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Bref plaidoyer

pour une christologie adoptianiste

 

et dialogue avec un internaute

 

Michel Leconte

 

 

5 octobre 2012

La divinité de Jésus-Christ, telle que la théologie traditionnelle l’a conçue, ne cesse de me poser question. J’éprouve un vrai malaise devant les affirmations de la « haute christologie » pour les raisons suivantes : d’abord, elles relativisent l’existence historique de l’homme Jésus, ensuite, elles font perdre à la prédication du Royaume et aux actes de Jésus leur caractère essentiel dans la vie de foi. Ces deux motifs se recoupent comme on va le constater dans les lignes qui suivent.

 

1

Christ : Une icône surchargée

Elles relativisent l’existence historique de l’homme Jésus. En effet, la christologie classique proclame l’incarnation du Logos de Dieu et même du Fils Eternel, à savoir de la deuxième personne de la trinité, du Dieu trinitaire en l’homme de Nazareth. Jésus de Nazareth n’est plus ainsi que le prétexte au schéma grandiose de cette descente de Dieu chez les hommes. Dans quel but ? Afin que les humains soient divinisés grâce à cet « admirable échange » entre l’humain et le divin. C’est la version orientale de la réponse à la question « Cur Deus homo ? » telle que l’Orthodoxie l’enseigne. Dans la réponse occidentale, Dieu se fait homme pour venir mourir sur la croix afin de réconcilier les hommes avec Dieu et, par ce sacrifice, effacer la tache originelle et apaiser la colère du Père Eternel envers les hommes pécheurs.

Une humanité évanescente

Dans les deux versions, l’humanité de Jésus est réduite à une abstraction, son message, sa prédication ne sont pas mis en valeur. Son humanité n’est pas vraiment articulée à sa fonction de Christ par laquelle il apporte le salut. Le salut s’effectue de manière indépendante, sans lien étroit avec une réelle prise au sérieux de son humanité et de ses choix d’homme en faveur d’une praxis libératrice. L’humanité de Jésus n’est plus qu’un chiffre « sans corps ni visage », une « nature humaine » abstraite. C’est pour cette raison que, pendant très longtemps, les chrétiens ont vu en Jésus un dieu se promenant sur terre selon une conception monophysite populaire très répandue. L’humanité de Jésus n’y est plus qu’une simple apparence, Jésus n’est que Dieu déguisé en homme. Ce n’est qu’à la fin du siècle dernier que les théologiens catholiques ont commencé à concevoir que Jésus avait pu avoir la foi tout comme nous ; auparavant ils pensaient que ce ne pouvait pas être son cas, car étant Fils de Dieu, il était gratifié de la vision béatifique dès les premiers instants de sa conception, selon Thomas d’Aquin ! Dans la théologie classique, l’apport de l’exégèse soulignant la vraie humanité de Jésus n’a que peu modifié cet état de chose. Les christologies dites « d’en-bas » ne partent pas de la prédication de Jésus en Palestine, mais de la résurrection conçue comme un fait historique quasi empirique, afin d’aboutir aux mêmes affirmations traditionnelles, telles celles de Wolfhart Pannenberg. (Esquisse d’une christologie, 1964).

Une humanité instrumentalisée

Finalement, que peut-il y avoir de commun entre nous-même, ce juif de Galilée mort en l’année 30 de notre ère, et cet Être-Dieu-Homme-Logos-Fils-Eternel-de-Dieu, descendu du ciel sur la terre et qui y est remonté après avoir accompli son office par sa mort sur la croix ? L’humanité du Christ est instrumentalisée pour être mise au service de l’homme insatisfait de sa condition de finitude. Le Christ n’apporte rien qui lui soit propre, il n’apporte pas Dieu, mais seulement ce que l’homme désespère de ne pas être : un dieu. Si nous ne possédions que les lettres de Paul pour annoncer le Christ, l’évangile se réduirait à une annonce mythologique qui ne nous concernerait en rien. L’affirmation de Paul selon laquelle il ne veut plus connaître Jésus selon la chair (2 Co 5, 16) m’est personnellement insoutenable et odieuse.

