Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libres opinions

 

11 manières de comprendre le christianisme

 

Catholicisme progressiste

 

Père Michel Anglarès

Enseignant à l'Institut catholique de Paris
curé de paroisse à la Défense
Groupe Jonas

 

 

Le mot « progressiste » est une étiquette qui risque de nous enfermer dans des idées reçues et simplificatrices. Il désigne habituellement d'horribles gauchistes, des contestataires à tous crins voulant tout mettre par terre et ne proposant pas nécessairement grand chose à la place. S'ils hasardent quelques suggestions, elles paraissent en général irréalistes.
En réalité le mot « progrès » veut dire avancer. Cela ne signifie pas nécessairement avancer du moins vers le plus, du moins bon vers le meilleur. Appliqué à la vie chrétienne le terme de progrès ne consiste pas à dire que jusqu'à présent tout ce qu'on a fait était ridicule et que maintenant, grâce à des idées progressistes on va enfin développer un christianisme intéressant, adapté etc...
Non. Simplement le progressisme s'identifie au mouvement et le mouvement, c'est la vie, tout simplement.

Une vie qui ne bouge pas, qui n'évolue pas dans un sens ou dans l'autre, est une vie morte. La mort est synonyme d'immobilité, de fixité. Etre un chrétien progressiste, c'est à mes yeux, d'abord être quelqu'un de vivant qui s'intéresse à tout, qui s'interroge sur tout et n'enferme pas sa foi dans des conceptions préétablies et définitives. Là je rejoins une autre raison de souligner l'importance du mouvement, donc du progrès, au sein de l'expérience chrétienne.
En effet, dans l'Evangile, tout disciple est amené à se convertir en permanence, à se désinstaller sans cesse par rapport aux conceptions qu'il a sur Dieu, par rapport aux règles qu'il se donne, conceptions et règles nécessaires, mais toujours provisoires, toujours limitées à un moment donné qui ne saurait comme tel prétendre à l'éternité.
Se convertir c'est apprendre à être un contemplatif en mouvement permanent à cause de notre vie même en laquelle Dieu ne cesse de s'incarner.
Voilà comment je caractériserais le mouvement progressiste, par comparaison avec d'autres qui seraient plutôt portés à conserver l'acquis du passé jusqu'à figer la vie chrétienne à une époque de son histoire.

Ceux qui ont suivi Monseigneur Lefèbvre par exemple ont arrêté les horloges au temps de saint Pie V. Sans doute s'agit-il d'une époque de la vie de l'Église, mais elle n'est pas toute la vie de l'Église. Il est bien évident qu'on ne peut pas être chrétien à l'heure du TGV comme on l'était au temps des chars à boeufs, même si l'appel à vivre dans la foi, I'espérance et l'amour demeure permanent à travers les âges.
Le concile de Vatican II fut un concile qui s'est inscrit dans le mouvement de la vie moderne dans la mesure où d'une part, il est revenu à ses propres sources, I'Écriture; et d'autre part dans la mesure où il s'est mis à l'écoute du monde dans lequel nous nous trouvons. C'est par ce double mouvement de retour aux sources et d'écoute du monde que Vatican II s'est édifié.

Ce faisant, le concile a encouragé une nouvelle attitude qui n'est pas enfermement dans des certitudes acquises ou dans des comportements crispés. Au contraire il invite à dépasser les acquis pour se remettre à l'écoute de Dieu parlant dans les Écritures et les événements du monde, parole éternelle sans doute, mais dont la compréhension est liée à notre temporalité et donc susceptible d'évolution et d'interprétations diverses.
Le pape Jean XXIII parlait d'un « aggiornamento », d'une mise à jour. L'Église catholique a fini par prendre conscience que, depuis quelques siècles, elle a raté un certain nombre de rendez-vous. Elle a raté le rendez-vous de la science au temps de Galilée. Elle a raté le rendez-vous de l'avènement de la démocratie moderne à partir de la Révolution française. Elle a raté le monde ouvrier au XlXe siècle et aujourd'hui elle a un mal fou à entrer dans les perspectives de la vie sécularisée qui caractérise notre monde contemporain.

