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Abraham en Égypte

 

Ce qu’Abraham devait apprendre de son séjour en Égypte

Ce qui nous pouvons apprendre sur nous-mêmes
à travers l’aventure d’Abraham en Égypte

Genèse 12.10-20 + 13.1

prédication

 

pasteur René Lamey 

 

21 avril 2012

« Ce qu’Abraham devait apprendre de son séjour en Égypte » (Genèse 12) Permettez-moi de revenir encore une fois sur l’aventure, ou la mésaventure d’Abraham en Egypte.

Pour mieux comprendre l’état d’esprit Abraham, nous allons essayer de nous mettre dans sa peau, ou comme le disait quelqu’un à l’étude biblique, nous allons nous mettre dans ses mocassins !

Tout au début de l’histoire, il y a l’appel. Abraham est un parfait inconnu, un bédouin parmi des milliers d’autres. Et Dieu s’adresse à lui. Dieu n’étant pas n’importe qui, Abraham a peut-être pensé que si Dieu a choisi de lui parler, c’est que lui-même n’était pas n’importe qui non plus ! En plus, on lui prédit un avenir extraordinaire, une descendance que nul ne pourra compter, toutes les familles de la terre seront bénies en lui, ceux qu’il va bénir seront bénis, ceux qu’il maudira seront maudits ! Quel pouvoir, quelle puissance, quel destin ! Il y a là de quoi tourner la tête à plus d’un homme !

Même si Abraham garde la tête froide, il n’empêche que cet appel a dû lui donner une certaine assurance face à l’avenir, face à lui-même, et face à ses décisions. Mais Abraham a peut-être aussi développé une certaine prétention, une sorte d’audace qui le conduira à une trop grande confiance en lui-même et en sa capacité de prendre les bonnes décisions.

Ainsi quand survient la famine en Canaan, Abraham ne se pose pas trop de questions, il n’estime pas nécessaire de prendre l’avis de Dieu : « de toute façons, je suis l’élu de Dieu, rien ne pourra m’arriver. » Fort de cette belle assurance, il prend la décision d’aller en Égypte avec sa femme Sara.

Et c’est là que cela devient intéressant. Très vite, Abraham va se trouver en contact avec la dure réalité de la vie et de la mort... Quand « tout baigne », quand tout va bien, il est facile de parler, de dire de belles phrases, d’afficher une belle confiance. Mais quand la réalité de la vie nous rattrape, elle nous cloue parfois le bec !

Sur la route qui l’amène en l’Égypte, des nomades lui disent, on peut du moins l’imaginer, qu’Abraham risque d’avoir des problèmes du fait de la beauté de Sara. Abraham n’écoute pas : « Ce sont des histoires qu’on raconte le soir, au coin du feu. » Mais une fois passé la frontière, Abraham surprend les regards de convoitise des hommes. Dans ces histoires au coin du feu, on racontait que les Egyptiens étaient prêts à tuer le mari pour avoir sa femme. Abraham a soudain la trouille. Sa vie est en danger. Sa belle assurance fond comme le beurre au soleil et Abraham va réagir non pas comme un héros de la foi, mais comme un zéro de la foi ; la seule chose qu’il trouve à faire, c’est d’imaginer un mensonge : Sara n’est pas ma femme, elle est ma sœur. On ne tue pas pour avoir la sœur, mais on la vend, et on peut même en tirer en bon prix !

La réalité amène Abraham à le mettre face à lui-même, elle lui révèle des côtés de sa vie qu’il ignorait ou qu’il refusait de voir, mais qu’il dénonçait par ailleurs chez les autres. Ce qui nous dérange chez les autres est aussi en nous, ou dit autrement, c’est parce que tel comportement est déjà en nous que nous le dénonçons chez les autres.

Ce qui est arrivé à Abraham peut aussi nous arriver. Nous proclamons parfois de bien belles choses concernant la foi ou la vie, ou nous disons que « moi, jamais je ne penserai ça, jamais je ne dirai ou ferai ça », et puis soudain arrive un événement, parfois futile ou insignifiant en apparence, parfois plus grave, et cet événement déclenche en nous toutes sortes de pensées qu’on n’aurait jamais cru avoir : des pensées de jalousie, de haine, de suspicion, de rejet, un désir de tuer ; un tel événement inattendu peut aussi déclencher en nous des comportement que nous critiquons chez les autres et que nous nous défendions d’avoir : fuite, lâcheté, mensonge, jugement, convoitise.

Oui, la réalité nous met parfois devant la découverte de parties peu reluisantes de nous-mêmes, nous découvrons qu’il y a en nous des aspects qui sont en désaccord avec nos plus fortes convictions, avec nos valeurs. C’est parfois horrifiant de découvrir de quoi nous pourrions être capables… Dans le fond, c’est pourtant une bonne découverte ; tout dépendra ensuite de ce que nous en ferons, - de la manière dont nous allons la gérer.

Abraham s’est mis dans une situation archi-délicate : il a irrémédiablement compromis et saboté son avenir. Sara a été emmenée dans le harem de Pharaon ; elle n’en sortira plus jamais. Fini l’avenir glorieux de la grande descendance promise. Abraham, t’es un mec fichu ! Tu as ruiné ta vie et celle de ton épouse...

Bien sûr, l’histoire ne s’arrête pas là, il faut toujours garder espoir ; ça va mal au palais de Pharaon ; depuis que cette belle étrangère est entrée dans la maison du Pharaon, les ennuis pleuvent ; le pharaon attribue tous ces maux au Dieu d’Abraham et de Sara. Pour retrouver la paix et certainement la santé, le pharaon comprend qu’il doit renvoyer Sara. Il convoque Abraham, il lui passe un savon, et le renvoie illico presto à la frontière.

