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Dieu survivra-t-il
au dernier Homme ?

 

Essai sur la religion de l’Homo sapiens

 

 

Bernard Reymond

professeur honoraire de théologie de l’Université de Lausanne

 

Ed. Labor et Fides

152 pages. 15 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

10 avril 2012

Quelle était la relation avec Dieu que pouvaient avoir les hommes préhistorique ? Que pouvons-nous penser de leur « religion » ?   Et que penseront de nous nos lointains descendants dans 20 000 ans ? Que penseront-ils de Dieu ? Et les éventuels habitants des autres planètes auront-ils – ou ont-ils déjà eu – leur christ ?
On n’en sait évidemment rien. Mais Bernard Reymond nous interroge sur notre propre théologie en posant ces questions.

En voici quelques passages.   (G.C.)

 

.

 

page 51

Les formes ancestrales de la religion

 

Excursus 2
Idolâtrie et anthropomorphismes

L'un des jugements tout faits que l'on porte volontiers sur les religions ancestrales est de les traiter d'idolâtres. Il découle directement des invectives du prophète Esaïe qui s'en prenait à ceux qui « se prosternent devant l'ouvrage de leurs mains, devant ce que leurs doigts ont fabriqué ».

[…]

Ces imprécations et leur imparable logique ont eu toute leur légitimité dans le cadre de la « distinction mosaïque » dont il sera question dans le chapitre suivant, quand il s'est agi de lutter contre la visibilisation et, partant, contre l'objectivation de Dieu. Mais il faut aussi bien voir que les peuples ancestraux, pour penser la divinité, ont eu besoin de se la représenter et l'ont fait, si l'on peut dire, avec les moyens du bord. Ils leur ont donné des formes soit humaines (par exemple en divinisant de fait la figure d'un grand ancêtre), soit animales (par exemple l'éventuel culte de l'Ours très mis en doute aujourd'hui), soit encore composites et empruntées à leur imaginaire, par exemple quand les anciens Égyptiens ont imaginé des divinités dont les unes étaient à corps humain et tête d'animal, les autres à corps animal avec tête humaine. S'ils l'ont fait, ce pourrait être pour signifier que les dieux ne doivent justement pas être confondus soit avec des hommes, soit avec des animaux, mais qu'ils sont à la limite aussi indescriptibles qu'inimaginables. Mais pour le dire autrement, il a bien fallu le faire avec les moyens expressifs et symboliques à disposition.

La Bible et la religion chrétienne n'agissent pas autrement : elles recourent à des images humaines pour parler de Dieu. Ainsi quand le prophète Esaïe déclare que « la main de l'Eternel n'est pas trop courte pour sauver ni son oreille trop dure pour entendre ».

 

page 60

De l’héritage néolithique au temps axial

Par temps axial, il faut entendre une période au cours de laquelle l'histoire a culturellement pivoté et dont Jaspers a fixé la durée de l'an 800 à l'an 200 av. J.-C. Mais on peut avec Mann la prolonger jusqu'au Christ et peut-être même un peu plus loin, par exemple jusqu'à Augustin d'Hippone (354-430). Ni Jaspers ni Mann n'ont en revanche songé à étendre cette période charnière jusqu'au prophète de l’islam : considérée sous cet angle, cette dernière religion n'est qu'une reprise et une adaptation des acquis juif et chrétien. Il est vrai qu'on peut aussi restreindre beaucoup cette fourchette estimative comme le fait Mario Liverani qui, lui, s'intéresse essentiellement à l'histoire du Proche-Orient ancien : il constate que Confucius, le Bouddha, Zoroastre, les philosophes ioniens de Grèce et les « grands prophètes éthiques » (Ezéchiel, Deutéro-Esaïe) qui se profilent derrière la figure très probablement mythique de Moise se situent tous dans une période qui va de 550 à 420 av. J.-C.

 

page 71

Excursus 3
L'Homo sapiens est-il imperturbablement semblable à lui-même ?

