Libres opinions
11 manières de
comprendre le christianisme
Catholicisme
progressiste
Père Michel
Anglarès
Enseignant à l'Institut
catholique de Paris
curé de paroisse à la Défense
Groupe Jonas
Le mot
« progressiste » est une
étiquette qui risque de nous
enfermer dans des idées reçues et simplificatrices. Il
désigne habituellement d'horribles gauchistes, des
contestataires à tous crins voulant tout mettre par terre et
ne proposant pas nécessairement grand chose à la place.
S'ils hasardent quelques suggestions, elles paraissent en
général irréalistes.
En réalité le mot « progrès » veut dire avancer. Cela ne signifie pas
nécessairement avancer du moins vers le plus, du moins bon
vers le meilleur. Appliqué à la vie chrétienne
le terme de progrès ne consiste pas à dire que
jusqu'à présent tout ce qu'on a fait était
ridicule et que maintenant, grâce à des idées
progressistes on va enfin développer un christianisme
intéressant, adapté etc...
Non. Simplement le progressisme s'identifie au mouvement et le
mouvement, c'est la vie, tout simplement.
Une vie qui ne bouge pas, qui n'évolue pas dans un sens ou dans
l'autre, est une vie morte. La mort est synonyme d'immobilité,
de fixité. Etre un chrétien progressiste, c'est
à mes yeux, d'abord être quelqu'un de vivant qui
s'intéresse à tout, qui s'interroge sur tout et
n'enferme pas sa foi dans des conceptions préétablies
et définitives. Là je rejoins une autre raison de
souligner l'importance du mouvement, donc du progrès, au sein
de l'expérience chrétienne.
En effet, dans l'Evangile, tout disciple est amené à se
convertir en permanence, à se désinstaller sans cesse
par rapport aux conceptions qu'il a sur Dieu, par rapport aux
règles qu'il se donne, conceptions et règles
nécessaires, mais toujours provisoires, toujours
limitées à un moment donné qui ne saurait comme
tel prétendre à l'éternité.
Se convertir c'est apprendre à être un contemplatif en
mouvement permanent à cause de notre vie même en
laquelle Dieu ne cesse de s'incarner.
Voilà comment je caractériserais le mouvement
progressiste, par comparaison avec d'autres qui seraient plutôt
portés à conserver l'acquis du passé
jusqu'à figer la vie chrétienne à une
époque de son histoire.
Ceux qui ont suivi Monseigneur
Lefèbvre par exemple ont
arrêté les horloges au temps de saint Pie V. Sans
doute s'agit-il d'une époque de la vie de l'Église,
mais elle n'est pas toute la vie de l'Église. Il est bien
évident qu'on ne peut pas être chrétien à
l'heure du TGV comme on l'était au temps des chars
à boeufs, même si l'appel à vivre dans la foi,
I'espérance et l'amour demeure permanent à travers les
âges.
Le concile de Vatican II fut un concile qui s'est inscrit dans
le mouvement de la vie moderne dans la mesure où d'une part,
il est revenu à ses propres sources, I'Écriture; et
d'autre part dans la mesure où il s'est mis à
l'écoute du monde dans lequel nous nous trouvons. C'est par ce
double mouvement de retour aux sources et d'écoute du monde
que Vatican II s'est édifié.
Ce faisant, le concile a encouragé une nouvelle attitude qui n'est
pas enfermement dans des certitudes acquises ou dans des
comportements crispés. Au contraire il invite à
dépasser les acquis pour se remettre à l'écoute
de Dieu parlant dans les Écritures et les
événements du monde, parole éternelle sans
doute, mais dont la compréhension est liée à
notre temporalité et donc susceptible d'évolution et
d'interprétations diverses.
Le pape Jean XXIII parlait d'un « aggiornamento », d'une mise à jour. L'Église
catholique a fini par prendre conscience que, depuis quelques
siècles, elle a raté un certain nombre de rendez-vous.
Elle a raté le rendez-vous de la science au temps de
Galilée. Elle a raté le rendez-vous de
l'avènement de la démocratie moderne à partir de
la Révolution française. Elle a raté le monde
ouvrier au XlXe siècle et aujourd'hui elle a un mal fou
à entrer dans les perspectives de la vie
sécularisée qui caractérise notre monde
contemporain.
