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Lire et interpréter


Les religions et leurs rapports aux textes fondateurs

 

Anne-Laure Zwilling (dir)

 

Éd. Labor et Fides

240 pages - 23 €

 

Recension Gilles Castelnau


16 avril 2013

Anne-Laure Zwilling publie ici des interventions de brillants doctorants au colloque organisé à Strasbourg en 2010 sur « les religions et leurs rapports aux textes fondateurs ».

En voici la liste.

Les textes fondateurs : place et statut

• A propos des textes sacrés hindous et de leur relation à la société hindoue et à la société occidentale par Ralph Stehly (faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg)

• La Bible hébraïque : parole révélée ou institution rabbinique par David Banon (département d’études hébraïques de l’université de Strasbourg)

• La place de la Septante dans l’histoire de l’interprétation biblique par Jan Joosten (faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg)

• Textes fondateurs de l’islam : Sunna et hadith par Ralph Stehly

 

L’interprétation et son histoire : canon, méthodes, pratiques

• De la Torah au Midrash : texte fondateur et interprétations fondatrices par Thierry Legrand (faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg)

• Le motif de la poussière en Gn 2,7 et sa réception dans le judaïsme du second Temple par Jean-Sébastien Rey (département de théologie de l’université de Lorraine)

• Le Codex de Bèze : un texte précanonique du Nouveau Testament par Jenny Read-Heimerdinger (University of Wales Trinity Saint David)

• Les Mu’tazila : une lecture « rigoriste » des textes sources par Nehmetellah Abi-Rached (département d’études arabes de l’université de Strasbourg)

 

Approches littéraires et philosophiques

• Remarques sur les fondements  théoriques de la pratique de l’exégèse grammaticale dans le christianisme antique par Frédéric Chapot (faculté de lettres de l’université de Strasbourg)

• La physique cartésienne et l’interprétation de la Genèse par Édouard Mehl (faculté de philosophie de l’université de Strasbourg)

• État des lieux des approches du Coran : les approches littéraires par Anne-Sylvie Boisliveau (faculté de théologie de l’université de Groningue)

 

Évolutions contemporaines


• Evam Maya Srutam ? Evam Maya Pathati ! Réception et réinterprétation des textes sacrés du bouddhisme dans le contexte occidental par Lionel Obadia (département d’anthropologie de l’université de Lyon)

• Lire ensemble : à propos du concept de consensus différencié entre catholiques et luthériens par Michel Deneken (faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg)

• Lire et interpréter : l’exégèse, le texte et le lecteur par Anne-Laure Zwilling (CNRS, université de Strasbourg)

 

.

 

En voici des passages :

 

page 11

Introduction

Anne-Laure Zwilling

L'idée est de cerner, à partir d'illustrations significatives tirées aussi bien des grandes religions monothéistes que des religions anciennes ou asiatiques, ce que peuvent signifier et susciter aujourd'hui, dans les groupes religieux, la lecture et l'interprétation des textes fondateurs.

 

page 27

Les textes fondateurs : place et statut

La Bible hébraïque : parole révélée ou institution rabbinique ?

David Banon

C'est devenu un lieu commun d'affirmer que le judaïsme s'adosse à une Torah écrite à laquelle s'est agrégée une Torah orale. On place ainsi chronologiquement la Torah écrite avant la Torah orale. Mais cette antécédence chronologique est posée comme telle par une antécédence logique de la Torah orale. Car celle-ci est au moins contemporaine de celle-là, sinon antérieure.
[...]

L’intrigue de la révélation
[...]
La révélation du Sinaï n'a pas non plus revêtu le caractère austère et anonyme d'un code juridique rédigé en partie à la troisième personne comme une série d'énonciations, en partie à la première personne comme une série de confessions. C'est une adresse à quelqu'un et une référence au monde. Une interpellation. Un face-à-face. Une rencontre certes, mais asymétrique. L'âme du décalogue, sa structure prédominante, c'est le « tu ». Ici on n'énonce pas anonymement, on ne confesse pas: on commande. Et l'on commande à celui qui est interpellé, à celui qui écoute, à l'auditeur. Une écoute qui s'abstient de répliquer. Seule cette écoute peut se trouver au fondement d'une communauté, car elle seule rassemble dans « le silence commun »
[...]

On ne saurait avancer que « la loi qui interdit l'idole peut devenir elle-même idole ». Les Sages du Talmud semblent s'en être prémunis puisqu'ils félicitent Moïse d'avoir brisé les tables de l'alliance (Ex 32,19 et 34,1).
[...]

