Libre opinion
La colère d’Amos
Amos 5.21-24
pasteur René
Lamey
22 février 2012
Nous sommes invités aujourd’hui à lire et à méditer une des plus sévères critiques jamais émises par un prophète. Le reproche est dur, le jugement sans appel. Alors, accrochez-vous !
Voici ce que proclame, de la part de Dieu, le prophète Amos
Je déteste vos fêtes, je les ai en dégoût, je ne peux plus sentir vos rassemblements cultuels.
Quand vous m’offrez des holocaustes, quand vous m’apportez des offrandes,
je ne les agrée pas et je ne peux pas voir ces bêtes engraissées que vous m’offrez en sacrifices de communion. Eloignez donc de moi le bruit de vos cantiques !
Je ne veux plus entendre le bruit que font vos luths.
Mais que le droit jaillisse comme une source d’eau, que la justice coule comme un torrent puissant ! 5.21-24
Le prophète Amos ne mâche pas ses mots ! On le sent en colère, il est indigné de ce qui s’étale quotidiennement devant ses yeux.
Amos n’est pas un diplômé des hautes écoles théologiques, il ne fréquente pas le gratin religieux de Jérusalem. Amos est issu du peuple, il est issu de la terre. Amos est un brave paysan qui retournait tranquillement sa terre quand Dieu l’a appelé et envoyé à Jérusalem et dans les grandes villes d’Israël. Paysan ne veut pas dire idiot ou inculte, Amos fait preuve d’un beau vocabulaire, il fait surtout preuve de sagesse et de clairvoyance. Nul doute qu’Amos, en labourant patiemment les champs et en marchant tranquillement derrière ses bœufs avait dû méditer à maintes reprises ce qu’il voyait et entendait – et qui le mettait peut-être dans des états de transe, ou, du moins, dans une irritation intérieure. Ah, ça le démangeait de dire la vérité, ça le triturait de monter à Jérusalem et de dénoncer le triste spectacle qu’offrait les grands pontes du peuple d’Israël.
Que voyait Amos ? Quelle était la situation d’Israël du temps d’Amos ?
Pour Israël, c’était en fait une bonne situation. Ses terribles voisins, l’Assyrie et la Syrie, connaissaient de graves problèmes internes, ils n’avaient guère le temps et la force d’aller faire la guerre au petit voisin. L’actuel roi d’Israël avait même pu reconquérir des territoires israélites occupés par le Syrie. Tout allait pour le mieux en Israël. Profitant de la stabilité politique, l’aristocratie israélite accroit ses richesses, on achète champ sur champ, on construit maison sur maison, on jouit du confort et du luxe. De leur côté, les prêtres et les chantres élaborent de somptueuses liturgies, on met sur pied de belles cérémonies, on organise de grandioses fêtes, on multiplie les sacrifices. Le vin coule à profusion dans les riches maisons des notables, et dans le Temple de Jérusalem, c’est le sang des agneaux et des bœufs qui est répandu.
Tout va pour le mieux en Israël. Sauf que. Sauf que : un prophète, notre Amos, va laisser tomber ses charrues et ses champs pour dans la capitale politique et religieuse de son temps. Tout n’est pas aussi beau qu’on voudrait le croire. Car, si les riches achètent champ sur champ et construisent maison sur maison, c’est au détriment des pauvres, des faibles c’est au détriment de la loi, c’est en bafouant le respect et la justice.
Amos dénonce tout cela :
L’Eternel dit ceci :
Israël a commis de nombreux crimes ; il a dépassé les limites. Car pour un pot-de-vin ils vendent l’innocent, et l’indigent pour un morceau de pain. Ils piétinent les pauvres en leur brisant la tête dans la poussière, et ils faussent le droit des humbles.
Près de chaque autel, ils s’étendent sur des vêtements pris en gage et, dans le temple de leurs dieux, ils vont boire le vin que l’on a perçu comme amende. (2.6-8)
Vous haïssez celui qui défend le droit en justice, vous détestez celui qui parle avec sincérité.