Jésus-Christ n'a pas eu peur du monde qui était le sien, il n'a eu peur d'aucun monde. En s'incarnant il n'est pas venu se protéger ni nous protéger. Il a pris de plein fouet le monde dans lequel il était. Il ne l'a pas condamné du haut de ses certitudes morales ou théologiques. Il a, à l'intérieur de ce monde, témoigné d'une autre façon d'être et de vivre; un autre royaume que celui que nous bâtissons avec nos seuls moyens.
Il n'a pas parachuté son Royaume. Il I'a inscrit au coeur de la vie terrestre. Il ne l'a pas instauré en se situant dans une morale du permis et du défendu. Il s'est situé lui-même, par son témoignage et toute sa vie au coeur de notre monde, avec ses contradictions et ses souffrances, jusques et y compris la mort. Mais à l'intérieur de ces réalités, qui sont les nôtres, qui étaient celles de sa culture juive, il a introduit une dimension tout autre, incluant la Résurrection et la vie éternelle.

Dieu est mouvement. Dieu est mouvement d'amour, non seulement à l'intérieur de lui-même puisque nous le découvrons comme une communauté constituée par le Père, le Fils, I'Esprit, en dons mutuels, réciproques, permanents. C'est le mouvement par excellence, celui de l'Amour hors de toute limitation.
Il est aussi Amour pour nous, il vient sans cesse vers nous ! D'une manière encore plus précise, le Père nous a envoyé Jésus pour nous révéler jusqu'à quel point il nous aime et ce que veut dire aimer au regard du témoignage de Jésus-Christ.
Certes tous les chrétiens disent cela. Il n'empêche qu'il y a des façons de l'oublier parfois par des comportements ou des doctrines non réfléchies à la lumière de l'Ecriture.

Dans le catéchisme de mon enfance, je lis par exemple la question « qu'est-ce que Dieu ? ». Cette question est un programme à elle seule ! Demander « qu'est-ce que Dieu ? » n'équivaut pas à demander : « qui est Dieu ? ».
La question elle-même est déjà porteuse d'une vision abstraite de Dieu et la réponse proposée aggrave encore les choses : « Dieu est un esprit infiniment parfait, maître et souverain de toute chose »
On n'a même pas besoin d'être chrétien pour caractériser Dieu aussi abstraitement. Par contre, parler du Père, parler du Fils, parler de l'Esprit, parler de leurs relations avec nous, voir en quoi dans nos vies le fait de croire en un Dieu communautaire implique des dimensions nouvelles dans nos façons de penser et d'agir, voilà qui nous implique concrètement.

Si nous avons conscience que Dieu est une communauté et que nous sommes faits à son image, nous aurons à cœur de développer des liens communautaires entre les uns et les autres. L'individu tout seul n'est pas à l'image de Dieu. Nous le devenons lorsque nous nous rassemblons en son nom, et plus largement lorsque nous développons toutes formes de relations entre nous fondées sur l'amour, la justice, la vérité.
Une religion communautaire implique l'adhésion personnelle de chacun, la reconnaissance personnelle de chacun; mais nous sommes souvent tentés d'opposer la dimension personnelle à la dimension communautaire. Dans la foi chrétienne, au contraire, elles sont unies totalement. Je ne sais pas s'il est progressiste de dire cela, mais il s'agit ici d'une manière beaucoup plus vivante de parler de Dieu.
Désigner nommément le Père, le Fils et l'Esprit saint, admirer l'amour qui les unit, accueillir ce même amour dans nos vies et nous réaliser ainsi en notre humanité profonde, au sein des contingences toujours changeantes et en lesquelles Dieu s'est engagé pour nous permettre de la rejoindre, voici ma manière « progressiste » de parler de Dieu.
Elle engage par ailleurs un combat de tous les jours pour améliorer les relations collectives et faire reculer toutes les formes d'exploitation de l'homme qui sont autant de manières de continuer à crucifier Jésus-Christ.

Cette façon de parler est à la fois extrêmement traditionnelle, je le disais en prônant l'exemple de Vatican II, et très moderne dans la mesure où elle intègre des perspectives collectives et communautaires particulièrement mises en valeur dans notre culture. Autrement dit, le chrétien progressiste revient aux sources et en même temps parle et agit dans un contexte culturel donné qui varie par définition d'une génération à l'autre et même à l'intérieur d'une seule génération. Ce qui distingue mes propos des tenants d'une tradition plus intégrisante est le refus de figer Dieu dans I'immuable et l'ordre établi. Ce fut le rêve de la chrétienté qui conserve de nombreux nostalgiques.