Moïse aurait reçu l'autorisation de Dieu de briser les tables. D'où les félicitations qui s'ensuivent. Quelle audace, quelle insolence dans cet enseignement rabbinique ! Et quelle métaphore pour servir de modèle à l'application de la loi, car « les [secondes] tables et les débris [des premières] sont déposés dans l'arche ». Ce qui signifie qu'appliquée telle quelle, dans sa massivité, la parole révélée, la loi, risque de se pervertir, de se retourner en son contraire, de se déconsidérer. Il conviendra de la déconstruire, de briser son bel ordonnancement, sa compacité, de l'interpréter afin que, dans chaque situation particulière, elle livre son socle de... justice. Il ne s'agit donc pas de cassure mutilante, mais bien de l'ouverture de ce qui risque de s'enclore, de se totaliser, de s'obturer. Il s'agit d'une injonction à aborder la Torah avec imagination et liberté, avec respect, certes, mais aussi avec audace, car elle est avant tout une règle de vie. N'est-ce pas ce qui fait dire à Rabbi Méir Simh'a Hacohen de Dwinsk (1843-1926) que Moïse a brisé les tables afin que les enfants d'Israël n'en fissent pas une idole et n'en vinssent pas à troquer le veau d'or pour les tables ? Si bien que l'on est en droit de déduire de ce qui précède que la parole révélée, celle qui provient des cieux, peut être « réduite en morceaux » ou, plus précisément, que la détermination de ce qu'est une parole ou une loi révélée est livrée à la perspicacité des Sages, à leur sagacité.

 


page 40


La place de la Septante dans l’histoire de l’interprétation biblique

Jan Joosten

Caractéristiques de la diaspora occidentale : l'ouverture envers les nations

L'attitude positive à l'égard de la traduction biblique est emblématique d'une ouverture envers le monde environnant qui caractérise le judaïsme hellénistique en général. En traduisant leurs écritures ancestrales en grec, les juifs d'Égypte ont créé la possibilité - au moins théorique - de les faire lire par des non-juifs et ainsi d'entrer en dialogue avec ces derniers.
[...]

Une illustration frappante de cette attitude fondamentale se rencontre dans la traduction grecque d'Ex 22,27 : « Tu ne maudiras pas Dieu (elohim), et tu ne prononceras pas d'imprécation contre le prince de ton peuple » (Colombe). La traduction de la Septante diverge fortement de ce que nous avons l'habitude de lire dans ce verset. Dans la traduction de la Bible d'Alexandrie, le verset se lit de la façon suivante : « Tu ne maudiras pas les dieux (theous) et tu ne diras pas de mal des chefs du peuple. »
[...]

Il semblerait que la position particulière des juifs se retrouvant au sein d'une société païenne ait été à l'origine de l'interprétation. Dans une situation d'exil, cela fait sens d'interdire aux juifs de se moquer des divinités autres. Bien sûr, tout juif sait que son Dieu est le seul vrai dieu, que les autres dieux n'existent pas, que ce sont des idoles sans réel pouvoir. Mais l'intégration dans une société étrangère exige des juifs de ne pas insister sur ce point; de respecter les autres dans leur religiosité propre.

 

L'origine des écarts entre la Septante et la Bible hébraïque

[...]
En certains cas, il est probable que la Septante s'appuie sur un modèle hébreu qui divergeait lui-même du texte devenu canonique dans le judaïsme rabbinique. En d'autres cas, le modèle hébreu, identique au texte massorétique, a pu être lu différemment (autre vocalisation, confusion de consonnes proches dans leur forme ou leur prononciation), ou interprété en fonction de considérations diverses qui nous échappent bien souvent. Quelques unes des divergences concernées sont bien connues. Le Nouveau Testament « prouve » que Jésus devait naître d'une vierge en citant Es 7,14 d'après la Septante, mais le texte hébreu dit seulement: «Voici, la jeune fille deviendra enceinte. » Dans un autre passage, Ac 2,27, la résurrection corporelle est mise sous le signe du Ps 16/15,10, où le texte grec affirme: « Tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption » - alors que le texte hébreu dit simplement : « Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie le gouffre. »

 

Réflexions conclusives

[...]
A côté de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament, la Septante occupe une place importante parmi les textes qui ont formé la conscience religieuse de l’Occident.

