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Les Puritains

 

Quel héritage aujourd’hui

 

 

Liliane Crété

 

Ed. Olivétan

134 pages, 13, 50 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

10 avril 2012

Les puritains anglais ont, sans doute à tort, une bien mauvaise réputation de d’étroitesse d’esprit rabat-joie symbolisant la religion que personne ne désire suivre. Liliane Crété fait œuvre d‘historienne précise et exigeante et dans un petit livre détendu et agréable à lire, elle nous fait pénétrer dans l’intimité de ces protestants qu’elle rend, ma foi, plutôt sympathiques. (G.C.)

En voici des passages.

 

.

 

Cambridge et ses intellectuels

page 42

Une caractéristique fondamentale du puritanisme, méconnue de ses détracteurs, est sa force émotionnelle. Dans leurs écrits, l’association constante des termes prédicateur et prophète montre l'importance que les divines puritains accordaient au travail de l'Esprit saint dans la compréhension et la transmission du message contenu dans les Ecritures. Un bon ministre devait être charismatique, non pas dans le sens compris par les « spirituels » - antinomistes et autres « enthousiastes » du temps - mais sûrement dans celui préconisé par Bucer. Puisque dans l’Ancien Testament, la Parole et le souffle divin, la ruah, sont deux formes de révélation constamment contemporaines, il n'est pas étonnant que les réformés, pour lesquels il n’y a autre autorité que les Écritures, aient tellement insisté sur ce que l’on pourrait appeler l’« éloquence » biblique. Dans un sermon sur Apocalypse 3,20, le révérend Cotton insista à plusieurs reprises sur le terme « Voyez » (Behold), invitant sa congrégation à imaginer Dieu lui-même frappant à la porte du cœur de l'homme, « porte par laquelle Dieu entrait dans l'âme ou dans l'homme en son entier ». Il frappait avec le marteau de sa Parole et, par le travail de son Esprit, il frappait même à la porte de ceux qui n'étaient pas disposés à lui ouvrir, et y laissait « quelques faveurs du Seigneur Jésus, et quelques saveurs de l'Esprit d'adoption ».

 

page 44

Sermon de John Cotton sur l'aliance de grâce :

Regardez l'affection qui existe entre le mari et la femme, est-ce que vous avez ressenti pareille affection dans votre âme pour le Seigneur Jésus-Christ? Avez-vous un désir fort et profond de le rencontrer dans le lit des amours, toutes les fois que vous vous rendez à la congrégation ? Et désirez-vous que les semences de sa grâce soient répandues dans votre cœur, et désirez-vous lui offrir les fruits de la grâce ? Et désirez-vous être à lui et à nul autre, et désirez-vous lui faire part de tous vos projets et secrets, et désirez-vous ne rien faire qu'il ne vous ait conseillé et instruit ?

 

 

L’éthique puritaine

 

page 52

Sous Elizabeth I, une loi sur les indigents fut votée qui prévoyait le châtiment des vagabonds et des mendiants, et le soulagement des détresses - loi qui sembla à Perkins, émaner, « en substance », de Dieu lui-même. Mais les puritains voulaient moins le châtiment des paresseux que leur transformation en gens industrieux. Autrement dit, ils voulaient apporter les valeurs de la middle-class à l'ensemble de la population. Ils allaient donc se lancer dans une grande campagne de moralisation de la société qui comprenait le respect du sabbat, conséquence logique de la théologie de l'alliance, mais aussi d'un désir profond, pour certains, de se tourner vers Dieu. La spiritualité, telle qu'elle fut comprise par les godly, devait les conduire au secret de l'expérience de la présence de Dieu dans la vie quotidienne, en particulier dans la prière, l'écoute, la méditation et le repos. De ce fait, compte tenu de la position du clergé anglais au tournant du XVIe siècle et du biais biblique de leur théologie, l'attachement au respect strict du quatrième commandement, qui permettait au fidèle de se mettre en « vacance », c'est-à-dire de faire le vide en lui pour accueillir la présence divine, allait de soi. Mais ils eurent autant de mal à faire accepter aux gentilshommes de ne plus chasser le Jour du Seigneur qu'à transformer les ivrognes et les paresseux chroniques en des « craignant Dieu » industrieux, d'autant que la reine refusait de supprimer les divertissements du dimanche qui consistaient souvent en jeux brutaux, comme les combats de chiens ou d'ours, et amenaient beuveries et débauches. Les magistrats londoniens en revanche, partageaient avec la classe marchande les valeurs « puritaines » et cherchèrent à améliorer la moralité du peuple. Ils s'en prirent d'abord aux théâtres. En 1592, 1594, 1595 et 1597, le Lord Maire adressa une pétition pour faire fermer ces lieux « pernicieux », où l’on ne montrait que « fables profanes, intrigues lascives, artifices de filous et conduites infâmes...

