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Les Fils de la Réforme

 

idées reçues sur les protestants

 

 

Sébastien Fath

historien et chercheur au Groupe Société Religions Laïcités (EPHE/CNRS)

 

Édition Le Cavalier Bleu

208 pages – 18,50 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

5 décembre 2012

Ce livre, composé de chapitres brefs et très faciles à lire est une excellente initiation au protestantisme. Il est d’autant plus intéressant que Sébastien Fath est un grand connaisseur des mouvements évangéliques américains et de l’évolution actuelle du protestantisme.

Voici la table des matières de ce livre et deux passages caractéristiques


.

Table des matières

L'histoire du protestantisme

Le protestantisme est un anticatholicisme
La Réforme est un produit de la Renaissance
Les Églises protestantes sont innombrables
Le protestantisme est toujours à reformer
L'Édit de Nantes a préparé la laïcité
L'Europe du Nord est le vrai berceau du protestantisme
Les évangéliques ne sont pas protestants

Protestantisme et culture

Les protestants sont austères
Le protestantisme a promu la lecture
Le protestantisme a accouché du capitalisme
Les protestants sont des iconoclastes
Le puritanisme protestant est obsédé par le sexe
La Haute Société protestante est le ciment de la République française
Le protestantisme a émancipé les femmes
L'anglais est la principale langue protestante

La religion protestante

Chaque protestant est pape
Les protestants sont sceptiques
Les protestants ne croient pas au salut par les œuvres
Le protestantisme est centré sur la Bible
Les protestants sont moins pratiquants que les catholiques
La religion protestante est rationnelle
Les protestants ne croient pas en Marie

Conclusion

Annexes

Glossaire
Pour aller plus loin
Les timbres « protestants »
Le musée international de la Réforme (MIR)

 

 

page 81

Le protestantisme a promu la lecture

Sans le multiplicateur et le fixateur de l'imprimerie,
sans la prolifération des opuscules en langue vulgaire,
sans le seuil des 10 % de lisants, la Réforme était possible,
non le succès de la Réforme et son inscription dans la durée.

Pierre Chaunu, L’Aventure de la Réforme, 1991

L'identification opérée par Pierre Chaunu entre lecture et diffusion du protestantisme est admise par tous. Cette idée reçue est aussi une idée fondée, irréfutable. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que le protestantisme s'est construit autour de l'idée du « retour à l'Écriture », à la Bible : le principe du Sola Scriptura fait du protestant sinon un ami des livres, du moins un ami du livre.
Chaque individu est convié à connaître Dieu au travers de sa méditation des Écritures. Rien d'étonnant dès lors à ce que les Églises de la Réforme aient toujours, et sous toutes les latitudes, valorisé la lecture et l'alphabétisation. Fini, l'accès réservé aux textes saints ! Au nom d'une « parole de Dieu » écrite et lisible, les vannes de la généralisation progressive de la lecture sont ouvertes. La « révolution Gutenberg », concomitante de la Réforme, a nourri ce mouvement de démocratisation de l'accès au texte.
Comme l'a bien noté l'historien Jean Delumeau, la diffusion du livre allait de pair avec l'individualisme : en effet, l'ouvrage imprimé permettait de se passer du prêtre, auparavant indispensable pour communiquer la « Parole de Dieu ». Désormais, chaque lectrice et chaque lecteur doit pouvoir s'abreuver aux sources de la Bible, texte dont les pasteurs rappellent inlassablement qu'elle se fait Parole Vivante.

