Libre opinion
La justice
restaurative
Howard
Zehr
Ed. Labor et Fides
100 pages,
13 €
Recension
Antoine Nouis
parue dans
l’hebdomadaire protestant Réforme
5 octobre 2012
La justice
rétributive repose sur la punition de l'auteur
d'une infraction. La justice
restaurative a une approche différente. Elle
estime qu'un délit est une blessure infligée à
une communauté humaine et elle cherche le
meilleur moyen de la soigner. Pour cela, trois
protagonistes sont concernés : l'auteur du
délit, appeléf infracteur, la victime et l.e
groupe. Le fondement de la démarche est de
permettre la rencontre entre ces trois
protagonistes afin de faire en sorte que les
besoins de chacun soient pris en compte.
- La victime a besoin que l'offense soit
dite, que sa souffrance soit reconnue et que les
différents modes de réparation soient envisagés.
- L'infracteur a besoin de prendre
conscience de Ia gravité de son acte, qu'il soit
en mesure d'analyser ce qui l'a conduit à Ie
commettre, et que soient prises en compte les
conditions de sa réintégration.
- Enfin la communauté - qui peut être
les familles, ainsi que les différentes sociétés
humaines concernées - est impliquée dans le
processus de réparation.
Responsabilisation
La démarche
repose sur la rencontre entre les
différents protagonistes, qui peut prendre
plusieurs formes : rencontre entre victime et
infracteur, réunion du groupe familial, cercle
qui rassemble toutes les personnes concernées
par le délit... Lorsque la rencontre n'est pas
possible ou souhaitable, elle peut être
remplacée par une lettre, un échange de vidéo,
ou par la représentation par un tiers de l'un
des interlocuteurs. L’essentiel est de permettre
la collaboration de chacun afin d'arriver à un
résultat consensuel qui sera validé ensuite par
une instance judiciaire.
La justice restaurative
s'intéresse au rétablissement d'une situation
d'équilibre en conduisant l'infracteur à
reconnaître sa responsabilité et à envisager une
restauration possible. Cette démarche ne se fait
pas au détriment de la victime, puisque
l'expérience montre que cette dernière chemine
plus facilement vers la guérison si l'offense
est reconnue et si l'infracteur s'efforce de
redresser la situation.
La démarche restaurative est
souple quant à ses modalités d'application. Il
ne s'agit pas de suivre un schéma préétabli mais
de changer détat d'esprit afin de concevoir
autrement la réponse à apporter à un délit. Elle
repose sur la participation des différents
protagonistes à la démarche de justice pour que
tous soient acteurs du processus de réparation.
L'intérêt du livre de Zehr,
au-delà de la présentation de cette autre
approche de la justice, est de mettre en valeur
ses racines qui se trouvent notamment dans les
sociétés traditonnelles. Il cite le shalom
biblique mais aussi la tradition des Maoris, des
Navajos ou des peuples africains qui ont une
vision inclusive et communautaire de la justice.
Au-delà des personnes concernées, un délit est
une blessure infligée à toute une comrnunauté et
c'est à cette dernière de surmonter cette
déchirure.
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