Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion


Théophobie ?


 

Michel Leconte

 

 

14 avril 2012

L’homme moderne refuse Dieu ou, le plus souvent, lui est indifférent. Je fais dans cet article, l’hypothèse qu’en réalité, l’homme a bel et bien peur de Dieu. Celui-ci lui inspire une étrange répulsion. L’indifférence serait en réalité une sorte de mise à l’écart, de refoulement de la représentation terrifiante de la divinité.

Certes, à un premier niveau, le Dieu conçu tel un Jupiter dans les hauteurs qui menace de l’enfer a toujours inspiré de la crainte. Mais cette figure du Dieu vengeur et surmoïque, inhumain à force de puissance et de rigueur n’est plus d’actualité. L’homme moderne s’est émancipé de ce Dieu là. Il peut tout au plus subsister dans quelques psychismes abîmés ; pour le plus grand nombre, il a bel et bien disparu.
Ce que je vise plutôt dans ces lignes, c’est Dieu comme figure d’un absolu englobant, présenté comme Le souverain bien ayant prétention de suffire à toute vie humaine. C’est le Dieu qui répond de manière nécessaire à la question « pourquoi sommes-nous sur terre ? », prétendant être la réponse unique au sens de la vie, en étant Le sens des sens possibles. C’est le Dieu qui se constitue aussi comme l’aboutissement de la vie quand dans l’au-delà il sera « tout en tous ». Ce Dieu, je pense, terrifie de façon inconsciente les humains. C’est lui qui règne encore et toujours dans les coins obscurs de notre psyché.
Ce Dieu, dont il est dit que nous venons et vers lequel nous retournons à notre mort, prétend répondre à la question de la mort : après la mort il y a Lui, l’unique nécessaire, dévalorisant par là même la vie des hommes ici-bas.
Je pense que ce Dieu est terrifiant pour les humains et de plus abîme leur humanité. Il prétend se donner comme l’objet comblant tout désir. Augustin n’écrivait-il pas : « Mon cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi » ?

Ce Dieu vient combler le manque qui relance le désir. Or si le manque est comblé, le sujet, être de désir, meurt. Merleau-Ponty écrivait déjà que l’homme meurt au contact de l’absolu… Ce Dieu a la prétention d’être tout, le tout du sens, le tout de l’amour, il est celui qui prétend donner sens même à l’insensé et à l’absurde. Il se présente comme le tout-puissant dont la force est inversement proportionnelle à notre faiblesse. En fait, il est notre même inversé qui, dans l’au-delà, doit combler tous nos désirs et réparer la finitude pourtant inhérente à notre condition humaine.
Ce Dieu, outre qu’il correspond trop bien à nos vœux inconscients pour être crédible, inspire en fait une peur très profonde.
Il apparaît derrière la figure de la mère archaïque, d’une mère toute puissante qui engloutit ses enfants après les avoir mis au monde.

L’union achevée en Dieu, pleinement réalisée dans l’au-delà est imaginée par l’inconscient comme une jouissance sans fin. Cette dépendance à la divinité vient en contradiction avec le désir de l’homme d’être autonome, séparé, dans le mouvement qui l’a conduit progressivement hors de son état de fœtus puis d’infans pour l’amener à l’âge adulte comme sujet différencié. Cette jouissance est donc une mort psychique, elle provoque la dissolution du sujet humain. Comblé, celui-ci ne sera plus dans le mouvement de la vie en tant que sujet désirant.
Cet accomplissement de l’homme dans l’au-delà, c’est en réalité la mort, l’impensable, l’irreprésentable éclatement de l’être.
Ce Dieu qui a partie liée avec la mort, c’est le Dieu commun, le Dieu qui vient à l’esprit des hommes lorsqu’ils parlent de lui, soit pour l’accepter, soit pour le refuser. Ce Dieu qui répond à tous les vœux de l’homme est totalitaire. Il est impossible, fut-ce dans la mort, de lui échapper. Le lien qui nous unit à lui est fait, en même temps que d’amour, d’un paroxysme de haine, de rage destructrice et, par voie de conséquence, de culpabilité. La fusion est à la fois recherchée et redoutée car elle est ce qui empêche de naître vraiment, d’être enfin soi-même. Il est vital de rompre ce lien pour accéder à l’autonomie. L’amour de ce Dieu est celui qu’il faut risquer de perdre pour commencer à désirer pour son propre compte. Le Dieu chrétien apparaît à beaucoup comme une prison à laquelle personne ne peut échapper, le ventre dont on désespère de s’extraire, la figure terrifiante qui contrarie et empoisonne toute velléité d’autonomie.

