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Christ

Dieu ou un homme ?


 

 

Michel Leconte

 

 

19 juin 2012

La pensée philosophique et théologique a beaucoup affirmé l’altérité de Dieu face à l’homme à tel point qu’il n’y aurait aucune mesure entre eux. Cette différence de nature est encore accentuée par cette conception de Dieu qui en fait un être distinct et séparé, bien au dessus des hommes. Entre Dieu et l’homme, il peut y avoir, en conséquence, un gouffre infranchissable. Le Judaïsme d’après le second temple et l’Islam me semblent partager cette conception de la divinité : c’est le Dieu très haut, tout-puissant, tout autre, qui règne « au plus haut des cieux » dans une transcendance impénétrable, insondable et inaccessible à nous pauvres humains. La majesté de ce Seigneur dominateur est écrasante ; les gens du moyen age préféraient déjà prier Marie ; les hommes émancipés du monde moderne, outre qu’ils ne trouvent pas ce Dieu crédible, s’en détournent. La figure du Christ me parait démentir cette conception antinomique de Dieu et de l’humain.

Lorsque Dieu est ainsi conçu comme un être éternel au-dessus de nous, comme une sorte de Jupiter créateur et Seigneur des mondes, Jésus peut difficilement être pensé comme la révélation humaine de Dieu. De là découlent les débats sans fin pour savoir si Jésus est bien l’icône de Dieu, ou seulement un homme, certes remarquable, mais un homme comme nous. Tout au plus, on le dira prophète, ou bien un homme envoyé par Dieu ou encore son lieu-tenant comme le désigne Hans Küng. L’enjeu, dans ce débat, est de savoir quelle relation l’homme peut entretenir avec la divinité. Si Dieu et l’homme sont si différents, comment peuvent-ils établir entre eux une réelle relation ? Celle-ci ne risque-t-elle pas d’être déséquilibrée, altérée en profondeur ? Devant la majesté et la toute- puissance, l’homme ne devra-t-il pas se soumettre, jusqu’à s’anéantir lui-même ? Face à cette aveuglante plénitude de Dieu, comment subsister ? Et comment l’homme moderne n’entreprendrait-il pas une lutte à mort contre ce Dieu, afin d’exister enfin et d’être sujet, responsable de ses actes ? Comment ne voudrait-il pas s’emparer comme Prométhée des privilèges exorbitants de la divinité et ne pas désirer s’émanciper de cette insupportable omnipotence ?

En outre, il est dangereux pour l’homme, à la suite de Jésus, de se penser fils de Dieu destiné à partager cette « nature divine » dans la vie éternelle. L’homme risque, alors, de se dissoudre dans la vision béatifique puisqu’il est comme englouti par Dieu. L’homme se voyant appelé à une telle divinisation, c'est-à-dire à tout le contraire de ce qu’il est ici bas, risque de ne concevoir que mépris et honte vis-à-vis de sa condition humaine sujette à la faute, à la différence des sexes et à la mortalité. C’est là, dans un tel scénario, me semble-t-il, le Péché exposé dans le récit de la Genèse qui, toujours, guette l’homme : vouloir devenir comme des dieux possédant la complétude imaginaire. Ce scénario et la conception de Dieu qui le soutient est révélateur du désir de toute-puissance et de la mégalomanie du désir à l’œuvre chez l’homme : s’emparer des privilèges du père comme en témoignent les avatars du complexe d’Œdipe. Dieu n’est pas ce dieu, sa promesse vis-à-vis de l’homme n’est pas celle là.

Il me semble possible d’affirmer sereinement qu’en Jésus, Dieu est présent « avec une intensité d’exception » (Stanislas Breton), que Jésus est la manifestation humaine suprême de Dieu. Dieu et l’homme ne sont pas en lui deux substances séparées, ils n’ont pas deux natures distinctes quoique réunies, ainsi que l’affirme les conciles de Nicée en 325 et de Chalcédoine en 451 au sujet de Jésus-Christ. Jésus n’est pas un hapax ontologique, sinon, il n’a rien à voir avec nous, il est trop différent de nous pour nous donner vraiment quelque chose. Dieu et l’homme ne sont pas deux substances que l’on peut mélanger comme le café avec le lait, ou bien, au contraire, qu’il faille absolument disjoindre dans le but de préserver la transcendance, la perfection absolue, la sainteté de l’Eternel comme dans le modèle adoptianiste. Dieu et l’homme ne font pas nombre : ils ne font ni un, ni deux. « Je ne serais pas, si je n’étais en toi, de qui, par qui, en qui sont toutes choses » écrit Augustin d’Hippone dans ses Confessions. Dieu est le fondement de l’être (Tillich), la dimension de profondeur de ce que nous sommes, le dynamisme créateur qui nous porte et nous fait progresser, aller de l’avant. Nous sommes en Lui et Lui en nous, inséparablement. C’est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être comme le dit saint Paul dans les Actes des apôtres. Le Christ dévoile et manifeste exactement cette alliance, cette unité éternelle de Dieu et de l’homme. C’est pourquoi, nous est-il permis de voir en Christ, et Dieu, et l’homme dans un même regard. En cet homme illuminé par l’Esprit de Dieu, il est possible de découvrir la vérité de Dieu et celle de l’homme. Christ, visage humain de Dieu, est la révélation de l’homme accompli parce qu’existentiellement uni avec le fondement de son être. La puissance divine qui transparaît en lui n’est pas une puissance écrasante qui anéantit son humanité ni la notre, mais, au contraire, elle la porte à sa perfection, et ce, à l’intérieur même de la condition humaine d’existence marquée par la contingence, la finitude dont la mort est le stigmate patent ; une mort particulièrement odieuse en ce qui concerne Jésus. En sa mort, Dieu rejoint la fragilité des hommes. Non, Dieu n’a pas peur de notre souffrance, de ce que nous sommes mortels, de notre finitude, nous n’avons pas à avoir honte de ce que nous sommes : des hommes.

Dieu n’est pas cet être absolu que nous imaginons, qui domine et écrase. Il se manifeste dans « ce murmure d’un souffle léger » qui nous éveille, nous ranime, nous régénère, et nous fait naître à nouveau. Christ est Dieu dans un visage humain, il est aussi l’homme sauvé, accompli, porté à sa pleine puissance, sorti des ténèbres de la mort et de la dé-création : ressuscité. Cet homme, ce peut être chacun de nous, si l’on parvient à s’ouvrir à cette réalité plus intime à nous-même que nous-même : cette étincelle divine cachée au plus intime de notre âme. (Maître Eckhart)

Dieu, homme : unité originaire et essentielle, existante et ultime.

 


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