J'ai parlé des gens de la campagne, de la table simple des paysans, et de leurs travaux, avec respect et affection.
C'est le thème de ma pièce Le Devin du village qui célèbre la simplicité de la vie à la campagne,
et met en garde contre les attraits de la ville, qui apportent le désenchantement à ceux qui se laissent tenter.
Jean-Jacques Rousseau (page 32)
19 février 2012
Philippe Roch est docteur en biochimie, il a été directeur du WWF Suisse, puis directeur de l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage suisse.
Il est tellement en osmose avec Jean-Jacques Rousseau qu’il publie le dialogue imaginaire qu’il tient avec lui. Les « réponses » de Rousseau étant tirées de ses œuvres.
(Les passages en italiques dans le livre, en caractères bleus ci-dessous sont des citations littérales de Rousseau, dont les références sont mentionnées en notes. Les autres passages sont des résumés que fait l’auteur de la pensée de Rousseau qu’il connaît si bien).
Des textes de Jean-Jacques Rousseau sont présentés en annexe, ainsi qu'un bon nombre d'illustrations de son époque.
Voici la transcription de quelques passages qui donneront une idée de ce livre sympathique et intéressant.
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page 15
Introduction
Bien davantage que Rousseau, c'est la société de son époque qui délirait, avec ses artifices, ses injustices qui conduiront quelques années après la mort de Rousseau au soulèvement populaire de la Révolution française. Nous retrouvons une situation analogue aujourd'hui, avec une société rongée par le matérialisme, que même les mouvements les plus critiques ne parviennent pas à remettre en question. On se rit des personnes sensibles à la nature en ironisant sur les amoureux des petites fleurs. Celles et ceux qui veulent éviter que l'humanité fonce dans le mur, qui contestent le dogme hégémonique de la croissance, et qui cherchent des solutions réellement nouvelles, fondées sur des valeurs essentielles d'amour, de respect, de compassion et de sobriété, sont marginalisés. La société actuelle est en fuite, en déprime, dans le déni ; elle se raccroche à des paradis artificiels et superficiels, la consommation, l'hédonisme, les drogues.
page 55
Philippe
La nature, rien que la nature ; vous avez pourtant beaucoup lu les évangiles et vous vous affirmez chrétien.
Jean-Jacques
Oui, mais en dehors des Eglises. Je n'adhère pas au christianisme tel qu'il est devenu, mais à celui de l'Evangile, qui est tout à fait différent, dans lequel « les hommes, enfants du même Dieu se reconnaissent tous pour frères, et la société qui les unit ne se dissout pas même à la mort. » Ce ne sont pas tant les textes qui m'ont intéressé, mais c'est le personnage du Christ qui me fascine. Essentiellement bon, empreint de pitié, suffisamment indépendant et à l'écoute de sa conscience pour échapper à l'opinion des autres, et proclamer un message en opposition avec la pensée dominante de son temps, Il a été le parfait homme de la nature.
« Je ne puis m'empêcher de dire qu'une des choses qui me charment dans le caractère de Jésus n'est pas seulement la douceur des mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce et même l'élégance. Il ne fuyait ni les plaisirs, ni les fêtes, il allait aux noces, il voyait les femmes, il jouait avec les enfants, il aimait les parfums, il mangeait chez les financiers. Ses disciples ne jeûnaient point ; son austérité n'était point fâcheuse. II était à la fois indulgent et juste, doux aux faibles et terrible aux méchants. Sa morale avait quelque chose d'attrayant, de caressant, de tendre, il avait Ie cœur sensible, il était homme de bonne société. Quand il n'eût pas été le plus sage des mortels, il en eût été le plus aimable. »
« Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu »
Philippe
Vous appelez conscience votre source spirituelle intérieure.
Jean-Jacques
La conscience est la voix pure qui s'exprime au fond de notre cœur, et nous éclaire sur les principes innés de liberté, de vérité, de compassion et de vertu.
page 119
Philippe
Vous dénoncez l'injustice flagrante entre les classes sociales de votre époque. Cette injustice a été réduite pour une grande partie de la population des pays industrialisés, qui comptent toutefois encore beaucoup de déshérités. Mais la pire injustice se manifeste à 1'égard des populations des pays en développement qui, après avoir subi des décennies de colonisation, sont aujourd'hui exploitées par des gouvernements corrompus et des sociétés multinationales peu scrupuleuses.
Jean-Jacques
« C'est ainsi que la substance du plus faible est touiours employée au profit du puissant. » Pourtant « les pauvres sont tous nos frères. »
« Dans les faits les lois sont touiours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien : D'où il suit que l'état social n'est avantageux aux hommes qu'autant qu'ils ont tous quelque chose et qu'aucun d'eux n'a rien de trop. »
Ceux qui possèdent doivent redistribuer leurs biens, partager avec les plus pauvres. Julie, dans La Nouvelle Héloïse, considère de notre devoir de donner aux mendiants, et qu'il est faux de s'en remettre à la bonté de Dieu, car « Dieu n'a pas d'autres greniers sur terre que les magasins des riches »
page 132
Philippe
J'ai recherché attentivement parmi ses interventions au parlement européen, et sur son site Internet. Je n'ai trouvé aucune intervention sur la nature, la biodiversité ou I'environnement. Il faut dire qu'avant qu'il passe au vert, il était appelé Dany le rouge !
Avec l'effondrement des sociétés socialistes de l'Est, puis la chute du mur de Berlin, de nombreux militants de gauche se cherchant une nouvelle raison politique ont rejoint les mouvements d'écologie politique. En Suisse le parti socialiste a développé une forte sensibilité écologiste, au moment où les partis de la droite adoptaient une tendance néolibérale et perdaient peu à peu leurs personnalités sensibles à ces questions. L'écologie est devenue pour un temps une politique de gauche. L'engagement des partis verts s'est concentré sur la lutte antinucléaire, puis contre l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés dans I'agriculture et l'alimentation, et contre les changements climatiques, avec un mélange d'antimondialisation, de féminisme, et de causes sociales faisant appel à une forte intervention de l'Etat, au détriment de la responsabilité personnelle. Leur engagement reste essentiellement anthropocentrique et matérialiste. La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts pour l'élection présidentielle française de 2012, Eva Joly, mentionne en priorité dans ses positions politiques la lutte contre l'énergie nucléaire, la justice et l'égalité.
Jean-Jacques
Je ne vous entends pas parler de la nature. Ne s'en occupent-ils pas ?
Philippe
La nature, qui a pris le nom plus technique de biodiversité, est le parent pauvre de toutes les tendances politiques, même chez les Verts. 2010 avait été déclarée par I'ONU année de la biodiversité. I1 y a bien eu quelques manifestations et conférences, mais sans aucun progrès concret contre la dégradation des écosystèmes et la disparition des espèces sauvages. La nature n'est souvent considérée au mieux que pour sa valeur économique ; elle est monétarisée, dans une vision utilitariste.
Jean-Jacques
J'ai peine à croire que la nature ait si peu d'importance en politique. C'est comme pour la botanique de mon temps. Elle n’intéressait les gens que sous la forme dénaturée de poudres et de tisane.