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Trois raisons de ne pas croire

 

André Comte-Sponville

 

 

12 septembre 2012

« Mais enfin, me demande un intervenant, lors d'un débat, vous qui êtes si proche de la tradition chrétienne, si manifestement marqué par les Évangiles, pourquoi ne croyez-vous pas en Dieu ? » Mes raisons sont innombrables; mais trois, ce soir-là, m'ont paru suffisantes. La première, la plus banale, la plus forte, c'est l'immensité du mal. Trop d'horreurs, trop de souffrances, trop d'atrocités sans nombre. La faute des hommes ? Souvent, oui, mais point toujours. La nature est sans pitié. Le monde est sans pitié. Comment imaginer qu'un Dieu ait voulu les tremblements de terre, les maladies, la souffrance des enfants, la décrépitude des vieillards ? Ou Dieu n'est pas bon, ou il n'est pas tout-puissant. Mais s'il manque de puissance ou de bonté, il est donc impafiait : est-ce encore un Dieu ? Ma deuxième raison, ce serait plutôt les hommes eux-mêmes, tels qu'ils sont, et plutôt dérisoires que méchants. Je me connais trop, et je m'estime trop peu, pour me figurer qu'un Dieu ait pu me créer. Faut-il une si grande cause, pour un si petit effet ? Tant de grandeur pour tant de médiocrité ? On dira que de cette médiocrité, c'est moi qui suis responsable, que c'est donc à moi qu'il faut m'en prendre, point à Dieu. Peut-être. Mais qui m'a fait ce que je suis ? Et les autres valent-ils tellement mieux ? Je ne suis pas humble au point de le croire, ni ne vois, étant ce que je suis, comment j'aurais pu faire beaucoup mieux que ce que j'ai fait. J'essaie d'être un homme convenable, et assurément je ne suis pas le pire. Mais un homme convenable, que c'est peu, que c'est vain, que c'est piètre ! Comment imaginer qu'un Dieu ait voulu cela ? La troisième raison, quand je l'énonce, surprend parfois davantage. Ce qui m'empêche de croire en Dieu, c'est que je préférerais qu'il existe. Qui non ? Qui n'aimerait mieux qu'un Dieu tout-puissant règle le cours des choses, récompense les bons, soutienne les faibles, punisse peur-être les méchants ? Qui n'aimerait être aimé ? Qui ne voudrait que l'amour, comme dit le Cantique des cantiques, soit aussi fort que la mort, voire plus fort qu'elle ? Qui ne souhaiterait le triomphe ultime de la paix, de la justice, de la vie, de l'amour ? Et comment, sans un Dieu ? La religion correspond exactement à nos désirs les plus forts, qui sont de ne pas mourir, ou pas définitivement, et d'être aimés. C'est une raison de s'en défier. Une croyance qui corespond si bien à nos désirs, il y a tout lieu de penser qu'elle a été inventée pour cela, pour nous rassurer, pour nous consoler, pour nous satisfaire au moins par anticipation. C’est la définition de l'iliusion : « une croyance dérivée des désirs humains », disait Freud, ce qui me paraît comme à lui correspondre merveilleusement à la religion. Être dans l'illusion, c'est prendre ses désirs pour la réalité. Or rien, par définition, n'est plus désirable que Dieu. Rien, donc, n'est davantage suspect d'illusion que la foi en son existence. Que je désire Dieu, comme tout le monde, est ainsi une raison supplémentaire de n'y pas croire. Dieu est trop beau pour être vrai. Bref, j'ai trois raisons de ne pas croire en Dieu, et ce sont trois vertus : la compassion, l'humilité, la lucidité. Non, certes, que j'en fasse toujours preuve, dans la vie quotidienne, ni que toute foi soit fautive. Mais c'est assez, pour un athée, que de pouvoir l'être pour de bonnes raisons.

 


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