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La Réforme

 

TDC - Textes et Documents pour la classe

 

Bimensuel,  15 mars 2014

 

Gilles Castelnau

 

13 avril 2014

Cette excellente revue présente le protestantisme avec la grande rigueur d'historiens universitaires et dans le langage simple qui convient à des professeurs de l'enseignement secondaire qui n'ont pas, pour la plupart, de grandes connaissances du monde religieux.

Les exemples suivants montrent la diversité remarquable des articles et en même temps la profondeur de leur science.

 

page 12

Un fait de civilisation


Patrick Cabanel

professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse Le Mirail



Parce qu’elle porte en elle un nouveau rapport à Dieu
dont découle une relation inédite au monde,
la Réforme constitue une rupture majeure dans l’histoire de l’Europe


De nouvelle élites lettrées    

[…]

De l’égalité
Certes, les Églises protestantes sont rarement allées au bout de la démarche d'égalité induite par le sacerdoce universel; par exemple, elles n'ont accepté de femmes pasteurs qu'au cours du XXe siècle. Mais l'éducation des filles n'en avait pas moins la même légitimité que celle des garçons; et la Réforme ayant fait du mariage non plus un sacrement mais un simple contrat, elle a accepté la possibilité de rupture de ce contrat (le divorce), ce qui ne pouvait conduire, dans des sociétés de la domination masculine, qu'à une amélioration du statut de la femme. C'est dans l'Europe protestante  que les premiers vrais progrès juridiques et sociaux concernant la femme se sont fait jour, avec leur accès à l'université et aux carrières médicales, par exemple, puis au suffrage universel. Il en va de même des premiers féminismes ;  dans un pays catholique comme la France, le féminisme a d'abord été largement porté par des protestantes - et des juives. L'inachèvement de la démarche, signalé à l'instant, se marque aussi au sein même des protestantismes: le luthéranisme et l'anglicanisme, qui ont conservé une hiérarchie épiscopale, se sont révélés bien moins radicaux que le calvinisme et ses avatars, tels qu'on les observe en France, en Suisse, mais aussi aux États-Unis. Pourtant le principe d'égalité a bien été posé dès l'origine, avec la constitution de « démocraties religieuses » et des conseils élus, en majorité composés de laïcs,  pour administrer soit le niveau local (« conseil presbytéral », ou « conseil des anciens ») soit les niveaux régional et national (les synodes, comparables aux parlements  élus dans nos régimes politiques modernes). Cette organisation dite « presbytéro-synodale » a-t-elle « préparé» la démocratie, et plus expressément la république ? Certainement pas pour cette dernière puisqu'au XIXe  siècle (l'Allemagne) ou aujourd'hui encore (la Grande-Bretagne, les Pays-Bas …) de grands pays protestants  ont été ou sont des monarchies ! Trouver dans ces domaines une relation mécanique de cause à effet serait bien simpliste. Tocqueville a eu la sagesse, exactement comme allait le faire Weber pour l'économie, d'évoquer non pas des causes, mais des affinités, à l'évidence le maître mot pour prendre la vraie mesure de la Réforme comme matrice, facilitatrice, matière et paysage d'une civilisation moderne.


Une alphabétisation nécessaire
Les processus de l'alphabétisation en apportent une autre illustration. Luther a dit que, n'était celle de prédicateur, sa vocation l'aurait conduit à être maître d'école. Ici encore, les réformateurs  n'ont pas les yeux rivés sur les taux de scolarisation et d'alphabétisation ! Mais la conjonction de deux principes fondamentaux de la Réforme, le sacerdoce universel et le sola scriptura (le salut ne peut se faire que par le recours à l'Écriture sainte, pas par les œuvres), conduit à prôner très fortement l'accès de tous, pas seulement des élites, à la maîtrise de la lecture, pour que chacun soit apte à lire la parole de Dieu dont dépend son salut. L'implantation de la Réforme, partout en Europe, est immédiatement concomitante de la mise en place d'un réseau d'écoles, de livres de catéchisme puis de manuels de lecture, et se fait en pleine collaboration entre le pasteur et le régent là où, au XIXe siècle, instituteurs et curés catholiques se sont fait souvent une guerre à outrance pour la domination des esprits. De la même manière, au plus haut niveau de la culture, l'Aufklärung allemand ne se construit pas en dehors ou contre la religion, à l'inverse des Lumières et de l'Encyclopédie françaises, mais au cœur de cette religion : ce sont Johann Georg Hamann et Emmanuel Kant d'un côté, Voltaire et Denis Diderot de l'autre.