 

 

Le temps des tribulations

 

page 65

Une peur sourde envahit les esprits. Dans les événements des années 1620 les saints virent la réprobation de Dieu. Outre le mariage du roi avec une princesse catholique, il y eut la peste de 1625-26 à Londres, qui fit quarante et un mille morts, une série de récoltes catastrophiques, et une crise dans le secteur textile. Autant de signes de la colère divine. Ils leur suffisaient d’ouvrir la Bible pour voir que Dieu avait à plusieurs reprises manifesté son mécontentement en frappant de plaies son peuple : n'avait-il pas envoyé la rouille, la grêle et les sauterelles ravager les jardins et les champs, et le feu dévorer les vignes ? Ces signes pouvaient être l’annonce de désastres bien plus grands. La chute de La Rochelle et les ravages sanglants des troupes catholiques dans les pays protestants du continent devinrent pour beaucoup le symbole du malheur qui pouvait arriver à un pays dont les habitants ne tendaient pas suffisamment vers la sainteté.

 

page 73

Restait l'exil. Les premiers à quitter l’Angleterre furent les séparatistes ; ils prirent généralement le chemin de la Hollande. Un petit groupe repartit pour l’Amérique à bord d'un navire nommé le Mayflower. Tel fut le destin de ceux que l’on appela les Pères Pèlerins, passés au rang d’ancêtres éponymes du peuple américain. L’épopée de William Bradford er de ses compagnons a éclipsé dans la mémoire collective tant leurs prédécesseurs en Amérique que ceux qui vinrent après eux - ces autres puritains partis pour établir une « nouvelle Canaan » sur les rivages américains tout en restant liés, religieusement, politiquement et économiquement, à l’Angleterre. Mais, nous allons le voir, ils créèrent finalement une nouvelle Eglise et sont indubitablement à l’origine d'une nouvelle civilisation.

 

 

La nouvelle Canaan

 

page 75

L’Exode
L’idée d'émigrer en Amérique avait fait son chemin chez les puritains. Dans une lettre qu'il écrivit à sa femme Margaret au printemps de 1629, John Winthrop avait évoqué l'éventualité d'un départ pour une terre d'asile, si Dieu le jugeait nécessaire :

Je suis persuadé que Dieu enverra quelque grave affliction sur cette terre, et cela, très bientôt. Si le Seigneur pense que ce sera bon pour nous, il nous ménagera un refuge et un asile pour nous cacher, comme Zoar pour Lot, Sarepta pour son prophète.

Au ton de cette lettre, on voit tout de suite que John Winthrop avait été très tôt plongé dans un bain de puritanisme ; il avait de plus fait ses études à Cambridge. Il n'est donc pas surprenant qu'une fois prise la décision de s'installer en Nouvelle-Angleterre et s'étant vu confier par la Massachusetts Bay Company la responsabilité de la plantation, il eût à cœur d'établir sur le rivage américain un « saint commonwealth, et de « saintes églises ». Le sermon-programme, qu'il prononça à bord de l‘Arbella avant de quitter l'Angleterre, montre que la loi qu'il propose pour la colonie est celle de l'Evangile, non celle de la nature, et l’ordre qu'il entend instaurer, celui fondé sur la justice et la miséricorde. Le devoir de miséricorde qu'il conçoit consiste en trois choses : donner, prêter, pardonner. En bref, sa cité idéale avait tout de l'utopie biblique. L‘entreprise avait de la grandeur mais elle était risquée. A la fin du siècle, alors que le modèle de société que Winthrop avait conçu et appliqué au Massachusetts était sur le déclin, Cotton Mather, puritain de la troisième génération, parlait de lui avec nostalgie, le comparant à Moïse conduisant le peuple élu vers les terres bénies de Canaan. Le sermon de Winthrop, en tout cas, a tellement marqué les esprits qu'il a servi de base à des générations d'historiens et de sociologues pour expliquer le mouvement migratoire en Amérique et tenter d'en comprendre les motifs.

