est nécessaire, et ne les dilapider en aucune manière pour les indulgences.[...]

48. Il faut enseigner aux chrétiens qu'en donnant des indulgences, le pape a le besoin et le désir plus d'une prière zélée que d'argent disponible.

49. Il faut enseigner aux chrétiens que les indulgences du pape sont utiles s'ils ne mettent pas leur confiance en elles, mais qu'elles sont les plus nocives si, par elles, ils perdent la crainte de Dieu.

50. Il faut enseigner aux chrétiens que, si le pape connaissait les exactions des prédicateurs d'indulgences, il préfèrerait que la basilique Saint-Pierre parte en cendres plutôt que d'être construite avec la peau, la chair et les os de ses brebis.

51. Il faut enseigner aux chrétiens que le pape voudrait - ainsi qu'il le doit -, même s'il était nécessaire de vendre la basilique Saint-Pierre, donner de son argent à un grand nombre de ceux auxquels les prédicateurs d'indulgences soutirent leur argent,

52. Il est vain de croire au salut par les lettres d'indulgences, quand bien même le commissaire ou mieux, le pape en personne donneraient pour elles leur âme en gage.

53. Ils sont ennemis du Christ et du pape, ceux qui, à cause de la prédication des indulgences, ordonnent de passer entièrement sous silence, dans les autres Églises, la Parole de Dieu.

54. On fait injure à la Parole de Dieu lorsque, dans le même sermon, on consacre aux indulgences autant ou plus de temps qu'à elle.

55. L’intention du pape est nécessairement que, si l’on célèbre les indulgences (elles sont fort peu de choses) au moyen d'une cloche, d'une procession et d'une cérémonie, il faut prêcher l'Évangile (il est la chose la plus grande) au moyen de cent cloches, de cent processions et de cent cérémonies. [...]

81. Cette prédication déréglée des indulgences fait qu'il n'est pas facile, même pour des hommes savants, de préserver le respect dû au pape des calomnies ou des questions assurément fines des laïcs.

82. À savoir : pourquoi le pape ne vide-t-il pas le purgatoire à cause de la très sainte charité et de la très grande nécessité dans laquelle se trouvent les âmes (il s'agit là du plus juste des motifs) s'il rachète des âmes en nombre infini à cause du très funeste argent, afin de construire la basilique [Saint-Pierre] - ce qui est le motif le plus futile ?

 

 

 

 

page 41

La révolution de la raison

La fin du XVIIe et le XVIIIe siècle vont voir s'affronter deux grands mouvements : les rationalistes et les courants piétistes et méthodistes. D'un côté, l'autonomie de la pensée, de l'autre le triomphe de l'intuition et du cœur.

 

LES LUMIÈRES, ENFANTS DE LA REFORME ?

 

Hubert Bost

directeur d'études
président de l’École pratique des hautes études.
auteur entre autres, de Ces Messieurs de la RPR.
Histoires et écritures de huguenots
XVIIe-XVIIIe siècles (Champion, 2001)
et Pierre Bayle (Fayard, 2006)

 

Lorsque, dans l'Esprit des lois (1748), Montesquieu (1689-1755) écrit que « la religion catholique convient mieux à une monarchie » et que « la protestante s'accommode mieux d'une république », il veut tirer les conséquences politiques de l'existence, depuis deux siècles, de deux conceptions antagonistes du christianisme. Son constat s'inscrit dans une « théorie des climats », grâce à laquelle il cherche à comprendre pourquoi la greffe de la Réforme a pris dans l'Europe du Nord et échoué dans l'Europe du Sud : s'ils ont secoué le joug du pouvoir pontifical et instauré une forme d'examen critique, c'est que les « peuples du Nord ont et auront toujours un esprit d'indépendance et de liberté que n'ont pas les peuples du Midi, et qu'une religion qui n'a point de chef visible convient mieux à l'indépendance du climat que celle qui en a un ».