L'obligation et la gratuité scolaires se mettent en place, sur le terrain, des dizaines d'années, voire des siècles, avant ce que l'on observe dans les pays catholiques, France comprise, où il a fallu attendre 1880. L’objectif initial est strictement religieux, mais l'effet rapidement observé est intellectuel, culturel, social, littéraire même : la cité des fidèles, que l'on a vue plus haut évoluer vers une cité des citoyens, devient aussi une cité de lisants et d'écrivants. L'alphabétisation se généralise et de nouvelles élites lettrées apparaissent, au premier rang desquelles des pasteurs (tels le philosophe Herder, le démographe Thomas Malthus, le « docteur» Schweitzer) mais aussi leurs fils et leurs filles, élevés dans un mélange d'exigence et de liberté qui a suscité bien des créateurs dans leurs rangs (Thomas Hobbes, Jane Austen, les sœurs Brontë, Friedrich Nietzsche, les frères Élisée et Élie Reclus, Vincent Van Gogh, Ingmar Bergman ... ). Les cartes des performances scolaires dans l'Europe des XVIIIe et XIXe siècles épousent étroitement les frontières confessionnelles. Même les formes littéraires et artistiques sont concernées.


Une culture protestante ?
Les conséquences de la Réforme dans les domaines anthropologique et psychique n'apparaissent pas moins cruciales. Dans la culture protestante, le pardon et la solution ne peuvent être dispensés de l'extérieur par une puissance habilitée à le faire (qui peut être, dans une société sécularisée, l'État dispensateur de toutes sortes de services et d'aides), mais doivent être puisés en soi. Ce qui, contrairement à ce qu'une approche superficielle donnerait à penser, est bien plus difficile, voire angoissant. D'où, au moins avant la sécularisation accélérée observée dans le dernier tiers du XXe siècle, l'ambiance particulière des sociétés protestantes, avec leur intériorité, leur sérieux, mais aussi leur hypocrisie, le tout « aggravé » par les interdits pesant sur l'alcool, la paresse, la bonne chère, le corps, la sexualité - tout ce que l'on désigne du nom de puritanisme, dont la racine est fortement religieuse.

Revenons en conclusion à une « leçon de la méthode» : la Réforme a été strictement religieuse, elle n'est donc, à proprement parier, la cause agissante d'aucune des révolutions qui l'ont suivie. C'est toujours de manière décalée, seconde, induite, que le religieux produit des effets sociaux, intellectuels, psychologiques.

Pour n'avoir été ni voulus ni même imaginés, ces effets n'en ont pas moins été considérables: ils ont fait bouger toute une civilisation. Leur spectacle offre à l'historien une grande occasion de s'interroger sur ces conséquences induites, ces coïncidences dans des ordres pourtant en apparence inconciliables, ces affinités dont Weber a proposé à jamais la formulation aussi improbable que résistante - l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme...

 


       
page 38

Réforme et économie    


Céline Borello    

maître de conférence en histoire moderne à l’université de haute Alsace/Cresat


[...]
Une nouvelle vision du travail et du prêt à intérêt  
   
Rompant avec la tradition catholique qui accorde peu de dignité aux activités des hommes, Martin Luther puis Jean Calvin leur restituent une place noble, affirmant ainsi une nouvelle théologie du travail : tout métier peut être une vocation, et accomplir sa tâche consciencieusement et dignement est, pour le réformateur de Genève, un prolongement de l'œuvre divine. L'un comme l'autre reconnaissent la primauté du travail aux champs, mais Calvin élargit cette dignité nouvellement acquise aux activités marchandes et manufacturières. Il rompt également avec l'interdit du prêt à intérêt, contrairement à Luther qui le condamne toujours (Sermon sur l'usure, 1519). Autorisant cette pratique, il en fait toutefois un usage bien déterminé et élabore une différence entre prêt de consommation et prêt d'entreprise. Dans une lettre à un ami, Claude de Sachin, qui lui demandait si le prêt à intérêt était licite, il répond très précisément. Seul le second type de prêt est admissible par une remise en cause de la théorie de la stérilité de l'argent, qui peut aider à produire. Le métier d'usurier reste toutefois illicite.
[…]

L'impact économique de la politique antiprotestante de Louis XIV
[...]
De fait, la révocation de l'édit de Nantes en 1685 a longtemps été présentée comme un désastre économique pour la monarchie : l'émigration huguenote aurait favorisé la fuite d'éléments essentiels à la prospérité du royaume. Cette argumentation, née au Refuge avec une littérature de propagande qui vise à convaincre le roi de revenir sur sa décision, a créé un mythe historique qui cache une réalité plus complexe et ne suffit pas à expliquer le déclin des dernières décennies du règne de Louis XIV


De Usuris    

Lettre de Calvin en réponse à la demande écrite de Claude de Sachin, le 7 novembre 1545. Transcription moderne d'É. Dommen et M. Faessler, in Paul Dembinski (sous la dir. de), Pratiques financières, regards chrétiens, © Desclée de Brouwer, 2009.

