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 Où t’en vas-tu ma pauvre vie ?

 

pasteur Jean Hoibian

 

12 juillet 2013

En vieillissant l’homme se met à penser sa mort : 50, 60, 70, 80 ans...
Quand de surcroît cet homme a été frappé par la maladie, il ne peut vivre comme tant d’autres qui repoussent l’idée d’un destin menacé. Il connaît les points faibles de son organisme. Un jour, tel ou tel cessera de fonctionner. Alors le praticien tentera la réparation.
Souvent cela réussira.
Mais viendra la situation sans issue et ce sera la fin de vie.

Pour l’instant chaque journée est un cadeau. On se réveille heureux et reconnaissant de voir le soleil, ou le brouillard.
Pourquoi suis-je encore de ce monde ?
Parfois un ami lui dit, avec une pointe de jalousie : « Dis donc tu joues les prolongations ! » 
Qui puis-je, pense le vieil homme ? Faut-il culpabiliser ? se vanter ? ou se complaire dans une obsession morbide ?

Ses enfants et ses petits enfants ont oublié son âge. Si lui pense chaque jour à sa mort, son entourage ne projette pas...
Exception faite de son épouse qui doit composer avec un optimisme dicté par sa tendresse, et le réalisme d’un horizon bouché.
En somme, il faut vivre au jour le jour. Continuer à s’intéresser à la vie sociale et politique et en débattre dans le couple.

Ne pas craindre de penser à la mort.
Dans la foi, s’en remettre à Dieu : pourquoi abandonnerait-il celui qu’il a suivi, pardonné, béni, aimé, au moment où il entre dans le grand silence ?
Celui qui s’attend à l’étape finale, ne sait pas où il parviendra ? Rien dans l’Evangile ne permet de regarder vers un avenir aux allées bien tracées. Que méritons-nous ? Nos vies, aussi ardentes et passionnées qu’elles aient pu être, disparaîtront dans l’oubli. Et c’est tout ce qu’elles valent. A notre naissance une existence nous a été donnée (prêtée ?). Selon les circonstances et notre tempérament, nous avons profité de cette chance, malgré les échecs, les erreurs, les souffrances et les joies. Et toujours cette lucidité venue de l’accompagnement du Divin ! Chacun sa route, chacun son destin ! Mais l’homme se pose des questions :
Pourquoi ai-je pris cette décision ?
Pourquoi m’a-t-il fallu « ramer » dans cette impasse ? Pourquoi tant de déchirures ?
Chaque vie est un mystère respectable dont Dieu connaît les secrets.

Alors la mort ? : le néant ?
Ce serait mépriser la démarche d’amour de Celui qui ne méprise personne et donne du prix à chaque vie. Outre le souvenir (fragile) de ceux qui vous ont aimé, comment sous-estimer la « mémoire » de Dieu, dont parle Paul Ricœur.

Pour l’instant il faut vivre, entreprendre chaque jour les tâches nécessaires : ouvrir sa Bible, prier, entrer dans la pensée du Fils de l’Homme, puis s’obliger à un peu d’exercice (vélo d’appartement), promenade dans le quartier, menus travaux dans le bûcher et dans le jardin, selon les quelques forces qui demeurent...
Notre homme âgé peut se réfugier dans la lecture . S’il a pris la précaution de se faire initier à l’informatique d’immenses possibilités s’offrent à lui !
Et surtout, il y a les amis, membres de différentes associations, de la paroisse ou non.
Le vieil homme (ou femme) doit faire effort pour rester responsable de sa vie et se préoccuper de celle des autres.

Regretter les années de pleine maturité ? oui, bien sûr. Mais la vieillesse ouvre des chemins de sagesse ? en tous cas de méditation sur le sens de la vie

 

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