Jésus-Christ n'a pas eu peur du
monde qui était le sien, il
n'a eu peur d'aucun monde. En s'incarnant il n'est pas venu se
protéger ni nous protéger. Il a pris de plein fouet le
monde dans lequel il était. Il ne l'a pas condamné du
haut de ses certitudes morales ou théologiques. Il a, à
l'intérieur de ce monde, témoigné d'une autre
façon d'être et de vivre; un autre royaume que celui que
nous bâtissons avec nos seuls moyens.
Il n'a pas parachuté son Royaume. Il I'a inscrit au coeur de
la vie terrestre. Il ne l'a pas instauré en se situant dans
une morale du permis et du défendu. Il s'est situé
lui-même, par son témoignage et toute sa vie au coeur de
notre monde, avec ses contradictions et ses souffrances, jusques et y
compris la mort. Mais à l'intérieur de ces
réalités, qui sont les nôtres, qui étaient
celles de sa culture juive, il a introduit une dimension tout autre,
incluant la Résurrection et la vie éternelle.
Dieu est mouvement. Dieu est mouvement d'amour, non seulement à
l'intérieur de lui-même puisque nous le
découvrons comme une communauté constituée par
le Père, le Fils, I'Esprit, en dons mutuels,
réciproques, permanents. C'est le mouvement par excellence,
celui de l'Amour hors de toute limitation.
Il est aussi Amour pour nous, il vient sans cesse vers nous !
D'une manière encore plus précise, le Père nous
a envoyé Jésus pour nous révéler
jusqu'à quel point il nous aime et ce que veut dire aimer au
regard du témoignage de Jésus-Christ.
Certes tous les chrétiens disent cela. Il n'empêche
qu'il y a des façons de l'oublier parfois par des
comportements ou des doctrines non réfléchies à
la lumière de l'Ecriture.
Dans le catéchisme de mon
enfance, je lis par exemple la
question « qu'est-ce que
Dieu ? ». Cette
question est un programme à elle seule ! Demander « qu'est-ce que
Dieu ? » n'équivaut pas à demander : « qui est
Dieu ? ».
La question elle-même est déjà porteuse d'une
vision abstraite de Dieu et la réponse proposée aggrave
encore les choses : « Dieu est un esprit infiniment parfait,
maître et souverain de toute chose »
On n'a même pas besoin
d'être chrétien pour caractériser Dieu aussi
abstraitement. Par contre, parler du Père, parler du Fils,
parler de l'Esprit, parler de leurs relations avec nous, voir en quoi
dans nos vies le fait de croire en un Dieu communautaire implique des
dimensions nouvelles dans nos façons de penser et d'agir,
voilà qui nous implique concrètement.
Si nous avons conscience que Dieu est une
communauté et que nous sommes
faits à son image, nous aurons à cœur de
développer des liens communautaires entre les uns et les
autres. L'individu tout seul n'est pas à l'image de Dieu. Nous
le devenons lorsque nous nous rassemblons en son nom, et plus
largement lorsque nous développons toutes formes de relations
entre nous fondées sur l'amour, la justice, la
vérité.
Une religion communautaire implique l'adhésion personnelle de
chacun, la reconnaissance personnelle de chacun; mais nous sommes
souvent tentés d'opposer la dimension personnelle à la
dimension communautaire. Dans la foi chrétienne, au contraire,
elles sont unies totalement. Je ne sais pas s'il est progressiste de
dire cela, mais il s'agit ici d'une manière beaucoup plus
vivante de parler de Dieu.
Désigner nommément le Père, le Fils et l'Esprit
saint, admirer l'amour qui les unit, accueillir ce même amour
dans nos vies et nous réaliser ainsi en notre humanité
profonde, au sein des contingences toujours changeantes et en
lesquelles Dieu s'est engagé pour nous permettre de la
rejoindre, voici ma manière « progressiste »
de parler de Dieu.
Elle engage par ailleurs un combat de tous les jours pour
améliorer les relations collectives et faire reculer toutes
les formes d'exploitation de l'homme qui sont autant de
manières de continuer à crucifier
Jésus-Christ.
Cette façon de parler est à
la fois extrêmement traditionnelle, je le disais en prônant l'exemple de
Vatican II, et très moderne dans la mesure où elle
intègre des perspectives collectives et communautaires
particulièrement mises en valeur dans notre culture. Autrement
dit, le chrétien progressiste revient aux sources et en
même temps parle et agit dans un contexte culturel donné
qui varie par définition d'une génération
à l'autre et même à l'intérieur d'une
seule génération. Ce qui distingue mes propos des
tenants d'une tradition plus intégrisante est le refus de
figer Dieu dans I'immuable et l'ordre établi. Ce fut le
rêve de la chrétienté qui conserve de nombreux
nostalgiques.