Le protestantisme, un projet éducatif
Agent de la démocratisation de la lecture, le protestantisme a du coup favorisé précocement l'éducation. Dès 1520, Luther demandait que soient ouvertes une école pour garçons et une pour les filles dans chaque ville et village. Martin Bucer, en fondant un Gymnasium (1538), est considéré comme un des inspirateurs de ce qui deviendra l'université de Strasbourg (1638).
Première en Europe, l'instruction est rendue obligatoire pour tous l'année même (1536) où Genève embrasse le protestantisme. En Allemagne, à partir de la fin du XVIIe siècle, l'influence piétiste contribua à un formidable essor éducatif tandis que l'obligation scolaire commence à poindre, dans les colonies américaines, dès 1658 (New Haven).
Faut-il par ailleurs rappeler la part considérable jouée par des protestants comme Ferdinand Buisson (1841-1932) dans la mise en place de l'école laïque en France ?
Une étude quantitative conduite par Richard Easterlin, citée par Alain Peyrefitte dans La Société de confiance, signale qu'en 1928, tandis que des pays à majorité protestante comme les États-Unis, l'Écosse, l'Allemagne, la Norvège, les Pays-Bas encadrent alors entre 17 et 24 % de leur population dans des écoles (tous âges confondus), la France, l'Italie et l'Espagne se contentent alors d'un pourcentage de 11 % (6 % pour le Portugal). Jusqu'au XXIe siècle, l'affinité culturelle entre protestantisme et lecture, « sacerdoce universel » et projet éducatif paraît en partie se vérifier, même si le rapprochement des confessions chrétiennes, joint au recul culturel des religions, tendent à l'estomper.

Il reste que deux paramètres paraissent quelque peu écorner cette représentation du protestant-lecteur. Le premier, c'est celui du développement sans précédent, grâce aux médias modernes, d'une « culture de masse » basée sur l'image. La généralisation progressive de la télévision depuis 1945 constitue un défi pour tous les lecteurs, protestants compris. L'essor, dans la seconde moitié du XXe siècle, des fameux pasteurs et « télévangélistes » médiatiques comme l'Américain Oral Roberts (né en 1918), le Coréen Paul Yonggi Cho (né en 1936), l'Allemand Reinhard Bonnke (né en 1940) ou l'Argentin Carlos Annacondia (né en 1944) s'inscrit dans ce contexte, où l'image paraît de plus en plus concurrencer le texte... voire le réduire aux oubliettes.

Le spectaculaire déploiement du pentecôtisme et du charismatisme constitue une autre variable. Ce type de protestantisme de conversion revendique certes son attachement à la Bible, souvent davantage lue sur les bancs des églises qu'on ne l'imagine. Cependant, centré sur des dynamiques prophétiques et thérapeutiques, ce christianisme spirito-centré (rôle majeur du Saint-Esprit) met peu l'accent sur l'exégèse et sur la lecture. L'expérience, voire le « ressenti » , sont davantage valorisés, conduisant dans certains cas à une véritable marginalisation de la lecture biblique proprement dite.

Le Web, un média protestant ?
Mais ces évolutions n'invalident pas le maintien d'une affinité forte entre lecture et protestantisme : on la retrouve au cœur de la Toile où nombre d'Églises et d'organisations protestantes s'expriment à longueur de pages, proposant tantôt sermons en format PDF, tantôt témoignages, tantôt articles de doctrine ou forums de discussion entre fidèles. En réintroduisant du texte quand la télévision l'avait éliminé, le World Wide Web a conduit certains observateurs à faire l'hypothèse qu'il s'agissait d'un « média protestant », signe parmi d'autres que décidément, l'association entre lecture (même numérique) et protestantisme a la vie dure. Mais les derniers développements du Web 2.O, où la vidéo s'invite sans cesse davantage sur les tablettes numériques, les smart- phones et les consoles, poursuivent le travail de sape entamé par notre civilisation de l'image contre l'hégémonie du texte : n'en déplaise au Sola Scriptura, aux Églises protestantes de s'adapter

 

 

page 125

Chaque protestant est pape

Face à l'exécutif fort que représente la papauté dans le catholicisme,
le protestantisme a tous les défauts des régimes d'assemblées :
à force de gérer son pluralisme,
il en devient socio-politiquement impuissant.

Jean-Paul Willaime, La Précarité Protestante, 1992

Individualisme et protestantisme cheminent ensemble depuis le XVIe siècle dans les représentations collectives. Admirée ou brocardée, l'ombrageuse indépendance d'esprit du chrétien protestant appartient aux idées reçues les mieux partagées. Les héritiers de la Réforme en sont eux-mêmes tellement pénétrés qu'ils ont appris à en rire. Nombre de blagues circulent, dans leurs rangs, pour moquer gentiment ce particularisme.