La chrétienté a voulu être l'expression la plus adéquate du Royaume de Dieu établi sur terre. L'histoire a montré à quelles illusions, et parfois atrocités une telle confusion a conduit les hommes. Si le Royaume du Christ s'enracine dans notre monde, « il n'est pas de ce monde » non plus. Il est en gestation actuellement mais ne sera vraiment établi qu'au-delà de cette vie. Il commence à se construire ici, mais il ne s'identifie avec aucun royaume.
Identifier la Parole de Dieu, I'Évangile, le Royaume de Dieu, à des réalisations politiques précises, à des visions morales ; faire par exemple de Dieu le garant absolu d'une autorité, que ce soit celle du roi, des parents vis-à-vis de leurs enfants ou du pape dans son magistère ordinaire, voilà qui me paraît aux antipodes du message évangélique et en tout cas de la conception progressiste du catholicisme que je développe ici.

Nos relations avec les autres conditionnent souvent notre façon d'être en relation avec Dieu et les façons que nous avons de rejoindre Dieu sont aussi applicables à nos manières de nous regarder les uns les autres.
Les deux grands commandements sont parfois dissous l'un dans l'autre : tout pour Dieu ou tout pour le prochain. Certes les personnes en jeu sont distinctes. Dieu est Dieu et nous c'est nous. Il n'empêche que le courant d'amour que le Christ est venu non seulement expliciter mais instaurer est le même fondamentalement qu'il s'agisse de Dieu ou qu'il s'agisse de l'homme.
D'ailleurs le Christ lui-même le dit, I'amour du prochain est semblable à l'amour de Dieu. C'est la même dynamique. Comment pourrais-je rejoindre Dieu si je n'épouse pas en quelque manière le regard de Dieu qui est un regard d'amour, de don, de pardon sur chacun de nous et sur l'ensemble de l'humanité, et qui, comme tel, fait éclater toutes les étiquettes.
Si I 'on en reste aux étiquettes : « progressiste » ou « intégriste », on dira que les intégristes voient essentiellement l'homme dans son côté mauvais, pécheur, sauvé par Dieu à condition tout de même de bien respecter les dogmes et les règles... Je caricature peut-être mais enfin telle est en gros la tendance. De même on dira que le progressiste voit en l'homme la bonté, la générosité, la créativité etc.

Une vraie conception du progrès, du mouvement dans la foi, consiste à regarder chacun de nous et l'humanité, au-delà de nos aspects bons ou mauvais. De toute manière ils sont mélangés. Notre regard doit être éduqué de telle sorte que nous apprenions à voir avec les yeux de Jésus-Christ, et par conséquent à communier au regard du Père et à celui de l'Esprit.
Il y a là tout un apprentissage qui n'est jamais achevé, qui est toujours à refaire, un combat incessant contre les caricatures et les jugements qui voilent trop souvent nos propres regards.
Chaque fois que je rencontre quelqu'un, avant de voir s'il est sympathique, antipathique, beau, laid ou autres réactions « spontanées » je vois d'abord un enfant de Dieu, comme moi, un frère. Je m'efforce de voir d'abord quelqu'un pour qui Jésus-Christ est venu, pour qui Jésus est toujours présent, quelqu'un qui est habité du saint-Esprit, même s'il ne le sait pas, et en qui l'Esprit de Dieu travaille. Je vais donc avoir ure tout autre vision et donc une tout autre attitude à son endroit. Cette réflexion vaut pour les groupes et les foules.

Regarder quelqu'un avec les yeux de la foi c'est le regarder dans sa globalité et au-delà peut-être de ce qu'il donne comme expression de lui-même. Ce n'est pas facile car il y a tellement de parasites en soi et autour de soi ! Pourtant en communiant au regard du Christ sur nous, non seulement nous nous libérons de nous-mêmes, de tous nos supposés a priori qui nous enferment, mais aussi nous aidons l'interlocuteur à se libérer lui aussi, car selon nos réactions, nos manières de le voir, nous pouvons l'emprisonner lui aussi, le culpabiliser ou au contraire l'apaiser, le libérer.
Je crois en un Dieu dont le regard nous libère en nous aidant à nous aimer nous-mêmes, comme nous sommes, avec nos limites, nos imperfections, notre péché. Il nous aide à ne pas nous enfermer, à avancer en sachant que tant que nous serons sur terre, nous serons toujours des pécheurs, limités à bien des égards; pécheurs aimés, pourtant, pardonnés, partenaires de Dieu et solidaires les uns des autres.