Une vie chrétienne entre ciel et terre qui privilégie l’au-delà

La conséquence de cela ? Dans ce type de foi, nous, humains, ne sommes plus qu’entre ciel et terre, pas vraiment sur la terre, car notre essence véritable demeure « au plus haut des cieux ». La vie chrétienne véritable consistera donc, dans une quête mystique et ascétique, à se faire de préférence trappiste, chartreux ou moine sur le mont Athos, loin des vicissitudes de l’existence ici-bas, attendant, en priant, la Vie Eternelle. Ces affirmations dogmatiques me paraissent répondre à la religiosité et à l’angoisse des hommes, à leur désir d’échapper aux limites qui les blessent tant, à leur besoin de se concilier un Dieu représenté comme coléreux, vengeur, et selon l’image inversée de ce qu’ils sont : des êtres marqués par la finitude. Ce faisant, cette doctrine propose une vie chrétienne coupée des réalités du monde et de l’humain tel qu’il est, elle n’incite pas à un vrai engagement pour changer la société et la vie réelle des hommes entre eux. Elle est fondamentalement conservatrice et axée sur l’œuvre du Christ réalisée dans le passé, in illo tempore, une fois pour toute. Ce n’est pas sans raison que jusqu’à la fin des années soixante, l’église catholique proclamait l’évangile en latin et célébrait dos au peuple l’eucharistie comme un mystère qui se déroulait indépendamment de sa participation.
Je suis enclin à voir par exemple, dans cette théologie, paradoxalement désincarnée, une des causes parmi bien d’autres (il y a d’abord, la théologie luthérienne des deux règnes), de la passivité du peuple allemand face au nazisme : ce peuple était certes formellement baptisé mais on lui avait enseigné que le vrai royaume, tout comme son Christ, n’était pas de ce monde. A cela il faut ajouter que comme tout peuple de la chrétienté, il n’avait pas été, sauf exception, vraiment évangélisé. Si depuis le commencement, l’évangile de Jésus, lui avait été prêché dans sa radicalité, en aurait-il été autrement ? Y aurait-il eu d’avantage d’hommes et de femmes qui tels Dietrich Bonhoeffer ou Sophie Scholl s’engagèrent dans la résistance à Adolf Hitler au péril de leur vie ? Ceci m’amène au deuxième point de ma critique.

 

 

2

Jésus des synoptiques oublié

 

La prédication de Jésus devient secondaire voire accessoire. Dans cette grandiose théologie du Fils Unique du Dieu Eternel fait chair, tout le caractère prophétique, libérateur de Jésus apparaît comme secondaire, réduit à une simple illustration préalable de la vie de Jésus. L’essentiel se situe ailleurs, dans le sacrifice de la croix et le « miracle » de la résurrection, ainsi dans l’enseignement des épitres de Paul. Les propos subversifs du prophète Jésus envers l’ordre politico-religieux qui écrase les hommes sont passés sous silence. On annonce le pardon des péchés moyennant le sacrifice du sauveur et notre vie éternelle dans l’autre monde, on escamote ainsi la prédication du Royaume de Dieu que Jésus annonçait en actes et en paroles sur les chemins de Galilée. Le but de Jésus et de sa mission sur terre est seulement de mourir : tout se joue à la croix. Dit en langage théologique, on substitue l’evangelium de Christo à l’evangelium Christi, on annonce un Christ glorieux en lieu et place de ce que le Christ annonçait. L’annonciateur est devenu l’annoncé, ou, comme l’a écrit Alfred Loisy, « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Eglise qui est venue » : telle est la base des christologies traditionnelles.

Importance du récit évangélique

Comme le souligne André Gounelle dans son livre Parler du Christ (Paris, 2003), le christianisme a transmis Jésus au moyen de la narration des évangiles. Son historicité se découvre à travers les récits des synoptiques tout particulièrement. Ils annoncent le message chrétien en rapportant un certain nombre d’anecdotes concernant Jésus, ses paroles, ses actes, des événements qui sont tout sauf anecdotiques. Un théologien comme Bultmann ira jusqu’à affirmer que les évangélistes n’ont finalement raconté Jésus que pour des raisons contingentes et accidentelles ! Voilà à quoi peut aboutir une théologie exclusivement centrée sur les épitres de Paul et sur « la parole de jugement de la croix ». Je fais, pour ma part, le choix de la position de Ernst Käsemann pour lequel la narration était nécessaire pour exposer le message évangélique dans toute sa profondeur existentielle et humaine. L’homme, en effet, n’est pas touché par des affirmations abstraites et des raisonnements. Il l’est par le langage simple et profond, très concret du récit évangélique. Autrement, on en vient à remplacer le « Jésus réel par un Christ rêvé » selon la formule de Von Harnack. A mon avis, ce Christ ontologique, métaphysique n’interpelle plus l’homme du XXIe siècle, il appartient à un monde religieux, supra naturaliste qui n’est plus le nôtre. Il nous détourne de nos tâches humaines.