Quel qu'en soit le degré de pertinence, ce diagnostic avait, en son temps, le mérite de poser la question d'une spécificité du protestantisme européen. On veut rendre compte du destin de la Réforme, et l'on découvre qu'une religion est non seulement composée d'une doctrine et de pratiques, mais qu'elle véhicule aussi un système de représentation du monde et une certaine conception de l'homme et de la société.

[...]

HÉRITAGE ET CONTESTATION

La doctrine protestante est passée au crible d'une raison
qui ne lui épargne guère ses critiques.

Durant la seconde moitié du XVIIe siècle et au cours du XVIIIe, deux mouvements importants se manifestent, à la fois héritiers et contestataires de la Réforme. Le premier est le courant rationaliste. La décision de s'en tenir aux saintes Écritures et le devoir de les étudier avec discernement pour en comprendre le sens sans recourir à la Tradition ou à l'autorité de l'Église a fait naître la « critique biblique » (dont les exégètes de la Bible d'aujourd'hui sont les lointains descendants). Cette discipline recourt aux outils de l'histoire et de la philosophie pour se perfectionner. Insensiblement, elle prend ses distances à l'égard de l'idée selon laquelle la Bible serait un corpus sacré et intouchable : elle le traite comme n'importe quel texte.

Il en va de même de l'histoire de l’Église, qui s'émancipe de la théologie et de la légende dorée. Comme, de son côté, la philosophie acquiert aussi son autonomie, la doctrine chrétienne - en l'occurrence protestante - est passée au crible d'une raison qui ne lui épargne guère ses critiques. Les dogmes ne sont plus des vérités révélées, mais des constructions humaines destinées à rendre compte des mystères : ils résultent non de vérités intangibles, mais de spéculations qu'on doit replacer dans leur contexte si l'on veut les comprendre... La raison fait vaciller la foi, mais selon des modalités assez différentes en fonction des territoires.

 

UN CHRISTIANISME RAISONNABLE

Tandis que les Lumières françaises (de Voltaire à d'Holbach en passant par Diderot) combattent en général le christianisme, qu'elles ne connaissent quasiment que dans sa version catholique, l'Enlightenment britannique ou L'Aufklärung allemande sont davantage des tentatives de synthèse entre la foi et la raison. On retrouve dans la Suisse protestante ou en Hollande un même souci d'inventer un « christianisme raisonnable », capable de rendre compte des mystères de la foi dans des termes qui ne choquent pas les esprits éclairés.

Mais, à sa façon, la Réforme avait aussi redécouvert le lien existentiel du croyant avec son Dieu : les médiations ecclésiales qu'étaient les sacrements ne prenaient tout leur sens que s'ils venaient nourrir la ferveur du croyant : sans quoi ce n’étaient que des rituels confinant à la magie. Après avoir été en partie occultée par la mise en place des orthodoxies confessionnelles, cette intuition du nécessaire lien personnel entre le croyant et Dieu, entretenu par la lecture de la Bible et la prière, est approfondie d'abord dans des courants piétistes dont l'essor est important, notamment en Europe centrale, et dans le méthodisme anglo-saxon, qui insiste sur la décision personnelle de se convertir et de rompre avec le passé.

 

LA RELIGION DU CŒUR

Loin d'abolir la dimension communautaire de la foi chrétienne, cette insistance fait de l'Église davantage le lieu où des croyants régénérés se réunissent - donc une réalité seconde par rapport à la foi individuelle - que le lieu dans et par lequel les croyants reçoivent la grâce et la foi. La « religion du cœur » - qui n'est pas forcément ou pas toujours en contradiction avec la pente rationaliste - caractérise une bonne partie du protestantisme du XVIIIe siècle, et culmine en quelque sorte dans l'œuvre du compositeur Jean-Sébastien Bach (1685- 1750), qui exprime à merveille cette importance de l'appropriation personnelle du salut. Dans un tout autre univers mental, on peut considérer que la religion singulière de Jean-Jacques Rousseau (1712- 1778), où le cœur le dispute à la raison critique, résulte aussi de cette évolution du protestantisme.