Face à ces représentations de l’inconscient, peut toutefois se profiler une autre image de Dieu. Il s’agit du Dieu « puissamment faible » (Etienne Babut) qui se laisse crucifier sur la croix et pardonne à ceux qui le mettent à mort. C’est le Dieu d’Elie qui se révèle « dans le silence ténu d’une brise légère ». Dieu, écrit Bonhoeffer dans une de ses lettres de captivité, se laisse chasser hors du monde. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide. Mt 8, 17 indique clairement que le Christ ne nous aide pas par sa toute-puissance, mais par sa souffrance ! Voila la différence décisive d’avec toutes les religions. La religiosité de l’être humain le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina. La bible le renvoie à la faiblesse et à la souffrance de Dieu ; seul le Dieu souffrant peut aider. (1)
Il me semble alors possible de vivre une relation filiale avec Dieu sans danger de se perdre : en étant simplement avec lui comme lui a été avec nous en Jésus de Nazareth (Emmanuel : Dieu avec nous). Il nous faut considérer que Dieu est radicalement différent de ce que nous pouvons imaginer. Notre filiation divine devient alors une proximité et non pas une identité substantielle. En modifiant la perspective de l’union ultime avec Dieu, post-mortem, on peut désamorcer les représentations mortifères et régressives qui éloignent les hommes de Dieu et détournent les chrétiens de l’essentiel du message et de l’esprit de Jésus-Christ.
Si Dieu est Dieu, il n’est pas tout, sinon il est une idole conçue à l’image de ce que l’homme n’est pas et voudrait être. C’est, je crois, ce que les hommes d’aujourd’hui ressentent. Ce Dieu est aliénant, il n’est pas une bonne nouvelle (Evangile).
Dieu ne veut pas être le tout de l’homme : ne lui donne-t-il pas un monde à construire, une femme à aimer, une terre à cultiver, des enfants à faire grandir et tant d’autres bonnes choses, « Et Dieu vit que cela était bon… ». Puis, Dieu se donne lui-même dans l’Evangile.
Lorsque Dieu s’est manifesté en Jésus-Christ, il l’a fait de manière déconcertante, non pas dans la toute- puissance mais dans la discrétion. Il n’a pas manifesté le sens de toute chose. Il n’a pas donné d’autre sens que celui révélé dans le message, la vie, la mort et le resurgissement de Jésus-Christ et dans la manière qu’à son Esprit de le rendre vivant parmi nous. Jésus n’a pas été une manifestation de toute puissance en matière de signification, il s’est tenu et se tient toujours à côté des humains comme un partenaire face à l’absurde et l’insensé afin que nous inventions notre vie en nous donnant « le courage d’être ».

Nous, chrétiens, pouvons faire revivre Jésus-Christ aujourd’hui et demain jusqu’à l’heure de notre mort. Au-delà, nous ne savons rien. Je ne crois pas que ce sera une réintégration et la fusion dans ce Tout béatifiant que, pensons-nous, n’aurions jamais dû quitter. Je crois, pour ma part, que Dieu nous gardera vivants dans sa mémoire vivante. Ce Dieu là pourra nous délivrer de la peur : peur de nous perdre en Lui.

 

(1) Dietrich Bonhoeffer. Résistance et soumission, lettres et notes de captivité, p 431-432, Labor et Fides , 2006.

 

 


Retour vers "libres opinions"
Retour vers Michel Leconte
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.