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Le but de Paul

2 Corinthiens 6.3-10

prédication

 

pasteur René Lamey 


 

27 février 2012

Tout à l’heure, nous avons lu deux récits de tentation. Le premier concernait ce qu’on pourrait appeler la « tentation primordiale » ou « tentation originelle », c’est la tentation qui guette tous les êtres humains, la tentation de la toute puissance, la tentation de se croire au-dessus de tout et de tous – nous y reviendrons plus en détail dans une étude biblique à venir. Le second texte impliquait le Christ et concernait la triple tentation de l’Avoir, de Savoir et du Pouvoir. Jésus, l’homme nouveau par excellence, ou le nouvel Adam, selon Paul, résiste, il ne succombe pas à ce triple piège, ouvrant ou montrant ainsi un chemin d’humilité, de renonciation (on entre dans le Carême) et de confiance en Dieu, ces trois composantes ou armes spirituelles qui peuvent nous aider dans nos propres tentations.

Il y a une troisième manière d’être tenté, et c’est celle que nous découvrirons dans le texte qui nous est proposé comme méditation.  C’est l’apôtre Paul qui parle. Il écrit aux Corinthiens, et il n’a pas fini de devoir justifier son statut de ministre de Dieu – j’en avais déjà parlé l’une ou l’autre fois. A Corinthe, Paul s’est heurté à la méfiance et au soupçon. Dans cette ville où les orateurs étaient les célébrités de l’époque, Paul faisait figure de minus, d’apprenti, et on le critiquait ouvertement pour cela. Il n’avait pas les lettres de recommandation nécessaires pour être accepté dans le prestigieux cercle des « beaux parleurs » patentés.

Comment prouver que c’est Dieu qui l’appelé et envoyé à Corinthe ? Comment démontrer que son ministère lui vient de Dieu ?

Grande serait la tentation de se justifier, de se mettre en avant, de faire la liste de ses qualités, d’aligner ses actes de bravoure... Voyons comment Paul s’y prend… Voici ce qu’il écrit aux chrétiens de Corinthe :

2 Corinthiens 6.3-10
Il ne faut pas que l'on puisse critiquer notre fonction, c'est pourquoi nous ne voulons scandaliser personne en quoi que ce soit.
Au contraire, nous cherchons en toutes circonstances à nous présenter comme de vrais serviteurs de Dieu : nous supportons avec beaucoup de patience et de persévérance les souffrances, les détresses et les angoisses.
On nous a battus et mis en prison, on a soulevé le peuple contre nous ; accablés de travail, nous avons été privés de sommeil et de nourriture.
Nous nous montrons serviteurs de Dieu par notre pureté, notre connaissance, notre patience et notre bonté, par l'action du Saint-Esprit, par notre amour sincère, par notre prédication de la vérité et grâce à la puissance de Dieu. Nos armes, c'est de faire ce qui est juste aux yeux de Dieu.
On nous honore ou bien on nous couvre de mépris ; on nous insulte ou bien on nous respecte. On nous regarde comme des menteurs alors que nous disons la vérité, comme des inconnus alors que nous sommes bien connus, comme des mourants alors que nous sommes bien vivants.
On nous punit, sans pourtant nous exécuter ; on nous attriste et pourtant nous sommes toujours joyeux ; nous sommes pauvres, mais nous enrichissons beaucoup de gens ; nous paraissons ne rien avoir, nous qui, en réalité, possédons tout.

Alors, oui, Paul parle de lui, mais ce n’est pas ça qui compte.

Ce qui est primordial pour Paul, ce n’est pas sa propre personne, ce ne sont pas tous les malheurs qu’il a subi, ce n’est pas de faire le fier en faisant une liste d’épreuves qu’il aurait surmonté par sa force, son courage ou sa connaissance. La tentation pour Paul serait de dire : « Vous voyez, j’ai traversé victorieusement toutes ces tribulations, je suis quand même quelqu’un bien, je vaux largement vos beaux prédicateurs qui se pavanent sur l’agora de Corinthe et qui, eux, n’ont jamais connu les coups, la prison ou les privations ; à tout prendre, je suis certainement et assurément meilleur qu’eux. »

Ce qui est primordial pour Paul, c’est sa mission, c’est son ministère, c’est son projet, et derrière sa mission, derrière son ministère et son projet, il y a encore quelque chose de plus important (?) : l’Évangile, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour chacun.

Dans ce qu’il écrit, Paul n’a qu’un souci, il n’a qu’une crainte, et ce n’est pas que le ciel lui tombe sur la tête, non, son souci c’est que l’Evangile ne soit pas entaché de scandale ou être l’objet de blâme ou de raillerie à cause d’un comportement contraire au message qu’il annonce.

Paul parle de lui, oui, mais il n’en tire aucune gloire. Et dans ce qu’il dit de lui, on peut relever deux choses qui peuvent aussi nous concerner ; ces deux choses ont trait à deux aspects de sa vie, à deux comportements, deux attitudes.