Cette conception fondée sur la communion au Christ, permet une plus grande liberté et sérénité que d'autres religions, aussi émi-nentes soient-elles, et par conséquent une plus grande disponibilité à leur égard.
L'islam et le judaïsme, par exemple, pour affirmer leur identité et pour durer à travers le temps et l'espace, ont besoin d'un certain nombre de rites et de règles bien précises qui les garantissent par rapport aux autres, croyants ou non.
Le chrétien est tenté de s'identifier de la même manière lorsqu'il est persécuté.

I'Église se crispe alors sur ses rites, ses habitudes, ses dogmes. Or l'Évangile nous invite à nous identifier non par de tels moyens, aussi utiles soient-ils, mais par notre relation à Jésus-Christ, fils de Dieu fait homme, ressuscité d'entre les morts, assis à la droite du Père. Avec lui nous comprenons que ceux qui ne1'ont pas rencontré aient besoin d'affirmer leur originalité par des moyens divers (circoncision, viande cachère, ramadan, etc.) et en même temps nous comprenons que nous n'avons pas à imposer les nôtres tels les sacrements, par exemple, car la foi est une réponse libre, fondée sur l'amour, et qu'elle dépasse infiniment les moyens qui s'en réclament.

La croisade, un militantisme mal éclairé qui cherche à imposer l'identité chrétienne, et ses moyens d'expression, rendent le christianisme intolérant. Il ne s'agit pas de s'effacer, de disparaître de la visibilité sociale, mais d'actualiser l'image du levain dans la pâte, illustrée par le Christ lui-même.

Il est évident que les rites sont indispensables dans tout groupe humain, comme lieu d'identité, comme lieu de reconnaissance, comme lieu aussi d'éducation de la communauté qui les célèbre. Les chrétiens qui se rassemblent n'échappent pas à cette composante humaine fondamentale. Simplement avec Jésus-Christ, les rites ne se suffisent pas à eux-mêmes. Ils présupposent la foi, I'amour et l'espérance, qu'il aident à exprimer et à nourrir mais qui les dépassent totalement. S'ils ne sont pas au service de l'amour de Dieu et des hommes, ils sombrent dans le seul souci identitaire, voire la magie. Déjà dans l'Ancien Testament, Dieu se plaignait des rites célébrés par le peuple d'lsraël qui ne pratiquait pas le seul culte capable de lui plaire, à savoir, « pratiquer la justice ».

Jésus n'a fait que renforcer cette donne. « L'homme n'est pas fait pour le sabbat, dira-t-il, c'est le sabbat qui est fait pour l'homme » Marc 2,27. Cela ne veut pas dire que le sabbat est inutile, mais qu'il ne doit pas devenir un but en soi. Appliquons cette réflexion à la messe, appliquons-la au baptême, appliquons-la à tous les sacrements et sacramentaux. Ce sont des moyens nécessaires mais absolument pas suffisants.

Prenons l'exemple des enterrements : que l'on honore la dépouille de celui qui vient de mourir, que l'on célèbre la force de la résurrection que Dieu nous propose en Jésus-Christ, me paraît indispensable d'un point de vue pastoral.
Mais pourquoi faudrait-il à tout prix, surtout pour quelque chose qui n'est pas un sacrement, que ce soit un prêtre qui célèbre ? Pourquoi sa bénédiction serait-elle meilleure que celle d'un laïc ? Quand nous entrons dans ces considérations-là nous devenons esclaves du rite pris comme un but indispensable pour être sauvé, alors que le salut consiste fondamentalement en l'amour de Dieu et de nos frères à l'exemple et à la suite de Jésus-Christ. Le rite de l'enterrement comme les autres, doit exprimer et renforcer le double commandement de l'amour et non en tenir lieu avec la conscience satisfaite d'avoir fait son devoir !

