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RÉSURRECTION

ET FINITUDE HUMAINE

 

Michel Leconte

 

 

29 septembre 2012

Comme se le demandait récemment un ami proche, « la résurrection ne serait-elle pas l’ultime figure de la jouissance, un état où plus rien ne nous manque dans une éternelle béatitude ? » Un état donc, dans lequel nos limites constituées par la temporalité, la culpabilité, la différence des sexes, seraient abolies car nous serions « comme des anges dans le ciel » ? Une certaine théologie catholique et orthodoxe nous propose en effet la divinisation comme but de la vie chrétienne en nous présentant le Christ comme le garant de cette transformation : ressuscité et vivant auprès de Dieu avec son corps glorieux, il nous montre la finalité, l’accomplissement du salut et l’apothéose de notre vie chrétienne car en Jésus-Christ, l’humanité a accédé à la condition divine : un homme, Jésus de Nazareth, a été fait Fils de Dieu, Dieu lui-même. Dans quel but ? « Il est devenu ce que nous sommes, afin de nous rendre capable de devenir ce qu’il est. » s’exclame Irénée de Lyon (130-202). « Admirable échange ! » Cette divinisation implique nécessairement la suppression des marques de la condition de finitude de l’homme, marques qui le blessent cruellement : faute, sexualité et singulièrement l’ennemie par excellence : la mort que Dieu ne peut pas avoir voulue.

Durant des siècles, et c’est encore aujourd’hui la doctrine officielle de l’église catholique, le salut a été présenté comme l’abolition de la condamnation à mort des hommes suite à la désobéissance à son ordre divin leur interdisant de manger du fruit de l’arbre de la connaissance. Par son sacrifice expiatoire et substitutif et son obéissance, le Christ a racheté l’humanité du péché originel. Par sa mort, Jésus a sauvé l’humanité, Dieu peut lui ouvrir les portes du monde futur, au sein duquel la vie est éternelle et la conséquence majeure du péché originel, est abolie. L’homme retrouve son état paradisiaque originel. Dans cette pièce dramatique tout est centré autour de la mort, conséquence de la culpabilité, et de son abolition en raison des mérites du Christ. Si la mort existe, ce n’est pas parce que telle est la condition humaine, mais c’est à cause de la faute de l’homme. Ce dernier récupère au moyen de sa culpabilité la toute-puissance qu’il avait perdue puisqu’il se fait ainsi origine et ordonnateur de toute mort qui peut survenir ! En outre, Dieu est mis au service de ce que l’homme croit et veut être : un dieu échappant à la finitude. La résurrection de Jésus qui le délivre des griffes de la mort est due à son obéissance ; les hommes peuvent dés lors en bénéficier à leur tour puisque Jésus est un homme comme nous, mais aussi Dieu. Car il ne faut pas moins que Dieu lui-même, en la personne de son Fils Eternel pour racheter la faute de l’homme ! Quelle ingénieuse façon de nier la finitude ! Pourtant, aucune parole de Jésus rapportée par les évangiles ne fait référence à une faute originelle qui aurait dénaturé l’être humain.

Il est vrai, comme me l’écrivait il y a peu le théologien André Gounelle, « la tradition réformée a toujours été réticente à l’idée d’une divinisation de l’homme : l’homme reste créature et vouloir être comme des dieux est la grande tentation à l’origine du péché. » Dans la tradition réformée, le salut vise à promouvoir notre humanité authentique par la Grâce qui nous précède, non à nous libérer de notre condition humaine. Le salut apporté par le Christ nous libère de l’aliénation que constitue notre coupure d’avec Dieu, d’avec les autres, d’avec nous-même. Il nous libère de la culpabilité, de nos tendances destructrices, du sentiment de l’absurde, du repli sur soi, de notre autosuffisance, de la solitude…etc. Ainsi « Dieu ne nous secourt pas en nous délivrant de l’existence, mais en guérissant l’existence ». Ce salut est, comme l’écrit encore André Gounelle, « non pas un état, un aboutissement, mais un combat et un dynamisme. » Il ne vise pas à restaurer le paradis perdu du narcissisme primaire, mais, « au contraire, il nous projette en avant, vers une réalité à venir » ; dans notre vie, dans l’histoire des hommes, « du nouveau advient ». Le Christ « inaugure un nouveau commencement (…) il ne vient pas « nous rendre un paradis perdu (…) Il nous délivre du péché sans détruire pour cela l’existence. » Cette conception du salut me paraît parfaitement respecter la structure de la condition humaine, elle ne nous propose pas de l’abolir par la perspective d’une illusoire divinisation, entendue au sens d’un partage des privilèges d’un Dieu conçu à l’image inversée de ce qui fait notre humanité, mais de la faire grandir.