Par conséquent, puisque vous exploitez le pauvre, et que vous lui prenez du blé de sa récolte,
à cause de cela, les maisons en pierres de taille que vous avez bâties, vous ne les habiterez pas.
Ces vignes excellentes que vous avez plantées, vous ne boirez pas de leur vin.
Car je connais vos nombreux crimes et vos énormes fautes : vous opprimez le juste, vous acceptez des pots-de-vin et vous lésez le droit des pauvres en justice. (5.10-12)
Voilà les maux dénoncés par Amos : extorsions de biens, corruption de la justice, malhonnêteté en affaires, exploitation des pauvres.
Et tout cela sous l’œil indifférent des prêtres qui passent leur temps à composer des cantiques, à régler au détail près les infimes détails du culte, au lieu de rappeler les nombreux passages de la loi de Moïse où il est question d’égalité, de respect, d’honnêteté, d’une justice égale pour tous, et de prise en compte des pauvres et des faibles.
Voilà pourquoi Amos dénonce avec tant de véhémence les somptueuses fêtes et les grandioses célébrations religieuses.
Je déteste vos fêtes, je les ai en dégoût, 23
Eloignez donc de moi le bruit de vos cantiques !
Je ne veux plus entendre le bruit que font vos luths. 24
Mais que le droit jaillisse comme une source d’eau,
que la justice coule comme un torrent puissant !
Soyons clairs. Amos n’a rien contre les cantiques en tant que tel. Les belles liturgies ne le dérangent pas outre mesure. Et vous l’avez bien compris.
Ce qui dérange profondément Amos, ce qu’Amos ne supporte pas – et ce que Jésus, beaucoup plus ne supportait pas non plus (cf Matthieu 23) – c’est l’hypocrisie, c’est l’aveuglement des chefs religieux, c’est le double discours, la double vie, c’est le mépris des petits et des pauvres, c’est de trainer dans la boue les règles morales et éthiques les plus élémentaires.
Arrêtez de chanter vos cantiques, arrêtez de faire vos processions au son des trompettes et des luths,
arrêtez vos simulacres de culte… et revenez au droit et à la justice.
Un discours qui date de 750 avant Jésus-Christ, mais ici ou là, il me semble encore très actuel et pas seulement dans le domaine de la religion et des églises…
Ce que prêche Amos peut encore nous parler aujourd’hui. Nous courrons le même risque de tomber dans l’hypocrisie et le formalisme religieux, de glisser dans la même tentation de combler nos manques et nos fautes par un excès de religiosité. On n’achète pas une bonne conduite devant Dieu en chantant de beaux cantiques ou en créant de belles célébrations avec chœur, musiciens, costumes et beaux programmes.
Ce qui honore Dieu, c’est ce que se passe là, dans nos cœurs et nos pensées, ce qui plait à Dieu, ce sont nos actes de compassion, ce qui glorifie Dieu, c’est un comportement qui s’aligne sur les valeurs spirituelles transmises par le Christ, et que Paul rappelle dans l’ode à l’amour (cf. 1 Co 13) : respect les uns envers les autres, indulgence, compréhension, écoute, entraide.
Cela ne veut pas dire qu’il faille massacrer les cantiques, ou jouer n’importe comment et n’importe quoi à l’orgue (ce n’est pas ce fait Pierre), ni de méprises les différentes liturgies.
Ce qui compte, c’est notre engagement envers Dieu, envers les autres, envers la nature. Et si l’on peut avoir de beaux cultes en plus, alors c’est tant mieux. Mais la priorité sera dans nos actes quotidiens.
Que Dieu bénisse nos vies et nous aide à marcher dans le droit, dans la justice et dans l’amour ! Et alors, nous pourrons chanter de tout notre cœur, nous pourrons célébrer notre Dieu sans arrière-pensée et avec toute la liberté et la joie qu’il nous donnera ! Amen !
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