Parlant ainsi je suis à l'école de saint Paul qui se réjouissait presque de n'avoir baptisé personne, car sa première mission, sa première tâche était d'abord d'annoncer Jésus-Christ, la Bonne nouvelle de l'amour de Dieu répandu dans le coeur des hommes. I Corinthiens 1,17.
Bien sûr les paroles du Christ, son témoignage doivent pouvoir se concrétiser dans des attitudes humaines et ces attitudes humaines réclament d'être de temps en temps alimentées, soutenues, en particulier par la liturgie, par le rassemblement communautaire qu'elle implique. La messe pour moi est capitale. Il n'empêche qu'elle est provisoire: Quand nous serons dans l'au-delà nous n'aurons plus besoin de messe. Nous serons dans une Eucharistie éternelle et directe, « face-à-face » I Corinthiens 13,12.

La sécularisation de l'Église ne m'interroge pas tant que la sécularisation du monde. Ce terme veut souligner le fait que le monde moderne se construit, s'organise en dehors de toute référence religieuse, contrairement à tout ce qui s'est passé dans l'histoire de l'humanité jusqu'à tout récemment.
L'homme se sent responsable de la planète. Il n'a plus besoin de l'aide des dieux pour la gérer, pour le meilleur ou le pire. Construire le monde en dehors de « l'hypothèse Dieu », en dehors des références religieuses, est une caractéristique essentielle de notre culture Cela peut être positif ou négatif. Le négatif prévaut si la sécularisation, donnée culturelle incontournable, donnait prétexte à lutter contre toute forme de vie religieuse, la tolérant au mieux dans la stricte sphère du privé.
Dans ce cas nous développerions une attitude qui atrophierait l'homme en niant la part religieuse qui le constitue, qu'on le veuille ou non, ainsi que le reconnaissait l'athée Malraux.

Par contre si le phénomène de sécularisation permet aux chrétiens de ne pas (ou plus) utiliser Dieu à tort et à travers, et à tout bout de champs, de redécouvrir nos propres responsabilités, de coopérer avec Dieu pour aménager le monde qu'il nous a confié, alors la sécularisation nous permet de rendre gloire à Dieu qui a voulu des hommes et des femmes libres, responsables, maîtres de la création si j'en crois les récits fondateurs de i'Ancien Testament.

Ce n'est pas la morale du « permis - défendu ». Si nous considérons ce terme de « permis - défendu » à travers les âges, à travers les civilisations, nous nous apercevons que très souvent il est tributaire des moeurs du temps et aussi des classes dominantes d'une époque, avec lesquelles d'ailleurs, I'Église s'est parfois malheureusement identifiée. En outre Jésus-Christ ne parlait et n'agissait pas de cette façon. Il propose une dynamique : I'amour, I'ouverture, le partage, le pardon, le don de sa vie. Voilà qui ne relève pas du « permis - défendu ». Il s'agit d'une attitude dont je dois inventer ensuite les applications concrètes au gré des événements sans qu'il soit nécessaire qu'on me dise : « ne fais pas ci », « ne sais pas ça ». Que l'Église, que n'importe qui, des amis ou d'autres me donnent des repères, c'est toujours utile. Qu'on me dise : « attention, cette direction est une impasse », oui, et que l'Église ait le droit de s'exprimer comme elle l'entend, je le reconnais volontiers. Mais ma foi m'empêche d'être esclave de la lettre des recommandations et des préceptes. Sinon le christianisme se transforme en un système de pensée qui emprisonne au lieu de libérer.

Je ne mets pas en question la hiérarchie ni le pape ; ils ont le droit de dire ce qu'ils ont envie de dire. Mais je regrette, par rapport à ce qui se faisait autrefois, que leurs affirmations ne soient pas codées. Avant, les affirmations éthiques et dogmatiques recevaient une note de plus ou moins grande certitude : les unes étaient dites « de foi définie », les autres « proches de la foi » etc... Maintenant tout est mis sur le même pied quel que soit le sujet abordé et comme il existe dans le public une conception tout à fait faussée de l'infaillibilité, I'impression prévaut que l'Église parle toujours au nom de la Vérité avec un grand V. L'ecclésiolatrie ou la papolatrie ne sont pas loin.

En résumé le courant progressiste est en fin de compte et paradoxalement un retour à la grande Tradition de l'Église, à ses sources et en même temps une manière d'innover en permanence les questions et les réponses chrétiennes en fonction des données culturelles dans lesquelles nous vivons.

 

Enthousiasme, dynamisme, foi communicative !

 

Retour
Retour vers "11 Manières de comprendre"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.