La chrétienté a voulu
être l'expression la plus
adéquate du Royaume de Dieu établi sur terre.
L'histoire a montré à quelles illusions, et parfois
atrocités une telle confusion a conduit les hommes. Si le
Royaume du Christ s'enracine dans notre monde, « il n'est pas de ce
monde » non plus. Il est
en gestation actuellement mais ne sera vraiment établi
qu'au-delà de cette vie. Il commence à se construire
ici, mais il ne s'identifie avec aucun royaume.
Identifier la Parole de Dieu, I'Évangile, le Royaume de Dieu,
à des réalisations politiques précises, à
des visions morales ; faire par exemple de Dieu le garant absolu
d'une autorité, que ce soit celle du roi, des parents
vis-à-vis de leurs enfants ou du pape dans son
magistère ordinaire, voilà qui me paraît aux
antipodes du message évangélique et en tout cas de la
conception progressiste du catholicisme que je développe
ici.
Nos relations avec les
autres conditionnent souvent notre
façon d'être en relation avec Dieu et les façons
que nous avons de rejoindre Dieu sont aussi applicables à nos
manières de nous regarder les uns les autres.
Les deux grands commandements sont parfois dissous l'un dans
l'autre : tout pour Dieu ou tout pour le prochain. Certes les
personnes en jeu sont distinctes. Dieu est Dieu et nous c'est nous.
Il n'empêche que le courant d'amour que le Christ est venu non
seulement expliciter mais instaurer est le même
fondamentalement qu'il s'agisse de Dieu ou qu'il s'agisse de
l'homme.
D'ailleurs le Christ lui-même le dit, I'amour du prochain est
semblable à l'amour de Dieu. C'est la même dynamique.
Comment pourrais-je rejoindre Dieu si je n'épouse pas en
quelque manière le regard de Dieu qui est un regard d'amour,
de don, de pardon sur chacun de nous et sur l'ensemble de
l'humanité, et qui, comme tel, fait éclater toutes les
étiquettes.
Si I 'on en reste aux étiquettes : « progressiste » ou « intégriste », on dira que les intégristes voient
essentiellement l'homme dans son côté mauvais,
pécheur, sauvé par Dieu à condition tout de
même de bien respecter les dogmes et les règles... Je
caricature peut-être mais enfin telle est en gros la tendance.
De même on dira que le progressiste voit en l'homme la
bonté, la générosité, la
créativité etc.
Une vraie conception du
progrès, du mouvement dans la
foi, consiste à regarder chacun de nous et l'humanité,
au-delà de nos aspects bons ou mauvais. De toute
manière ils sont mélangés. Notre regard doit
être éduqué de telle sorte que nous apprenions
à voir avec les yeux de Jésus-Christ, et par
conséquent à communier au regard du Père et
à celui de l'Esprit.
Il y a là tout un apprentissage qui n'est jamais
achevé, qui est toujours à refaire, un combat incessant
contre les caricatures et les jugements qui voilent trop souvent nos
propres regards.
Chaque fois que je rencontre quelqu'un, avant de voir s'il est
sympathique, antipathique, beau, laid ou autres réactions « spontanées » je vois d'abord un enfant de Dieu, comme moi, un
frère. Je m'efforce de voir d'abord quelqu'un pour qui
Jésus-Christ est venu, pour qui Jésus est toujours
présent, quelqu'un qui est habité du saint-Esprit,
même s'il ne le sait pas, et en qui l'Esprit de Dieu travaille.
Je vais donc avoir ure tout autre vision et donc une tout autre
attitude à son endroit. Cette réflexion vaut pour les
groupes et les foules.
Regarder quelqu'un avec les yeux de la
foi c'est le regarder dans sa
globalité et au-delà peut-être de ce qu'il donne
comme expression de lui-même. Ce n'est pas facile car il y a
tellement de parasites en soi et autour de soi ! Pourtant en
communiant au regard du Christ sur nous, non seulement nous nous
libérons de nous-mêmes, de tous nos supposés a
priori qui nous enferment, mais aussi nous aidons l'interlocuteur
à se libérer lui aussi, car selon nos réactions,
nos manières de le voir, nous pouvons l'emprisonner lui aussi,
le culpabiliser ou au contraire l'apaiser, le libérer.
Je crois en un Dieu dont le regard nous libère en nous aidant
à nous aimer nous-mêmes, comme nous sommes, avec nos
limites, nos imperfections, notre péché. Il nous aide
à ne pas nous enfermer, à avancer en sachant que tant
que nous serons sur terre, nous serons toujours des pécheurs,
limités à bien des égards; pécheurs
aimés, pourtant, pardonnés, partenaires de Dieu et
solidaires les uns des autres.