Dans cette perspective, comment peut-on penser la résurrection de telle manière qu’elle ne soit pas une autre façon de nier la contingence et la finitude qui nous constitue, donc d’abolir le manque qui permet le désir ? La mort est certainement, ce qui de notre condition, nous angoisse et nous blesse particulièrement, elle est pour beaucoup de gens notre ennemie surtout quand elle touche les enfants ou des personnes jeunes qui veulent vivre ; mais quand elle survient au moment opportun, elle peut être une délivrance. La résurrection nous délivre-elle de la crainte de la mort ? Si oui, comment ? Dans les lignes qui suivent, je ne prétends pas faire le tour de cette difficile question, mais seulement d’esquisser quelques pistes de réflexion.

Au centre du message évangélique, il y a une mort : celle de Jésus crucifié, victime de la vindicte des sadducéens et de la défense de la pax romana par Pilate. Comme l’écrit Pierre-Luigi Dubied, le Nouveau Testament annonce ceci : « à travers la mort de Jésus, Dieu est intervenu dans le monde de manière décisive pour tous les hommes ; ainsi cette mort a perdu son pouvoir destructeur et elle a acquis le caractère d’un acte créateur de Dieu : c’est le sens de la résurrection. » C’est même le langage de la croix qui manifeste selon Paul, la vraie puissance de Dieu, il révèle son identité au lieu même de la plus extrême faiblesse humaine. Dieu ne cautionne pas nos désir de pouvoir et d’omnipotence haineuse.

Notre mort n’est plus la preuve de l’absurdité de notre vie. Certes, nous ne disposons d’aucun savoir qui nous dispenserait de l’angoisse, mais, désormais nous pouvons, dans la foi, faire confiance à notre Dieu. « L’unique certitude touchant le futur humain est que pour tout homme la mort n’est pas loin. Pour celui qui est ouvert à tout futur comme étant le futur de Dieu, la mort a perdu son caractère effrayant. Il s’interdit de décrire le futur que Dieu accorde dans la mort, car toute description de la Gloire qui suit la mort ne pourrait être qu’une projection de nos désirs issue de notre imagination. Or le renoncement à toute projection de nos désirs fait partie de la radicale ouverture au futur de Dieu (…) comme accomplissement de la vie humaine. » (Rudolf Bultmann, Foi et Compréhension, Paris, 1969)
La mort de Jésus dévoile d’abord et avant tout, qu’une puissance mortifère est à l’œuvre chez les vivants. Il nous appartient, avant de nous soucier de l’au-delà, de lutter, à l’aide de la puissance de Dieu, contre cette force de mort qui dégrade et défigure l’humanité.
Cette mort nous permet également de renoncer à l’idée qu’on parviendra nécessairement au but, d’accepter d’avance notre échec, seul Dieu peut faire toutes choses nouvelles. Sur la croix, Dieu nous montre qu’il peut perdre la partie, ce faisant, il ne cautionne pas nos rêves de réussite à tout prix et notre désir de toute-puissance. « Pâques n’efface ni ne supprime la croix ; il la dépasse, et l’empêche d’être le dernier mot, la révélation ultime de Dieu. La résurrection n’élimine pas la tragédie, elle la surmonte. » (André Gounelle, Parler du Christ, Paris, 2003)