Montesquieu avait posé un diagnostic sur Le rapport entre les formes confessionnelles du christianisme et les régimes politiques. Mais comment un régime, surtout s'il s'agit d'une monarchie absolue, se comporte-t-il face à la dissidence et à l'hétérodoxie ? La gloire du roi passe-t-elle par l’éradication des « non-conformistes » ? La situation particulière du protestantisme français, interdit mais résistant, et donc clandestin depuis la révocation de l'édit de Nantes (1685) jusqu'à la Révolution française, aura contribué à faire évoluer les mentalités au sujet de la liberté de conscience. À cet égard la pensée de Pierre Bayle (1647-1706) a inspiré tous les écrivains des Lumières, et pas seulement le Voltaire du Traité sur la tolérance écrit à la suite de l'affaire Calas (1761). Bayle avait publié en 1682 des Pensées diverses sur la comète où il critiquait les superstitions, puis, en 1686, un Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus- Christ : « Contrains-les d'entrer » qui avait marqué l'histoire de la réflexion sur la tolérance. Dix ans plus tard, son Dictionnaire historique et critique offrait aux hommes de lettres un véritable arsenal pour penser en marge du catholicisme officiel.

Qu'une minorité confessionnelle soit pourchassée et persécutée après avoir été reconnue durant près d'un siècle et que, pendant des décennies, le clergé ait prétendu donner aux rois des consignes religieuses n'est assurément pas pour rien dans l'émergence d'une conscience laïque, tant parmi les protestants eux-mêmes que dans les milieux cultivés et modérés comme les parlementaires du royaume.

Ainsi le protestantisme européen de l'époque des Lumières se définit-il en fonction de ses dynamiques internes, extension dialectique entre la fidélité aux intuitions de la Réforme, dont il se réclame, et la découverte de voies jusqu'alors inexplorées, où la critique rationaliste et l'émotion prennent une part nouvelle. Mais l'influence indirecte qu'il a exercée ne saurait être négligée, qu'il s'agisse de la question si controversée de sa possible affinité originelle avec la démocratie, ou du rôle qu'a paradoxalement joué sa répression dans l'émergence des droits humains universels.

 

 

 

page 48

La révolution de la raison

 

Le piétisme pour améliorer l'Église

 

Philipp Jakob Spener, « Pia desideria »

 

Katharina Schächl

pasteur de l'Église protestante unie de France
responsable du service de formation à distance Théovie

 

Né en Alsace en 1635, Philipp Jakob Spener (1635-1705) entreprend des études de philosophie, puis de théologie à Strasbourg. Après Bâle, Genève, Lyon, Stuttgart, Tübingen, il revient en 1666 â Strasbourg où il devient prédicateur à la cathédrale. C’est à Francfort (à partir de 1670) qu'il va donner forme au piétisme luthérien, préparé déjà en Allemagne par Johann Arndt (1555-1621). Parus en 1675, les Pia desideria, ou « Désir sincère d'une amélioration de la vraie Église évangélique » en constituent le texte fondateur.

 

DISPUTES THÉOLOGIQUES

L'auteur y présente ses idées en trois parties : analyse de la situation misérable de l'Église, espérance d'une amélioration possible et finalement, ce que montre l'extrait ci-contre, propositions concrètes pour remédier à la situation. Spener, comme celles et ceux qui vont s'appeler « piétistes » (d'abord un sobriquet de leurs adversaires pour se moquer de leur insistance sur la « piété »), souffre de l'état de son Église, née de la Réforme du XVIe siècle, mais qui se « perd » d'après lui dans des discussions dogmatiques stériles en négligeant de vivre ce qu'elle proclame. Il faut « transformer la doctrine en vie » (Lehre in Leben verwandeln) pour reprendre une expression de Johann Arndt.
[...]
Le piétisme relativise les clivages doctrinaux et insiste sur les points d'accord entre les confessions.
[...]
La place du pasteur est relativisée. Il faut se réunir en petits groupes de fidèles engagés qui seront le « levain dans la pâte » de l'Église afin de l'édifier, de la « vivifier » de l'intérieur.
[...]