 

page 205

Évolutions contemporaines

Lire et interpréter : l’exégèse, le texte et le lecteur

Anne-Laure Zwilling

Une méthode d’exégèse synchronique : la narratologie

Les différences entre les différentes approches exégétiques évoquées plus haut peuvent se lire à partir du même schéma : sur l'axe de la représentation, l'exégèse historico-critique porte son intérêt surtout à l'événement historique rapporté par le texte, et au contexte dans lequel il a été écrit. Elle cherche la réalité à laquelle le récit renvoie, sa signification au moment de sa première énonciation; elle se situe donc du côté de l'information. Sur le même axe, l'analyse structurale s'intéresse à l'organisation des codes qui gouvernent le récit, au fonctionnement du langage qu'il utilise. Il s'agit de trouver comment le texte peut produire du sens; c'est donc du côté du langage qu'elle se place. L'analyse narrative, elle, va étudier ce qui se joue entre l'auteur et le lecteur dans l'acte de lecture. Elle se demande comment le destinateur, l'auteur, fait pour faire passer son message au destinataire, c'est-à-dire le lecteur. Sur l'axe auteur-œuvre-lecteur, celui de la communication, on peut placer l'exégèse historico-critique principalement du côté de l'auteur : elle s'interroge par exemple sur la tradition qu'il a pu recueillir et transmettre. L'analyse narrative se situera à l'autre extrémité de cet axe : cherchant l'effet du récit sur celui ou celle qui le lit, ou encore la façon dont le texte le fait participer à l'émergence du sens, elle s'intéresse plus particulièrement au lecteur. Chacune des deux méthodes, cependant, ne perd pas tout intérêt pour les autres aspects ; il ne s'agit pas d'oppositions, mais bien de polarisations de l'intérêt.

 

page 209

L’exégèse et le sens d’un récit

Le sens ne vient pas s'imposer à un lecteur passif. Si l'analyse narrative porte son attention sur la communication entre l'auteur et le lecteur, c'est parce que le lecteur constitue un élément actif de cette communication. Déjà, Gadamer proposait que la compréhension d'une œuvre se fait en lien étroit avec l'expérience historico-existentielle du lecteur ; l'interprétation d'un texte est selon lui plus ouverte du côté du lecteur que de celui de l'auteur. Umberto Eco a également développé dans Lector in fabula l'idée de la « coopération interprétative » du lecteur, une coopération que requiert le texte pour être lu, c'est-à-dire pour être déchiffré dans ce qu'il dit et dans ce qu'il laisse entendre.
[...]

Ainsi, avec l'utilisation de l'analyse narrative, on découvre - au sens propre - qu'entre le récit et le monde du récit s'interpose l'opération de lecture. Par la lecture, le lecteur va parvenir à construire et à habiter un univers que lui propose le texte.

D'une approche centrée sur les règles de production des textes et sur leur énonciation historique, on passe à une analyse centrée sur la réception. Autrement dit, le texte est en attente de ce que le lecteur va y apporter, ce qui fait que l'essentiel de l'intérêt est dirigé vers l'évènement de la lecture. Plus encore, le lecteur est même construit, rendu compétent par le narrateur; il y a donc une dimension performative de la lecture. Il peut par exemple être amené à compléter imaginairement un récit, ou la logique des actions d'un récit (le récit dit « il entra », et le lecteur imagine que le personnage a ouvert la porte). Le lecteur va percevoir le non-dit du langage et notamment sa dimension symbolique, ou ajouter à un récit sa connaissance de la signification générale de l'œuvre. La lecture est donc un acte dynamique, qui nécessite les performances du lecteur autant qu'elle a requis celles de l'auteur; comme le disait Sartre, l'acte de lecture est une « toupie étrange qui n'existe que si elle est en mouvement »

 

page 211

Enjeux de lecture

L'exégèse historico-critique, cherchant le « texte original » derrière - ou plutôt sous - le texte disponible, suppose qu'il existe une intention originaire de l'auteur, un sens que l'auteur a inscrit dans ce texte et que la recherche fera découvrir. Le sens, donc, appartiendrait « à l'auteur, qui a fixé une fois pour toutes ce que le texte signifie » ; que la critique historique se donnait pour tâche de reconstituer. Les utilisateurs de lectures synchroniques tiennent que le sens ne peut être que perçu par le lecteur : il ne se trouve plus « dans » le texte, d'où on devrait l'extraire, mais il se nouera au cours de l'exercice de lecture - il peut donc y avoir plusieurs sens.
[...]

Dans le monde de l'exégèse universitaire, rares sont ceux qui prétendent aujourd'hui à l'exhaustivité de la lecture. Soulignons cependant les enjeux de la querelle : au-delà des outils et des méthodes, se profile la question de l'autorité de l'interprétation. A ses débuts, on l'a dit, la méthode historico-critique a été vivement contestée par les groupes religieux, car elle semblait impossible à concilier avec la théorie de l'inspiration divine du récit biblique. Les méthodes de lecture holistes ont également suscité des réactions critiques de la part des institutions religieuses, craignant qu'au nom de ces nouvelles méthodes, on n'en arrive à dire « n'importe quoi » sur un texte. Ainsi, à deux moments différents, pour deux raisons différentes et à propos de deux méthodes dont les tenants s'opposent, la même question se profile: qu'est-ce qui légitime une interprétation ?


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