La prédication subversive de Jésus escamotée

Cette concentration paulinienne sur la croix et la résurrection oublie la prédication du prophète que fut Jésus, elle a joué un rôle fondamentalement conservateur dans l’enseignement et le comportement des églises, garantes de l’ordre établi, au cours de l’histoire. Elle a indirectement contribué à soutenir les pouvoirs en place au détriment des pauvres et des opprimés. Certes, un François d’Assise, un Antonio de Montesinos, un Bartolomé de Las Casas, plus près de nous, un Dom Helder Câmara ont pu, en leur temps, reprendre et actualiser le trésor évangélique, mais ils ont souvent été récupérés par l’institution religieuse voire, dans un premier temps niés, ou combattus comme, plus récemment, les tenants de la théologie de la libération.
Il y a, à mon avis, dans la dernière découverte et la protestation, à partir de la source Q, de Roger Parmentier, un grand fond de vérité ; nonobstant les justifications exégétiques qu’il présente. Il affirme qu’après la mort de Jésus, son enseignement, sa proposition, son « évangile » ont été délaissés par ceux qui faisaient profession de le connaître, remplacés par une construction mythologique, le Christ dominant depuis 2000 ans. Jésus voulait que les hommes changent de mentalité, que le monde dominé par les pouvoirs oppresseurs de toute nature, par l’argent, par l’obscurantisme religieux et autre, change vraiment afin qu’advienne une humanité où puisse régner la justice, la paix, la vie libre et sauve, la tendresse des hommes entre eux.

Jésus-le prophète, assassiné et éliminé

Effectivement, dans l’évangile, Jésus est celui qui combat tout ce qui écrase l’homme, fût-ce au nom de la religion, au nom même de Dieu. On peut dire que c’est Dieu lui-même qui, par cet homme, s’engage pour défendre l’homme et simultanément son Nom défiguré et blasphémé. C’est cela, le radicalement nouveau qu’apporte Jésus-Christ dans l’Histoire. Il est, comme l’a écrit Maurice Bellet, le grand thérapeute de la relation des hommes avec eux-mêmes et entre eux, avec le monde et avec le fondement vivant de leur vie qu’ils appellent Dieu. Dieu annonce par Jésus qu’il veut effectuer la libération intégrale de l’être humain tant sur le plan individuel que social, de sa santé physique que psychique, tant sur le plan matériel que spirituel. Il enjoint les hommes à se mettre à sa suite afin de construire un monde où il fait bon vivre. Comment un tel message a-t-il pu être délaissé au profit de la construction mythologique qui l’a minimisée et affaiblie ? Déjà, au temps de Jésus, il provoquait la fureur des gens de bien et des garants de l’ordre. C’est pourquoi, l’opposition à Jésus devint implacable. Jésus fût mis au centre du cercle de mort de violence et d’exclusion. Il dévoila sur la croix ce que les hommes et leurs régimes autoritaires font de la vie et qu’ils dissimulent sous les apparence de l’ordre juste et évident : la haine, la cruauté, la convoitise qui se cachent dans la banalité des choses comme elles vont. Ce message était et demeure insupportable : à tout prix, il nous faut l’oublier, l’édulcorer, l’amour vrai n’est pas aimé : « la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise (...) Et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1, 5 et 1, 11).

 

Conclusion

L’homme est, comme Jésus, porteur le l’Esprit et fils de Dieu

Le beau symbole de la résurrection signifie pour moi, l’adoption du prophète Jésus de Nazareth par Dieu. (Son adoption à son baptême par Jean - voir le récit de Marc 1, 9-11 - est d’après moi, une relecture postpascale, même si on ne peut exclure une profonde expérience spirituelle faite par Jésus à cette occasion). En ressuscitant Jésus, Dieu s’identifie à ce que fût, proclama et effectua son prophète. De toute éternité, en relevant Jésus, Dieu dit « ce que Jésus fit, ce que cet homme manifeste de moi, je le veux, je le suis », « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’est vraiment bon » (Gn 1, 31) : nouvelle parole de création. Le Logos créateur, l’intelligence, le sens, la dimension de profondeur du cosmos tout entier se discerne désormais dans la vie, les paroles, les actes de cet homme, ce juif de Galilée mort sans doute un vendredi d’avril 30 ou 33 de notre ère : il est la Parole de l’Amour Absolu et Inconditionnel « tournée vers Dieu et que Dieu est », qui crée le monde depuis le commencement (Jn 1, 1). Les hommes peuvent faire fond sur cette réalité manifestée en Jésus-Christ et se mettre dans sa lumière. Dans sa personne, il révèle l’action de Dieu et le but qu’il poursuit. Grace à cet homme rempli de l’Esprit Saint, nous savons désormais que, nous aussi, en sommes porteur. Nous aussi, sommes des fils de Dieu comme lui le fut avec une intensité exceptionnelle. A nous de nous ouvrir à son action aimante de transformation créatrice.
L’adoption de Jésus par Dieu a-t-elle une signification suffisante pour rendre compte de l’œuvre du Christ ? Elle ne dit pas que Jésus est le Fils Unique de Dieu fait chair, que Jésus est Dieu, « Deum de Deo », entendu en un sens substantialiste. Je crois qu’elle dit la signification profonde et vivante de ces formules aux hommes d’aujourd’hui bien mieux que ne peuvent le faire les déclarations conciliaires de Nicée-Constantinople et Chalcédoine. En tous cas la christologie devra toujours avoir le souci de souligner le message révolutionnaire et subversif de Jésus le Christ en l’articulant au Dieu qui ne conserve pas le monde mais le crée dans un infini processus.