Quand je permets quelques usures, je ne les fais pourtant pas toutes licites. En après je n'approuve pas si quelqu'un propose de faire métier de faire gain d'usure. En outre je n'en concède rien sinon en ajoutant quelques exceptions [ ... ] : qu'on ne prenne usure du pauvre [ ... ] ; que celui qui prête ne soit tellement intentif [soucieux] au gain qu'il défaille aux offices nécessaires [ ... ] ; que rien n'intervienne qui n'accorde avec équité naturelle [ ... ] ; que celui qui emprunte fasse autant ou plus de gain de l'argent emprunté [ ... ] ; que nous n'estimions point selon la coutume vulgaire et reçue ce qui nous est licite [ ... ] ; que nous ne regardions point seulement la commodité privée de celui avec qui nous avons affaire, mais aussi que nous considérions ce qui est expédient pour le public [ ... ] ; que l'on n'excède la mesure que les lois publiques de la région ou du lieu concèdent.

 

 


page 40 
   


Les anabaptistes    


Claire Gantet    

maître de conférence à l’université Paris 4 Panthéon-Sorbonne    

[...]
(Les anabaptistes) réclament une Réforme plus radicale, prônent la restauration immédiate d'une Église évangélique indépendante du prince, réduite à une communauté des croyants et fondée sur le libre arbitre de ses membres. Ils dénient tout fondement biblique au baptême des enfants, refusent la prestation de serment et le service des armes, prônent l'autonomie des communautés, le sacerdoce universel et une conception purement symbolique de l'eucharistie.

Les communautés anabaptistes    
[…]
Les anabaptistes qui s'installent dans la ville épiscopale de Münster, où ils instaurent, en 1534-1535, le royaume anabaptiste,
qui suscite l'effroi et une vague de persécutions sans précédent. Certains rescapés sont réunis par le prédicateur Menno Simons. qui réorganise l'anabaptisme de l'Allemagne du Nord et des Pays-Bas, et fonde le mennonisme. Menno Simons condamne non seulement les excès de Münster - ainsi la justice expéditive et la polygamie -, mais aussi toute forme de violence et de guerre. Nombre de ses adeptes émigrent vers l'Amérique.
[…]

Jean de Leyde, roi de Münster
[…]

Jean de Leyde devint l'unique chef des anabaptistes, prit le titre de roi Jean 1er et organisa le royaume de Sion, réprimant avec une grande brutalité toute résistance. Dans l'attente du Jugement dernier, qu'il sentait proche, il fit brûler tous les livres à l'exception de la Bible, abolit l'argent et proclama la communauté des biens. À la suite d'une traîtrise, la ville fut prise par l'évêque dans la nuit du 24 au 25 juin 1535 et fut l'objet d'une répression impitoyable.


Combattre l'anabaptisme     

Recès de la Diète de Worms contre les anabaptistes de Münster en Westphalie, dressé en l'année 1535, in Richard van Dülmen (éd.), Das Täuferreich zu Münster 1534-1535. Berichte und Dokumente, Munich : Deutscher Taschenbuch verlag, 1974. Traduit par Claire Gantet.

Nous reconnaissons par-là publiquement qu'en l'année [15]34 juste écoulée la secte maudite, rebelle et impie de l'anabaptisme, en la ville de Münster sise en Westphalie, a été avivée de façon malintentionnée par certaines personnes inconsidérées et émeutières et s'est à tel point propagée et implantée que les habitants n'ont pas seulement cessé et anéanti toutes les cérémonies et cultes chrétiens, mais aussi renversé tout gouvernement temporel, toutes les ordonnances et les bonnes mœurs, mis à feu toutes les lettres et les sceaux, retiré à leurs possesseurs légitimes et rendus communs tous les biens ecclésiastiques et temporels, supprimé ainsi complètement et ignoré toute la justice relative à la propriété, autorisé à tout un chacun de prendre à côté de son épouse précédente d'autres femmes - jusqu'à sept voire plus -, et chassé ceux qui ont résisté à adhérer à leur secte maudite - lesquels ont dû fuir dans une misère infâme, coupés de leur femme, enfants et biens -, et par-dessus tout ça érigé un tailleur inconnu et inconsidéré en soi-disant roi ; ils n'ont eu de cesse, avec leur sentiment et volonté et leur secte impie et tyrannique, de tacher la chrétienté entière, pervertir leur corps et leur âme, enfin de compte, selon la manière de cette secte atroce, d'anéantir l'honorabilité et la respectabilité, et piétiner de fond en comble tous les recès de sa Majesté impériale et du Saint-Empire, les nombreuses Diètes d'Empire, la paix territoriale d'Empire annoncée, les contrats élaborés, approuvés, confirmés et scellés, les droits communs et les serments et devoirs qu'ils ont prêtés et contractés [ ... ].

 

 


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