Cette conception fondée sur la
communion au Christ, permet une plus
grande liberté et sérénité que d'autres
religions, aussi émi-nentes soient-elles, et par
conséquent une plus grande disponibilité à leur
égard.
L'islam et le judaïsme, par exemple, pour affirmer leur
identité et pour durer à travers le temps et l'espace,
ont besoin d'un certain nombre de rites et de règles bien
précises qui les garantissent par rapport aux autres, croyants
ou non.
Le chrétien est tenté de s'identifier de la même
manière lorsqu'il est persécuté.
I'Église se crispe alors sur ses
rites, ses habitudes, ses dogmes. Or
l'Évangile nous invite à nous identifier non par de
tels moyens, aussi utiles soient-ils, mais par notre relation
à Jésus-Christ, fils de Dieu fait homme,
ressuscité d'entre les morts, assis à la droite du
Père. Avec lui nous comprenons que ceux qui ne1'ont pas
rencontré aient besoin d'affirmer leur originalité par
des moyens divers (circoncision, viande cachère, ramadan,
etc.) et en même temps nous comprenons que nous n'avons pas
à imposer les nôtres tels les sacrements, par exemple,
car la foi est une réponse libre, fondée sur l'amour,
et qu'elle dépasse infiniment les moyens qui s'en
réclament.
La croisade, un militantisme mal éclairé qui
cherche à imposer l'identité chrétienne, et ses
moyens d'expression, rendent le christianisme intolérant. Il
ne s'agit pas de s'effacer, de disparaître de la
visibilité sociale, mais d'actualiser l'image du levain dans
la pâte, illustrée par le Christ lui-même.
Il est évident que les rites sont
indispensables dans tout groupe
humain, comme lieu d'identité, comme lieu de reconnaissance,
comme lieu aussi d'éducation de la communauté qui les
célèbre. Les chrétiens qui se rassemblent
n'échappent pas à cette composante humaine
fondamentale. Simplement avec Jésus-Christ, les rites ne se
suffisent pas à eux-mêmes. Ils présupposent la
foi, I'amour et l'espérance, qu'il aident à exprimer et
à nourrir mais qui les dépassent totalement. S'ils ne
sont pas au service de l'amour de Dieu et des hommes, ils sombrent
dans le seul souci identitaire, voire la magie. Déjà
dans l'Ancien Testament, Dieu se plaignait des rites
célébrés par le peuple d'lsraël qui ne
pratiquait pas le seul culte capable de lui plaire, à
savoir, « pratiquer la
justice ».
Jésus n'a fait que renforcer cette
donne. « L'homme n'est pas fait pour le
sabbat, dira-t-il, c'est le sabbat qui est fait pour
l'homme » Marc 2,27. Cela ne veut pas dire que le sabbat est inutile,
mais qu'il ne doit pas devenir un but en soi. Appliquons cette
réflexion à la messe, appliquons-la au baptême,
appliquons-la à tous les sacrements et sacramentaux. Ce sont
des moyens nécessaires mais absolument pas suffisants.
Prenons l'exemple des
enterrements : que l'on honore
la dépouille de celui qui vient de mourir, que l'on
célèbre la force de la résurrection que Dieu
nous propose en Jésus-Christ, me paraît indispensable
d'un point de vue pastoral.
Mais pourquoi faudrait-il à tout prix, surtout pour quelque
chose qui n'est pas un sacrement, que ce soit un prêtre qui
célèbre ? Pourquoi sa bénédiction
serait-elle meilleure que celle d'un laïc ? Quand nous
entrons dans ces considérations-là nous devenons
esclaves du rite pris comme un but indispensable pour être
sauvé, alors que le salut consiste fondamentalement en l'amour
de Dieu et de nos frères à l'exemple et à la
suite de Jésus-Christ. Le rite de l'enterrement comme les
autres, doit exprimer et renforcer le double commandement de l'amour
et non en tenir lieu avec la conscience satisfaite d'avoir fait son
devoir !
Parlant ainsi je suis à
l'école de saint Paul qui se
réjouissait presque de n'avoir baptisé personne, car sa
première mission, sa première tâche était
d'abord d'annoncer Jésus-Christ, la Bonne nouvelle de l'amour
de Dieu répandu dans le coeur des hommes. I Corinthiens 1,17.