 

 

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Dialogue avec un internaute

 

Frédéric Blondiaux

J’ai lu attentivement votre texte sur le Christ. Catholique, c’est très différent de ce qui m’est enseigné dans l’église. Jésus est Dieu en tant que Fils. Dans votre conception, n’est-il pas qu’un humain ? Dans ce cas, comment peut-il nous dire Dieu ?

 

Michel Leconte

Une doctrine archaïque

Merci pour votre lecture attentive. Je suis bien conscient que cette interprétation des textes du Nouveau Testament est en rupture avec la doctrine traditionnelle. Je pense que cette dernière a été élaborée de cette manière du fait qu’en ce temps là, on considérait Dieu et l’homme comme des natures ou des êtres séparés, comme deux personnes peuvent être séparées l’une de l’autre. Donc, si Dieu s’était bien révélé en Jésus, il fallait dire que son être même s’était incarné en Jésus en la personne du Fils Eternel « vrai Dieu de vrai Dieu, de même nature que le Père ». Mais ceci faisait de la personne de Jésus, l’association bizarre de deux natures : divine et humaine ! Ce n’était sans doute pas bizarre pour les hommes des premiers siècles, particulièrement les grecs qui connaissaient des dieux qui se déguisaient en hommes ou pouvaient procréer avec les humaines, engendrant ainsi des demi-dieux. Pour les grecs, il n’y avait pas de barrière infranchissable entre le divin et l’humain, mais leur rencontre engendrait un être hybride mi-homme, mi- dieu, qui n’était plus ni vrai homme, ni vrai dieu. C’est pour cela que le concile de Chalcedoine affirme, au contraire que le Christ est, à la fois vrai homme et vrai Dieu, sans confusion ni séparation : il ne fallait surtout pas le confondre avec des héros comme Achille ou Ulysse, ou demi-dieux comme Héraclès ou Persée voire Hermaphrodite ! On voit là ce que donnent les mélanges...

Dieu est au centre de la réalité

La christologie des premiers conciles dépend donc d’une vision du monde qui n’est plus la nôtre. Elle résulte en outre d’une conceptualité philosophique qui ne correspond plus avec la nôtre. Cela a pu fonctionner autrefois, bien qu’avec les dérives signalées dans mon article, c’est intellectuellement incohérent pour les hommes d’aujourd’hui qui réfléchissent tant soit peu. Il nous faut penser Dieu autrement. Il n’est plus un être séparé, tout-autre, qui règne en haut, dans le ciel comme on le pensait jadis. Il est au centre même du réel, il en est la dimension de profondeur, l’Esprit qui l’anime de l’intérieur, la puissance de transformation créatrice de l’homme et du monde. Il est déjà en l’homme par ce qu’on appelle traditionnellement l’Esprit Saint. Encore faut-il, bien sûr, s’ouvrir à sa puissance. L’Esprit a toujours été le grand oublié dans les christianisme, mis à part les billevesées magiques du mouvement charismatique. Dieu, par l’Esprit fait corps avec l’homme et avec le cosmos. Ceci est une révolution dans la conception de Dieu et de son rapport au monde. Cette conception de Dieu, vous pouvez la trouver chez un théologien comme Paul Tillich ou dans les théologies du process. Dieu et le monde ne sont plus des entités séparées mais en interaction permanente.