1) La première, c’est la persévérance dans l’épreuve : « nous supportons avec beaucoup de patience et de persévérance les souffrances, les détresses et les angoisses. »

Paul a été méprisé, insulté, mis en prison, il connu toutes sortes d’afflictions, de calamités et d’inquiétudes. Comment a-t-il pu traverser tout cela sans se décourager, sans baisser les bras, sans craquer ? Paul a tenu bon, il a persévéré – vous savez, le mot « persévérance » vient d’un mot grec dont l’idée principale est la constance dans la durée et dans l’épreuve, c’est l’image d’une corde qui est tirée, tendue mais qui tient malgré tout – Paul a tenu bon parce qu’il avait un but, un objectif qui le tirait en avant, qui lui permettait de s’accrocher, de serrer les dents, il avait un projet qui lui donnait la force de résister et de continuer quoiqu’il arrive. Son but, son projet, c’était d’annoncer l’Évangile, de fonder des églises, de présenter au monde une autre façon de penser de vivre.

Dans ce message, dans cet objectif, Paul avait mis toute sa force, toute son âme, tout son cœur. Quelque chose le tenait, quelque chose le poussait en avant, quelque chose l’appelait. Son être entier était tendu vers ce but. Sa propre petite personne ne comptait pas, son égo, son nombril, son petit confort, il n’en tenait pas compte : les railleries ne le touchaient plus, les insultes ne lui faisaient plus de mal, il avait dit non à lui-même et à ses petits égoïsmes individuels. Seul comptait le message dont il était porteur. Seul comptait le projet qu’il avait donné à sa vie.

Des épreuves, tout le monde en a. Des ennuis, des problèmes, des situations compliquées, c’est le lot de nous tous. On rêve parfois d’une vie tranquille, sans soucis, sans nuages, sans tentations, une vie au soleil, une vie sans maladie, sans tristesse, sans souffrances, mais, malheureusement, ce n’est pas cela, la réalité de la vie.

Comment tenir dans l’épreuve, dans la tentation ? Comment être une corde tendue mais qui ne craque pas ? Comment faites-vous pour tenir ? Comment faites-vous pour ne pas craquer ?

Il me semble que ce qui peut nous aider, c’est de faire comme Paul, c’est de mettre devant nos yeux un ou des buts qui en vaille la peine et qui nous aident à tenir… à tenir la tête hors de l’eau, à tenir bon dans l’épreuve.

Connaissez-vous la différence entre un morceau de fer quelconque et un aimant ? Dans un morceau de fer, les atomes vont dans tous les sens, ils se heurtent et se détruisent mutuellement. Dans un aimant, tous les atomes sont alignés, ils pointent dans la même direction, et ils ont alors un effet d’attraction très puissant.

Quand on n’a pas de but, quand on n’a pas d’objectif assez puissant, on tourne en rond, on s’épuise, on se vide, on est comme ce bout de fer – et j’ai parfois l’impression que c’est la situation de bon nombres de personnes dans notre société… Mais si nous avons donné à notre vie, ou à notre comportement des objectifs, une direction, alors, nous ressemblons à un aimant, notre énergie, notre volonté est orientée dans la bonne direction.

Un objectif, un but, nous aide à aller de l’avant. Par exemple, pour parler un peu de moi : pour le repas-concert que nous avons organisé dimanche dernier, un de mes objectifs était de jouer pendant une heure environ quelques mélodies à la trompette, et à travers cela, de faire plaisir aux auditeurs. Eh bien, cet objectif m’a poussé à répéter, à travailler la sonorité et l’endurance, et surtout, cet objectif m’aidé à surmonter le trac, le stress et toutes les pensées négatives qui jaillissent dans la tête (« tu vas tout rater, tu es nul, ça ne marchera pas… ») quand il faut se produire devant un public.

Si nous avions le temps, nous pourrions réfléchir aux différents buts que nous avons fixés ou que nous pourrions fixer à nos vies ou à notre paroisse…

2) Un des objectifs pour nos vies et pour notre paroisse pourrait être celui que Paul avait choisi pour sa propre vie et pour son ministère de prédicateur itinérant.

Ce qui ressort du texte que nous avons lu, c’est que le but de Paul n’était pas tant de convertir tout le monde, mais d’avoir un comportement digne de l’Évangile qu’il annonçait, je dirai d’avoir un comportement « noble ». Et ce comportement – que nous pourrions aussi choisir – ce comportement peut se résumer en une courte expression, qui se trouve dans le texte de Paul : un amour sincère, c’est-à-dire, un amour sans hypocrisie, un amour sans comédie. Un amour tourné vers les autres, et non plus vers soi uniquement, un amour basé sur des qualités de vie inspirée par le Christ.

On peut avoir de nombreux projets : acheter une belle voiture, construire une belle maison, faire un beau bébé, visiter de beaux sites, mais, voyez-vous, si vous n’avez pas l’amour – comme Paul l’a dit ailleurs et comme nous l’avons lu dimanche dernier – si vous n’avez pas l’amour, la maison se sert à rien, la voiture ne sert à rien, les voyages ne servent à rien… ou, en tous cas, ça ne remplira pas vraiment votre vie, et ça ne vous aidera à surmonter toutes les épreuves de la vie.

Une vie noble, une vie inspirée par l’amour, une vie qui fait preuve de patience, de compréhension et de compassion, ça c’est un but que nous pouvons fixer ici et maintenant et qui peut se vivre là où chacun vit, là où chacun trime, là où chacun lutte avec ses difficultés et ses tentations.

Ou, puisqu’il faut conclure, comme Paul le dit : « Notre arme, c’est de faire ce qui est juste aux yeux de Dieu » Voilà un noble objectif : que Dieu nous aide à le réaliser pour notre vie et pour notre paroisse.

Faire ce qui est juste aux yeux de Dieu : n’est-ce pas là, peut-être, que se trouve le vrai sens du Carême ? Amen !

 


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