Bien sûr les paroles du Christ, son témoignage doivent
pouvoir se concrétiser dans des attitudes humaines et ces
attitudes humaines réclament d'être de temps en temps
alimentées, soutenues, en particulier par la liturgie, par le
rassemblement communautaire qu'elle implique. La messe pour moi est
capitale. Il n'empêche qu'elle est provisoire: Quand nous
serons dans l'au-delà nous n'aurons plus besoin de messe. Nous
serons dans une Eucharistie éternelle et
directe, « face-à-face » I Corinthiens 13,12.
La sécularisation de
l'Église ne m'interroge pas
tant que la sécularisation du monde. Ce terme veut souligner
le fait que le monde moderne se construit, s'organise en dehors de
toute référence religieuse, contrairement à tout
ce qui s'est passé dans l'histoire de l'humanité
jusqu'à tout récemment.
L'homme se sent responsable de la planète. Il n'a plus besoin
de l'aide des dieux pour la gérer, pour le meilleur ou le
pire. Construire le monde en dehors de « l'hypothèse
Dieu », en dehors des
références religieuses, est une caractéristique
essentielle de notre culture Cela peut être positif ou
négatif. Le négatif prévaut si la
sécularisation, donnée culturelle incontournable,
donnait prétexte à lutter contre toute forme de vie
religieuse, la tolérant au mieux dans la stricte sphère
du privé.
Dans ce cas nous développerions une attitude qui atrophierait
l'homme en niant la part religieuse qui le constitue, qu'on le
veuille ou non, ainsi que le reconnaissait l'athée
Malraux.
Par contre si le phénomène
de sécularisation permet aux
chrétiens de ne pas (ou plus) utiliser Dieu à tort et
à travers, et à tout bout de champs, de
redécouvrir nos propres responsabilités, de
coopérer avec Dieu pour aménager le monde qu'il nous a
confié, alors la sécularisation nous permet de rendre
gloire à Dieu qui a voulu des hommes et des femmes libres,
responsables, maîtres de la création si j'en crois les
récits fondateurs de i'Ancien Testament.
Ce n'est pas la morale du
« permis - défendu ». Si nous considérons ce terme de « permis - défendu »
à travers les âges,
à travers les civilisations, nous nous apercevons que
très souvent il est tributaire des moeurs du temps et aussi
des classes dominantes d'une époque, avec lesquelles
d'ailleurs, I'Église s'est parfois malheureusement
identifiée. En outre Jésus-Christ ne parlait et
n'agissait pas de cette façon. Il propose une dynamique :
I'amour, I'ouverture, le partage, le pardon, le don de sa vie.
Voilà qui ne relève pas du « permis - défendu ». Il s'agit d'une attitude dont je dois inventer
ensuite les applications concrètes au gré des
événements sans qu'il soit nécessaire qu'on me
dise : « ne fais pas
ci », « ne sais pas
ça ». Que
l'Église, que n'importe qui, des amis ou d'autres me donnent
des repères, c'est toujours utile. Qu'on me dise : « attention, cette
direction est une impasse », oui, et que l'Église ait le droit de
s'exprimer comme elle l'entend, je le reconnais volontiers. Mais ma
foi m'empêche d'être esclave de la lettre des
recommandations et des préceptes. Sinon le christianisme se
transforme en un système de pensée qui emprisonne au
lieu de libérer.
Je ne mets pas en question la
hiérarchie ni le pape ;
ils ont le droit de dire ce qu'ils ont envie de dire. Mais je
regrette, par rapport à ce qui se faisait autrefois, que leurs
affirmations ne soient pas codées. Avant, les affirmations
éthiques et dogmatiques recevaient une note de plus ou moins
grande certitude : les unes étaient dites « de foi
définie », les
autres « proches de la
foi » etc... Maintenant
tout est mis sur le même pied quel que soit le sujet
abordé et comme il existe dans le public une conception tout
à fait faussée de l'infaillibilité, I'impression
prévaut que l'Église parle toujours au nom de la
Vérité avec un grand V. L'ecclésiolatrie ou la
papolatrie ne sont pas loin.
En résumé le courant
progressiste est en fin de compte et
paradoxalement un retour à la grande Tradition de
l'Église, à ses sources et en même temps une
manière d'innover en permanence les questions et les
réponses chrétiennes en fonction des données
culturelles dans lesquelles nous vivons.
Enthousiasme,
dynamisme, foi communicative !
Retour
Retour vers "11
Manières de comprendre"
Vos
commentaires et réactions
haut de la page