Dans les écrits du Nouveau testament, la foi en la résurrection n’est pas présentée avant tout comme une assurance pour l’au-delà ; c’est d’abord le commencement d’une vie nouvelle possible dès aujourd’hui. Non le prolongement quantitatif de la vie, mais un changement qualitatif de notre vie. Vouloir nous prolonger à tout prix provient du refus de la vie humaine que Dieu nous a donnée, c’est vouloir être immortel comme des dieux, c’est Le Péché évoqué dans le livre de la Genèse, c’est déjà la présence de la mort au sein de la vie. Cela nous rend haineux envers Dieu, envers nous-même, envers autrui : c’est l’état d’aliénation décrit par Paul Tillich (1886-1965) dans la quatrième partie de sa Théologie systématique.
André Gounelle écrit « La finitude n’est insupportable que lorsqu’on vit dans l’aliénation, c’est à dire dans une relation coupée ou détériorée avec Dieu ». « Devant Dieu, poursuit-il, la mort nous « ouvre à un sens différent : elle oblige à penser l’humanité en relation avec une altérité. Ainsi l’angoisse qu’elle représente inévitablement doit se conjuguer avec l’acceptation nécessaire à laquelle nous sommes appelés. La foi chrétienne consiste à désespérer de soi-même et à placer toute sa confiance en Dieu seul, ce qui implique qu’on passe par une mort à soi-même et de soi-même qui n’a rien de facile et qu’on reçoive de Dieu la promesse d’une résurrection qui ne dépend que de lui et ne supprime nullement notre finitude, mais surmonte notre aliénation. » (La mort et l’au-delà, Genève, 1998) Nous ne sommes pas à nous-même notre propre origine ni non plus notre fin : Dieu est notre origine et notre réel ultime, il nous précède et nous succède. Affirmer dogmatiquement notre finitude comme un titre de gloire peut cacher le désir secret de ne dépendre de personne, de soutenir notre absoluité. C’est ainsi une sorte de narcissisme en négatif qui manifeste le désir d’être soi-même le seul maître de sa vie dans un solipsisme suffisant. Au contraire, la foi chrétienne affirme que Dieu nous offre la vie comme un don originel et ultime, une vie à laquelle la mort ne peut pas mettre un terme même si nous devons mourir biologiquement. Comme l’écrit Jean-Pierre Causse dans un article en hommage à Jean Ansaldi (1934-2010) : « la mort n’a pas le pouvoir d’anéantir notre être secret : Dieu le conserve dans sa mémoire après notre mort. (…) Quelque chose de nous ne meurt pas qui n’est pas notre propriété mais celle de Dieu. » (Sola Fide, Genève, 2004)
C’est pourquoi je peux dire ceci : par la résurrection, l’être profond de Jésus de Nazareth a été reçu et révélé par Dieu afin que le Christ puisse apparaître.
Notre personne ne peut pas se ramener à ce que l’on sait d’elle, on ne peut l’assujettir ni la soumettre, on ne peut pas l’objectiver, fut-ce par la plus perspicace analyse psychologique, ou la plus exhaustive biographie. Seul Dieu sonde les reins et les cœurs, seul il nous connaît au plus intime et bien plus que nous-même. « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi. » Notre identité est porteuse de l’altérité de Dieu, elle est cachée en Christ, c’est pourquoi même sur la terre que nous connaissons, elle est aussi toujours devant, jamais accomplie. La mort l’achèvera-t-elle ? Ce ne semble pas être le dernier mot de l’Evangile.
Le « jour du Seigneur » lui-même, dit A. Gounelle, « marque non une fin, mais un nouveau commencement », l’Esprit de Dieu qui est en l’homme l’appelle à poursuivre sa course, à désirer infiniment : Christ est bien le Maitre du désir comme l’affirme Françoise Dolto.

La résurrection ne vient pas pour combler notre désir, au contraire, elle vient le relancer afin que nous ne restions pas cloués sur nos échecs, sur les croix de nos vies. « Le crucifié implorait à grands cris un Dieu qui était encore son Dieu après que le Dieu de la confiance l’eut laissé dans les ténèbres du doute et de l’absence de sens » écrit Paul Tillich dans Le courage d’être. « Le courage d’être s’enracine dans le Dieu qui apparaît quand Dieu a disparu dans l’angoisse du doute. » C’est cela aussi, la résurrection : un « en dépit de », un « cependant » (Raphaël Picon).
La foi en la résurrection ne peut être illusion du désir, elle est l’accueil émerveillé de cette incroyable nouveauté de Dieu qui traverse même la mort, le non-sens et l’absurde : Son Esprit créateur et recréateur.

En revanche, nous n’avons aucun savoir sur l’événement lui-même, il ne peut pas se décrire ni se dire. Il constitue le réel (au sens de Lacan) de la foi au Christ. Il naît de la mort de Jésus, de son absence et du vide du tombeau. Le terme de résurrection (se relever, être réveillé) est un signifiant métaphorique, il est impossible à circonscrire dans le langage, mais nous pouvons en découvrir les effets sur les disciples et les premières communautés chrétiennes. Cet événement survient quand le Christ rencontre un être humain, quand Marie-Madeleine s’entend appeler par son nom et répond à celui qu’elle avait pris pour le jardinier, en se retournant, dans un cri d’amour : « Rabouni ! ». (Jn 20, 11-18) C’est dans l’après-coup de l’explication des écritures et de la fraction du pain que les yeux des disciples d’Emmaüs s’ouvrent et reconnaissent Jésus alors qu’il devient invisible. Mais leur cœur ne brûlait-il pas ? (Lc 24,13-35)

De même, la résurrection, pour nous, c’est aujourd’hui, quand, saisi par le Christ, nous accédons à une nouvelle compréhension de notre vie et de nous-même : rien en nous ne sera anéanti, et ceci est une métaphore, nous demeurerons vivants dans la mémoire de Dieu. « Je suis la résurrection et la vie : » déclare Jésus, « celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». (Jn 11, 25,26) Croyons-nous cela ? 28 /09 / 2012. As-tu déjà vu la source ? Je la connais la source, elle court, elle court Mais c’est de nuit. Cette source vive de mon désir, En ce pain de vie je la vois Mais c’est de nuit. Jean de la Croix La nuit obscure.

 


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