 

 

Le texte

« Il serait permis à chacun d'émettre ses doutes »

 

Philipp Jakob Spener, Pia desideria (1675)
traduction de l’allemand Annemarie Lienhard,
notes et postface Marc Lienhard.

 

Il faut donc se demander si l'Église ne serait pas bien inspirée, si, en dehors des prédications ordinaires sur les textes préconisés, elle introduisait les gens plus avant dans l'Écriture, d'une autre manière encore.

1. Une lecture assidue de l'Écriture sainte elle- même, mais surtout du Nouveau Testament. Cela n'est vraiment pas difficile : que chaque père de famille ait sa Bible ou du moins le Nouveau Testament à portée de main, qu'il y lise quelque chose tous les jours ou, s'il n'est pas très expert en lecture, qu'il le fasse lire par d'autres.
[...]
Les gens doivent donc être incités à la lecture personnelle. À côté de cela, il serait de bon conseil :

2. d'introduire l'habitude de lire publiquement devant la communauté les livres bibliques, à la suite, sans explication supplémentaire, à moins d'y ajouter éventuellement de brefs résumés : ce serait pour l'édification de tous, mais avant tout de ceux qui ne savent pas lire ou ne lisent pas bien et pas aisément, ou aussi de ceux qui ne possèdent pas la Bible ;

3. il se pourrait qu'il ne fût pas inutile [...] de remettre en usage l'ancienne forme apostolique des assemblées d'Église : en dehors de nos prédications habituelles, on organiserait d'autres assemblées, à la manière dont Paul les décrit (I Corinthiens, 14) : il n'y aurait pas qu'un seul homme qui se lèverait pour enseigner (ceci serait conservé en d'autres occasion), mais d'autres aussi, ayant reçu des charismes et le don de la connaissance, parleraient, sans désordre ni querelle évidemment, et ils exposeraient leurs idées pieuses sur la matière proposée ; et les autres pourraient juger tout cela. [...] À certains moments, différentes personnes parmi celles qui ont charge de prédication [...] pourraient se réunir [...] : ils prendraient l'Écriture sainte, y liraient à haute voix, et s'entretiendraient fraternellement sur chaque passage, dans l'interprétation la plus simple, en cherchant dans chacun toutes sortes de choses qui pourraient servir à notre édification. Il serait permis à chacun d’émettre ses doutes, et de demander des éclaircissements s'il ne comprenait pas assez bien ou, à ceux qui ont déjà fait plus de chemin, y compris les prédicateurs, de donner leur interprétation sur chaque passage. [...]

Ces réunions permettraient d'espérer des avantages appréciables. Les prédicateurs eux-mêmes apprendraient à connaître leurs auditeurs et leur faiblesse ou leur croissance dans l’apprentissage de la piété ; cela ferait naître aussi la confiance réciproque bien profitable aux deux parties. [...] Ainsi, en peu de temps, ils grandiraient tous à leurs propres yeux et en même temps seraient plus aptes à instruire dans leurs assemblées de maison les enfants et les domestiques. À défaut de tels exercices, les prédications, où un seul homme fait son exposé sous forme de discours continu ne sont pas toujours suffisamment bien comprises, car il n'y a pas le temps, entre les phrases, de réfléchir au sujet ; ou bien, si l'on réfléchit à une chose, une très grande partie de la suite nous échappe (ceci n'arrive pas dans les entretiens dont j'ai parlé).

 

 


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