 

 

Des hommes et des œuvres

 

page 108

Le Voyage du Pèlerin
La Bible encore sert de fondation au célèbre ouvrage de John Bunyan The Pilgrim's Progress, best seller que l’on peut sans doute qualifier de « roman de dévotion » Car il s'agit d'un roman racontant sous une forme allégorique la dure lutte menée par le chrétien pour gagner le ciel. Aussi bien, l'allégorie est-elle le genre privilégié de la littérature puritaine. L’ouvrage séduisit tout un public pieux ou en voie de piété. Les missionnaires l’utilisèrent pour faire connaître le christianisme aux « sauvages », et les catholiques et les protestants de toutes confessions pour édifier leurs ouailles et les maintenir sur la bonne route. De ce fait, il connut sous une forme ou une autre un nombre fabuleux d'éditions ; il est même considéré comme un des livres de langue anglaise le plus lu après la Bible.

[…] L’histoire est simple. Bunyan raconte le voyage de ce monde à l'autre de Chrétien, (Christian) un habitant de la ville de Destruction en quête d'éternité. Des péripéties nombreuses attendent en chemin le pèlerin, d'autant que la route est faite de détours, de demi-tours et de nouveaux départs. L’auteur suit son héros en rêve. Les aventures de Chrétien font penser à un roman de Chevalerie. Comme les chevaliers d'antan, il doit affronter beaucoup d'épreuves sur sa route. Mais les noms des personnages montrent qu'il s'agit d'une allégorie chrétienne sur le voyage d'un chrétien vers le ciel, et non de l'histoire d'un chevalier parti délivrer une belle princesse : tous portent des noms de vertus ou de vices, comme aussi les lieux que Chrétien traverse. Mis ainsi sur le bon chemin par Evangéliste, il passe à courte distance du château de Belzébuth, aperçoit sur le bord de la route trois hommes endormis, Hypocrisie, Paresse et Formaliste, est accueilli par quatre vierges, Sagesse, Piété, Prudence et Discrète, et traverse la Vallée de l'Humiliation où, avec l’aide de l’archange Michael, il combat Appolyon, l'ange de l‘Abîme d’Apocalypse 9,11 ; il doit ensuite emprunter la Vallée de l'Ombre de la mort, chemin obligatoire pour se rendre à la cité céleste.

D'un gouffre énorme s'échappent des fumées et du feu. Chrétien entend des cris hideux et des gémissements et il comprend qu'il s’agit d'une entrée de l'Enfer. Les voix des démons lui parlent à l'oreille pour l'entraîner vers l’abîme de feu. Chrétien se met à prier. Il parvient à sortir de la vallée et rejoint Fidèle (Faithful), voyageur parti pour le Ciel avant lui. Les deux pèlerins entrent dans la cité des Vanités, lieu de tous les dangers puisque toutes les tentations du monde sont réunies à la foire qui s’y tient. Nos voyageurs résistent à la tentation et doivent faire face à la colère de Belzebuth. Chrétien parvient à s'échapper ; Fidèle est brûlé au bûcher et son âme enlevée au ciel. Après encore de multiples aventures périlleuses, Chrétien arrive devant la Jérusalem céleste. Et là, à deux pas de gagner la félicité du Ciel, une dernière épreuve l'attend, une épreuve de la foi car il lui faut traverser une rivière et s'enfoncer dans une eau dont il ne connaît pas la profondeur. Avec les encouragements d'un autre pèlerin, Plein d'Espoir, notre héros domine sa peur et traverse la rivière.

Des êtres de lumière accueillent les pèlerins et une multitude d'anges et de saints les entourent et les escortent. Bunyan raconte sa vision :

Je vis dans mon rêve que les deux pèlerins quand ils passèrent la porte furent transfigurés et revêtus de vêtements qui brillaient comme de l'or. Des anges vinrent au devant d'eux et leur offrirent des harpes et des couronnes : les harpes pour louer Dieu, les couronnes comme marque d'honneur. Puis j'entendis sonner de joie toutes les cloches de la cité, et une voix leur disant : « Entrez dans la joie de votre Seigneur.

Hymne à la joie, très représentatif du puritanisme : le combat a été rude ; maintenant vient la fête.

 


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