« Dans ma petite ville, dit un pasteur, il y avait deux églises : une église méthodiste et une église baptiste. Mais le vent de l'unité a soufflé et elles ont fait l'Union.
- Alors maintenant il n'y en a plus qu'une ? lui demande son interlocuteur.
- Non, il y en a trois ! L'église unifiée, l'église méthodiste et l'église baptiste ! »

À l'unité institutionnelle, vite interprétée comme un risque d'uniformité, le protestant répond volontiers par un irrédentisme prononcé. Cette pente est favorisée par la mise en valeur séculaire, dans les Églises de la Réforme, de la lecture individuelle de la Bible. La fameuse formule de Boileau, « Tout protestant est pape, Bible à la main » (Satire 12), résume mieux qu'un long discours cette aspiration protestante à l'interprétation personnelle des Écritures : aucune autorité, aucun pape ne peut en principe lui dire ce qu'il doit penser. Aucune institution ne peut non plus prétendre parler au nom de tous les protestants. D'où la méfiance de nombre de régimes autoritaires comme celui de Napoléon III, à l'encontre d'une culture qui, « ne reconnaissant pas en religion le principe d'autorité, ne doit certainement pas être disposée à le respecter dans l'ordre politique » (courrier du ministre de la Justice, 28 avril 1857, conservé aux Archives nationales à Paris).

Sacerdoce universel
Cet individualisme protestant trouve sa source dans un principe fondateur de la Reforme, le « sacerdoce universel ». S'insurgeant contre la distinction entre un « état ecclésiastique » et un « état laïc », Luther écrivait, dans sa Lettre à la noblesse chrétienne de la nation allemande, en 1520, qu'il « n'existe aucune différence, si ce n'est celle de la fonction… nous avons un même baptême, un même Évangile, une même foi, et sommes de la même manière chrétiens, car ce sont le baptême, l'Évangile et la foi qui seuls forment l'État ecclésiastique… En conséquence, nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême ».
De ce principe fondateur a découlé la proverbiale aisance protestante à multiplier les œuvres, les Églises, les organisations… et les théologies.
Quand, en catholicisme, le Magistère et la figure unificatrice du pape imposent une direction déterminée, le protestantisme laisse la parole à des millions de petits « papes ». Suivant les termes de Jean-Paul Willaime, il souffre d'une absence d'un « exécutif fort » qui le rend sociologiquement fragile en matière d'intervention socio-politique ou médiatique. Quand un missionnaire baptiste est brûlé en Inde par des fanatiques, c'est la réaction du pape que l'on retient, pas celle des protestants !

Un « clergé » de fait, et des cadres institutionnels
Cette tradition du « sacerdoce universel » doit cependant être relativisée. Il convient de distinguer la « logique intentionnelle » des réformateurs (déboulonner la figure traditionnelle du clerc) de la « logique objective » de leur principe. Dans les faits, si le pasteur reste un laïc d'un point de vue théologique, d'un point de vue sociologique, « le protestantisme n'a pas échappé à la restauration d'un clergé » (Jean-Paul Willaime, ibid.), un clergé institué, soit sur la base de « pasteurs-docteurs des Saintes Ecritures », soit sur celle du « prophète » (orientation pentecôtiste). Dans la plupart des milieux protestants, il revient au pasteur de jouer le rôle de médiateur et d'interprète autorisé. Si tous les protestants sont « papes » certains le sont donc plus que d'autres !

Il faut par ailleurs souligner l'importance des institutions et organisations. Vu sous des lunettes simplificatrices, l'individualisme protestant passe volontiers pour anarchique. C'est oublier l'inscription collective de cette identité, traduite dans des structures parfois très ambitieuses. Un évangéliste comme l'Américain Billy Graham (né en 1918), par exemple, ne se réduit pas au charisme individuel. S'il a parfois été décrit comme le « pape de l'Amérique protestante » (cf. Time Magazine du 14 juin 1999), c'est aussi par sa capacité à générer des organisations, structures, institutions, à commencer par le Comité de Lausanne, principal réseau missionnaire mondial des protestants de type évangélique. En d'autres termes, l'individualisme protestant ne signifie pas renoncer à toute structure ou à toute autorité, mais implique une reconfiguration des rapports entre l'individu et le groupe au nom du primat de la conscience sur la pression collective.

 

 


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