Un Christ surnaturel et lointain

Je pense avec de nombreux exégètes, que le premier christianisme judéo-chrétien était adoptianiste. Jésus y était considéré comme le prophète des derniers temps, le fils de l’homme qui allait revenir à la fin, voire comme le messie (certes un messie déconcertant), c’est-à-dire, comme le porte-parole de Dieu. Ce n’est que sous l’influence de la conceptualité grecque qu’il s’est transformé en cet être surnaturel : deuxième personne de la trinité-Fils-Unique-de-Dieu descendu sur terre pour mourir, puis remonté au ciel pour s’asseoir à la droite du Père, vrai Dieu de vrai Dieu, mais vrai homme tout de même (ouf !). Cette théologie fait de Jésus un être très éloigné de nous. Au contraire, penser le Christ, non comme la deuxième personne de la trinité, mais comme un homme semblable à nous dans son être intime le rapproche de nous. Il est vraiment notre frère humain. Sinon, il est surréel en raison de sa double nature. Dit en langage savant, il est un hapax ontologique. Nous ne pouvons pas nous inspirer réellement d’un être aussi différent. « Mais sa divinité ? », allez-vous me demander, « quid ? ». Il n’est pas seulement un homme exceptionnel, c’est bien Dieu qu’il apporte. Dieu n’est-il pas « devenu » l’un d’entre nous ? N’est-il pas, cet homme juif de l’époque du second temple, dans sa personne même, la réunion du ciel et de la terre, du fini et de l’infini, de l’historique et du transcendant ?

Jésus : unité de Dieu et de l’homme

Pour moi, Dieu et l’homme forment une unité d’être depuis l’origine. Jésus est mon sauveur car il est cet homme exceptionnel qui a mené son existence sans que jamais son union avec Dieu qu’il appelle son Abba ne fût brisée. Grâce à cette union indéfectible, il nous a apporté sa bonne nouvelle, son évangile. Il nous révèle la volonté de Dieu, c’est-à-dire, son action, voire « son désir » envers les hommes. Je sais bien, qu’en général, les chrétiens trouvent que le qualificatif de prophète appliqué à Jésus est dévalorisant, mais il est bien présent dans le Nouveau Testament. Pour certains juifs et pour les musulmans, prophète est un titre supérieur à Christ. Mais dire que Jésus est Dieu, purement et simplement, est pour eux un blasphème abominable. Ils n’ont pas tort : Christ révèle le Père, il n’est pas le Père (cf. l’évangile de Jean). L’adoptianisme a été combattu par l’Eglise au 2e siècle et plus tard pour les raisons philosophiques que je vous ai dites, mais son abandon est le résultat d’une lutte de factions dont l’une l’a emporté sur l’autre. Les théologiens ne disposaient pas, à l’époque, d’autres moyens pour dire que Jésus, ce juif crucifié, nous apportait bien Dieu et le salut, et non pas seulement l’opinion personnelle d’un homme ontologiquement séparé de Dieu et, qui plus est, que Dieu semblait avoir désavoué et abandonné de par sa mort infâme sur une croix romaine. Il y fallait de grands moyens !

N’est-ce pas enthousiasment de penser que nous faisons corps avec Dieu ? C’est, me semble-t-il, la signification profonde de la Cène : Christ est en nous, tout comme Dieu est en nous. Christ nous révèle bien l’unité éternelle de Dieu et de l’homme. Nous sommes vraiment des fils de Dieu comme lui le fut de manière exceptionnelle, voire unique. Il l’est pour les siècles des siècles.

 

Frédéric Blondiaux

J’ai trouvé votre réponse fort intéressante. Je ne saurais dire cependant jusqu’où je puis me l’approprier. Ce que je veux dire, c’est que n’ayant pas d’avis personnel arrêté sur la question, je me garderai bien de dire que vous puissiez avoir tort ou raison. Cette idée de Dieu au cœur du réel, conçu plus comme une force créatrice abstraite qui s’éloigne de la façon dont il est le plus souvent imaginé... Comme un vieux barbu las de nos conneries du haut de son nuage ! Cela dit, elle me parle bien. Le réel, nous ne pouvons que tourner autour sans le voir... Et pour moi, Dieu c’est le réel par excellence ! C’est pour ça que je dis souvent ne pas trop savoir en quoi je crois en fait. La question de Dieu est et sera une question à jamais ouverte. C’est celui qui prétend avoir tout compris qui a tort dans cette affaire. Bref, les papes ne le sont que d’être ignorants de leur ignorance !

Nos échanges ne sont pas si hérétiques en fait. Ils me semblent plus enracinés dans l’Ecriture que dans la Tradition ; une tradition qui se veut maître étalon de la Foi et de toute théologie... Je me trouve terriblement réformé ! Mon curé va me virer du caté !

 


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