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La dictature chrétienne
coloniale

 

 

Philippe Eugène Biyong

professeur de théologie à Yaounde

 

Éd. L’Harmattan

98 pages. 13 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

6 octobre 2012

Si vous êtes de ceux qui trouvent extrêmement intéressant de découvrir la manière dont les Africains découvrent à leur manière l'Évangile, son enthousiasme, son esprit de libération, son dynamisme créateur, l’énergie qu'il donne pour créer un monde meilleur, nul doute que vous vous précipiterez sur le petit livre du pasteur Philippe Eugène Biyong.

Il est docteur en théologie de l’université protestante d’Afrique centrale de Yaoundé, chargé de cours associé à l’université catholique d’Afrique centrale de Yaoundé, membre de plusieurs associations et regroupements d’intellectuels.

Vous serez surpris, déçu et scandalisé. Il ne réussit à communiquer aucune idée nouvelle, aucune compréhension créatrice des paroles et de l’enseignement de Jésus-Christ. Il semble que la fréquentation de l’Évangile tel que ses hautes études de théologie le lui ont fait connaître et auquel il dit adhérer, ne lui ont inspiré qu’aigreur, critique, agressivité et mépris. Ce livre est déplaisant, pénible à lire. Il laisse sidéré.
C’est justement cela qui le rend intéressant : un demi-siècle après la décolonisation et l’indépendance des jeunes Églises, une haute personnalité théologique africaine semble n’avoir toujours pas pris sa liberté de pensée, n'avoir rien à dire, rien à construire, rien à innover mais seulement distiller un ressentiment amer pour un passé désormais lointain et... le publier.
Quelle audience Philippe Eugène Biyong peut-il avoir dans les Églises d'Afrique ?

En voici quelques passages

 

.

 

page 13

Introduction

[…] En Afrique, on a été ou, si l'on veut, on s'est trop engagé, trop dévoué ; on a été trop subjugué par ces leçons reçues différemment que ne les ont eux-mêmes professées et vécues les précepteurs d'hier. Finalement, on en veut aujourd'hui à tout le monde d'avoir perdu nos repères initiaux. D'ailleurs, on ne sait plus si on a besoin de repères ni lesquels, tant la notion d'évaluation nous semble étrange.

La découverte progressive dans nos sociétés actuelles de la distance qui sépare l'évangile de l'Afrique laisse circonspect. Elle crée des remords chez l'entreprise missionnaire coloniale et rend suspects les nouveaux enthousiasmes évangéliques sur le vieux continent. Cette situation résulte d'un ras-le-bol, d'une abréaction. Elle dénonce aussi la stérilité, dirons-nous, la vacuité ou l'impertinence de la pédagogie de la foi chrétienne.

La raison semble suffisante, le prétexte idéal pour s'arroger le droit de travestir le christianisme en terre africaine, et de lui donner un autre contenu, plus en phase avec les mentalités. Pour le professeur John Mbiti, une telle entreprise devrait résulter d'une déclaration de principe :

Le christianisme a parlé trop longtemps et beaucoup trop ; peut-être a-t-il trop peu écouté. Trop longtemps, il a porté un jugement sur d'autres cultures, d'autres religions, d'autres sociétés, tandis qu'il se maintenait hors de toute critique. Le temps est peut-être arrivé maintenant pour le christianisme occidental d'être plus humble dans son approche des autres religions et cultures, s'il veut être efficace ici en Afrique. En particulier, je demande à nos frères d'Europe et d'Amérique de nous permettre de faire ce qui, dans leur jugement, peut être considéré comme des erreurs ; permettez-nous de faire du désordre avec le christianisme dans notre continent, tout comme vous l'avez fait en Europe et en Amérique, pour dire les choses gentiment [...]. Permettez-nous de dire certaines choses à notre façon, que nous soyons dans l'erreur ou non.

 

 

page 23

I.

L'INTENTION DE LA MISSION COLONIALE :

Enseigner et au besoin imposer la religion à des peuples qui n’en ont cure

Au bénéfice de la distance historique qui nous sépare des impérialismes, on peut s'expliquer plus librement aujourd'hui sur l'insertion, par ailleurs voulue impérative, de l'enseignement du christianisme dans le programme de la conquête coloniale en Afrique.

 

 

page 28

1.2. L'apprentissage de la religion

La violence coloniale a toujours été justifiée par le descriptif de l'état dans lequel le colonisé a été trouvé. Sans organisation ; sans humanité ; sans âme. Bref, on était obligé de partir de ce rien, pour en faire un humain.

Il faudrait peut-être partir du contexte de la rencontre initiale entre le colon et le colonisé. Selon certaines sources. elle ne s'est pas faite dès le départ sur une base conflictuelle. D'autres montrent que la chosification des Nègres fut la résultante des oppositions violentes menées avec succès par les Européens esclavagistes en terre africaine. En effet, les rapports des vendeurs d'esclaves consignés dans l'administration des colonies font état de la connivence des chefs et rois indigènes dans ce commerce d'hommes. Par ailleurs, les récits des explorateurs montrent les appréhensions, les rejets et surtout l'incompatibilité ressentis et vécus lors de leurs premiers contacts avec les peuples de 1'Afrique noire. Kinvi Logossah propose un éclairage convaincant relatif à ces deux approches.

Dans sa récente contribution, parue dans un ouvrage collectif particulièrement retentissant (Petit précis de remise à) niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy), il lève l'équivoque sur la distinction habituellement consentie entre, d'une part, la réduction au rang bestial des Nègres faite par les esclavagistes européens et, d'autre part, l'humanité des esclaves reconnue par la régence de l'Eglise au temps de l'esclavage. Comme il le montre, s'appuyant entre autres sur les travaux de François Renault, Serge Daget et Olivier Petre- Grenovilleau, les Noirs étaient capturés comme du bétail puis soumis à un dressage qui les domestiquait, avant d'être vendus et de devenir des bêtes de somme.

 

 

page 82

En Afrique noire, le christianisme est en tête de tous les sondages. Tout prête à croire que c'est la religion des Noirs. Le colonisateur aura donc bien fait de nous en faire don. L'Eglise en Afrique continue au quotidien à parfaire le projet de la mission coloniale, en maintenant dans l'imaginaire spirituel collectif le mépris pour nos valeurs culturelles et surtout pour les religions traditionnelles. Les prêtres et les pasteurs conservent entre autres, dans l'exercice de leur ministère, non seulement les vêtures, mais aussi les enseignements des clercs européens des XVIIIe et XIXe siècles. Ils achèvent au quotidien la démolition iconoclaste des repères du religieux en terre africaine, souhaitée hier par les missionnaires.

 


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