Les choses ne se sont pas déroulées comme Abraham l’avait peut-être imaginé. Abraham ne sort pas grandi de cette mésaventure.

Quoique. S’il réussi à tirer les leçons de cet échec, il apprendra beaucoup de choses importantes sur lui-même et sur la vie. Et Abraham l’a peut-être fait ; car le texte nous dit que la première action d’Abraham, en retournant chez lui, fut d’aller se recueillir devant l’autel qu’il avait jadis bâtit à Dieu ; là, devant ce tas de pierres, Abraham a peut-être médité et tiré des leçons pour sa vie.

Quels enseignements Abraham pouvait-il puiser de cette expérience, que pouvons-nous apprendre de toute cette histoire ?

• Premièrement : n’ayons pas une trop haute opinion de nous mêmes, de nos capacités, de nos facultés, de notre foi : un rien, un petit événement anodin peut faire basculer tout le brillant édifice ; vous enlevez une seule petite carte à la base du château de cartes et tout s’effondre en un rien de temps.

• Deuxièmement : profitons de ces événements, de ces chutes, de ces échecs, pour apprendre à mieux nous connaître. Mieux connaître les faces cachées de notre caractère et de notre personnalité ; prendre conscience de qui nous sommes réellement, aller au-delà de la façade, découvrir que derrière le beau papier-peint il y a des fissures, des ratures, des imperfections et des vilaines petites araignées. Se dire : « OK, je suis comme ça, capable du pire comme du meilleur. »

• Troisièmement : Et s’accepter ainsi. Accepter que je puisse être jaloux, envieux, méchant, tordu, lâche, et j’en passe, accepter que je puisse être cela aussi. Accepter les côtés obscurs de ma nature, cette nature qui se révèle de temps à autre, en fonction d’événements et de circonstances particulières.

• Et quatrièmement : Ne pas en rester là. S’accepter ne signifie pas se justifier : « Que voulez-vous, je suis comme ça », ni se complaire : « De toute façons, je n’y peux rien », ni encore moins faire porter le chapeau à d’autres : « c’est la faute à la société, c’est la faute à mes parents, c’est à la faute au diable. » S’accepter, ce n’est pas non plus refouler, nier nos travers, faire comme s’ils n’existaient pas : « moi, être ainsi, ce n’est pas possible, vous devez vous tromper... » S’accepter, c’est devenir responsable de sa vie, c’est devenir acteur de sa vie. Donc : ne pas en rester là. Donc : travailler au changement. Comment ?

Il ne s’agit pas d’entrer en lutte directe contre ces aspects négatifs de soi, car, dans cette lutte, on s’épuise, car, dans cette lutte, on est toujours perdant. Un exemple : vous vous apercevez que vous êtes parfois dur envers les autres. Comme vous êtes un bon chrétien(ne), vous vous dites : « Il faut que je soit plus gentil envers les autres. » Et pour devenir plus gentil envers les autres, vous allez combattre cette dureté en vous, vous allez devenir durs envers vous-mêmes. Saisissez-vous la contradiction ? Au fond, rien n’est changé. Ce que nous faisons pour nous rendre meilleurs se retourne toujours contre nous à un moment ou à un autre. Lutter contre soi ne résout pas le problème ; lutter contre une tendance que vous jugez inacceptable ne fait que renforcer celle-ci ; c’est comme si vous comprimiez un ressort. Où se trouve la solution ? La solution consiste à détendre le ressort. Si nous voulons nous débarrasser d’une tendance ou habitude préjudiciable, nous devons être capables de la voir tout entière, telle qu’elle est ; prendre le temps de l’observer dans tous ses détails ; en reprenant l’exemple de la dureté, cela consisterait à se poser les questions suivantes : à quel moment suis-je dur, dans quelles circonstances, comment cette dureté se manifeste-t-elle ? Quelles en sont les conséquences sur les autres et sur moi-même ? Quelle fonction remplit la dureté dans ma vie ? Quelle insécurité, quelle faiblesse, quel manque se cachent derrière ce besoin d’être dur ? Quand vous aurez fait le tour de la question, et ça peut prendre des mois, quand vous aurez entièrement démonté le ressort et compris son fonctionnement, un jour, vous vous rendrez compte que vous n’avez plus besoin d’être dur, ou d’être ceci ou cela...

Le chemin de la maturité est long. Il passe par des prises de conscience semblables à celle que nous avons évoquée aujourd’hui.

Pour être utile à Dieu, Abraham a dû passer par ce chemin douloureux ; Moïse, Jacob et d’autres ont dû y passer, et je crois que Jésus lui-même est passé par cette expérience qu’il a vécu dans les 40 jours où il a été confronté à lui-même, à ses désirs de grandeur et de puissance.

Il en sera de même pour nous, si nous voulons que notre vie serve à quelque chose. Je résume :

• Premièrement : n’ayons pas une trop haute opinion de nous mêmes.
• Deuxièmement : apprendre à mieux nous connaître.
• Troisièmement : accepter ce que nous sommes, même si ce n’est pas brillant.
• Et quatrièmement : Ne pas en rester là. Observer. Comprendre. Travailler sur notre vie Vous avez là un intéressant programme pour les mois à venir !

Au travail, et bon courage ! En comptant sur Dieu et sur son aide ! Amen !

 

 


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