Certains peuples ou certaines ethnies, à certains moments de leur histoire, ont effectivement cru pouvoir partir du principe qu'ils étaient les héritiers d'une évolution qui les mettait pour ainsi dire par nature à la tête de l'humanité. Ainsi la déclaration du baron Pierre de Coubertin à l'ouverture des premiers jeux olympiques de l'ère moderne, à Athènes en 1896 : « A la race blanche d'essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance » A l'entendre, certains représentants du genre humain seraient dotés de caractères acquis dont d'autres seraient dépourvus, non par déficit culturel plus ou moins aisément remédiable, mais par état de nature. Cette idée, aujourd'hui, nous fait bondir, mais ne correspond-elle pas dans son ordre à la condescendance avec laquelle beaucoup de modernes, même dans les milieux intellectuels, sont portés à imaginer le niveau culturel de nos ancêtres de l'âge de la pierre ? Que penseront alors de nous nos descendants d'ici à 10000 ou 20000 ans ? Le feront-ils avec commisération, en se demandant comment nous avons bien pu supporter d'être ce que nous sommes, ou bien admireront-ils cette civilisation qui tantôt nous inquiète, tantôt nous étonne ?

Les vestiges que nous ont laissés les humains des temps préhistoriques ne nous renseignent pas sur ce qu'ils pensaient ou ressentaient. En bons scientifiques conscients des limites de leur savoir, les paléontologues se gardent à juste titre de gloser ou fantasmer sur ce point. Ils semblent en général partir implicitement de l'idée que, la structure physique de l'Homo sapiens étant depuis des dizaines de millénaires la même que la nôtre, par exemple sous l'angle de son volume crânien, ses aptitudes générales étaient potentiellement identiques aux nôtres.

 

page 75

Si nous ne saurons jamais ce que pouvaient vivre, ressentir ou penser les hommes du néolithique et a fortiori de temps plus reculés encore, nous sommes encore moins en mesure d'imaginer ou deviner la manière dont nos descendants vivront et ce qu'ils penseront d'ici plusieurs siècles ou millénaires.

 

page 81

Les deux derniers millénaires

Par l'effet d'une sorte d'héritage clanique et ancestral, la vie religieuse n'aime pas la diversité. On peut y voir une survivance des conceptions religieuses antérieures au temps axial. Comme Jean M. Auel l'a très bien décrit dans sa saga Les Enfants de la Terre les gens de la préhistoire doivent avoir été très conservateurs, ne serait-ce que par nécessité de survie, et n'avoir modifié leurs rituels et leurs usages que dans la mesure où ces modifications s'imposaient justement à eux comme des impératifs de survie. De plus, la cohésion du clan ou de la tribu imposait que tous partagent les mêmes manières d'être, de croire et de penser. Considéré sous cet angle l'homme ancestral a pour ainsi dire été orthodoxe par nature et par nécessité d'état. I1 se peut aussi que la sédentarisation du néolithique ait accentué cette tendance. Dans des localités aux pourtours délimités par des enceintes aussi bien symboliques que défensives, on doit avoir été mentalement porté à mal supporter les attitudes ou opinions s'écartant par trop d'un certain consensus : on n'eût pas admis que quiconque se soustraie à la célébration des rituels censés assurer la survie de la cité et la fécondité des territoires lui appartenant.

 

page 102

Les cent prochains siècles

Défi également pour le christianisme : la révélation dont le christ Jésus est le médiateur est-elle également définitive ? Beaucoup de chrétiens le pensent en fonction bien sûr de la place que Jésus de Nazareth occupe dans leur spiritualité et leur expérience de vie, et ils ont raison dans l'ordre de ce qui les concerne personnellement comme dans celui de ce qu'ils estiment juste et légitime d'affirmer dans le temps présent. Mais il faut aussi remarquer combien l'histoire chrétienne est courte en regard de celle du monde : 2000 ans, par rapport d'une part aux quelque 500 000 ans qui pourraient être l'âge de l'humanité, et d'autre part aux 10000, 50000, 100000 ans ou davantage qu'elle pourrait encore avoir devant elle après avoir éventuellement survécu à des bouleversements dont nous ne pouvons avoir aucune idée. Les humains de cet avenir lointain croiront-ils encore en Dieu ou en quelque divinité, et devraient-ils n'avoir à cet égard d'autre référence que le christ de nos évangiles ?

Plusieurs théologiens d'importance, par exemple Paul Tillich et John Cobb, n'excluent pas qu'il puisse y avoir un jour d'autres christs que le christ Jésus. Le mot « christ », qui signifie « oint » en l'occurrence oint de l'Esprit de Dieu, n'est en effet pas un nom de personne, mais désigne une fonction (raison pour laquelle le mot « christ » devrait toujours et de préférence être écrit avec une initiale minuscule) assumée de façon inégalable et inégalée par le juif Jésus de Nazareth, choisi et délégué par Dieu pour cet office. Mais rien n'interdit de penser que, dans d'autres temps que le nôtre, dans d'autres circonstances, dans d'autres contextes que celui du christianisme, Dieu juge nécessaire la venue d'autres christs, non pas pour annuler la révélation précédente, mais pour lui conférer une nouvelle vigueur, une nouvelle pertinence et une nouvelle capacité de s'exprimer en une religion identifiable et constituée - une religion qui pourrait être sensiblement différente des formes sous lesquelles nous concevons aujourd'hui le christianisme.

 

page 113

Vers l’extinction du genre humain

L’humanité, un jour, prendra fin. C’est inéluctable, du moins sur la foi de ce que nos connaissances actuelles nous permettent de supputer.

 

page 116

Cela dit, quand l'humanité disparaîtra, la mention de Dieu ou de ce que nous entendons sous ce terme disparaîtra avec elle. Car de toute la création, l'être humain semble bien être le seul à savoir nommer Dieu et, le cas échéant, à avoir besoin d'entretenir un certain commerce avec lui.

[…]

Nous avons alors des raisons de penser que la disparition des humains n'entraînera pas celle de Dieu, mais seulement celle du lien que les humains ont conscience d'entretenir - ou de refuser d'entretenir - avec lui et, partant, des formes dans lesquelles cette conscience s'est et se sera exprimée au fil des siècles et des millénaire.

 

page 124

Retour à notre présent

Les extrapolations sur l'avenir ont aussi leurs incidences sur le présent. La plus importante, pour le christianisme, a trait à l'éventualité d'autres christs, déjà évoquée plus haut : s'il devait y en avoir, que devient le christ Jésus, « seul » médiateur entre Dieu et les hommes ?

[...]

Mais qu'en sera-t-il, à supposer que l'humanité existe toujours à ce moment-là, dans 20 000 ou 50 000 ans ? Pourra-t-on encore sensément faire de Jésus de Nazareth le pivot de l'histoire universelle ? Trop d'évènements, y compris sur le plan religieux, n'auront-ils pas eu lieu d'ici là pour que la référence à lui seul ait encore tout son sens ?

[...]

Mais que devient cette doctrine dans l'hypothèse parfaitement plausible où d'autres planètes seraient habitées, éventuellement par des êtres plus ou moins semblables à nous : auraient-elles aussi besoin d'un Sauveur de portée cosmique et le christ Jésus serait-il aussi le leur ?

 

page 129

Excursus 6
De la pluralité des mondes habités

Si nous partons de l'idée que d'autres christs pourraient s'avérer nécessaires à d'autres moments de l'histoire humaine, nous devons aussi penser que ce qui se passe sur ces autres planètes ne dépend pas de ce qui s'est passé sur la nôtre voilà quelque 2000 ans. En revanche, nous pouvons imaginer que ces autres êtres vivant sur d'autres planètes ont bénéficié, bénéficient ou bénéficieront eux aussi, à leur manière, de moments christiques, et que celui auquel nous nous référons n’est peut-être alors que la réplique ou l'anticipation, mais adaptée à ce que nous sommes, de ce qui s'est passé jadis, se passe aujourd'hui ou se passera encore demain sur d'autres astres.

 

page 138

Un Grand Récit, mais tout hypothétique

Avec l'extinction du genre humain, ne nous y trompons pas, disparaîtra aussi de la terre la conscience humaine de Dieu, donc le fait de parler de lui, de le signifier ou de contester qu'il soit. Cette disparition ne saurait impliquer qu'il cesse d'être pour autant. Mais ce ne sera justement plus ni l'affaire des humains ni celle de leur besoin constitutif, tantôt[ sain, tantôt maladif, de se faire une idée du divin, tantôt positive, tantôt négative.

A moins que, si notre planète devait rester ou redevenir quelque peu habitable, des mutations successives n'y entraînent dans un avenir très lointain l'apparition d'un nouveau type d'êtres qui, tout en étant très différents des humains, seraient comme eux aptes à prendre progressivement conscience de la hantise de Dieu qui les habite, à en rendre compte et à lui conférer des modes expressifs symboliques rappelant peut-être ceux qui auront été la particularité de notre espèce.

 

 

 


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