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Libre opinion

 

 

Au commencement était le Verbe

 

 

Frédéric Blondiaux

psychologue - psychanalyste

 

 

 

7 février 2012

Bien que beaucoup d’analystes revendiquent un athéisme éclairé, réduisant la question du divin à une simple illusion qu’il convient de dépasser, il s’avère néanmoins que la psychanalyse se réfère à une conception de l’humain en parfaite compatibilité avec celle défendue par la tradition judéo-chrétienne.

Si beaucoup d’entre nous, optent pour l’idée que la psychanalyse serait une religion sans dieux, du fait du statut toujours relatif qu’elle donne à la notion de vérité, aucune Vérité universellement valable ne pouvant être accessible à l’Homme qui ne peut jamais qu’appréhender que très imparfaitement et indirectement le Réel à l’aide de l’Imaginaire et du Symbolique… Dieu en tant que Vérité absolue ne peut certes exister à la perception ou à la compréhension humaine. En revanche, la catégorie du Réel échappant à l’entendement humain de façon très résistante, c’est là que pourrait éventuellement se situer la chose divine, dans le cas où nous faisons le choix de retenir la contingence de son existence. Cette option, que Freud avait tenté de présenter comme le simple résultat de défenses névrotiques, prend en effet une autre tournure sous la plume de Lacan qui de son côté reconnaît en effet que la question de la Foi, ou de la croyance peut excéder ce simple cadre, même si les expressions ritualisées de toute religion instituée mobilisent en effet, les scories de la névrose humaine, comme toute œuvre culturelle créée par l’homme.

Freud lui-même, bien que convaincu de la nécessité d’un athéisme scientifique, reconnaissait en préambule à ses textes traitant du fait religieux que l’objet de la psychanalyse n’était pas de démontrer ou d’infirmer l’existence de Dieu. C’était fort prudent d’autant qu’il convient de reconnaître qu’il n’est pas plus possible de démonter scientifiquement l’inexistence d’une chose échappant aux catégories du savoir humain ainsi qu’à son expérience sensible, que de démontrer scientifiquement son existence.

Notons au passage le paradoxe du rapport de Freud à la religion. D’origine juive et se disant athée, Freud n’a jamais réellement abordé la question du religieux qu’au travers des rites ou du fonctionnement communautaire du christianisme, et jamais significativement au travers de l’exemple du judaïsme qu’il était pourtant censé mieux connaître. Il a certes écrit à la toute fin de sa vie un ouvrage intitulé « Moïse et le monothéïsme », mais ce dernier ne portait pas tant sur ce que mobilisaient les rites du judaïsme que sur une reconstruction historique (discutable) des origines de l’idée monothéiste. On pourrait spéculer longtemps sur les raisons de ce choix et de cette éviction. D’autant qu’a bien y regarder, notamment en parcourant son “Interprétation des rêves”, ou “psychopathologie de la vie quotidienne”, on se rend compte que la démarche interprétative initiée par Freud, démarche alambiquée et truffée de multiples circonvolutions triturant et décomposant toute donnée chiffrée, ressemble à s’y méprendre à la façon dont les textes bibliques se trouvent travaillés dans certaines yeshivas, écoles rabbiniques où les étudiants s’efforcent de décortiquer les textes saints afin d’un trouver les vérités et sagesses cachées.

L’interprétation freudienne, telle qu’elle se pratiquait dans les débuts de la psychanalyse a eu de quoi alimenter ses détracteurs de par les forçages de sens qu’ils pouvaient parfois opérer, et de par, également convenons en, l’inclusion involontaire des éventuels fantasmes non élucidés de l’analyste. Mais s’il ne convient pas de traiter les médecins d’aujourd’hui de charlatans, bien qu’ils ne guérissent pas toujours leurs grands malades, en leur tenant rigueur des exactions des médecins du XVIIème siècle brocardés par Molière… La moindre des choses serait en effet de reconnaître et de prendre en compte les progrès effectués depuis par les psychanalystes qui dans leur pratique contemporaine de l’interprétation, se montrent beaucoup plus mesurés, pour ne pas dire avares dans l’usage qu’ils en font.

Cela étant dit, revenons en à notre sujet… Dont nous n’avions d’ailleurs pas réellement dévié en soulignant la marque du judaïsme de Freud dans sa façon de concevoir la psychanalyse… Puisque nous en venons maintenant à voir comment la théorie de Lacan qui a modernisé la psychanalyse en la faisant échapper à un simple placage imaginaire de fantasmes reconstruits, porte également dans certains de ses concepts fondamentaux la trace du religieux, et en particulier du christianisme.

En effet, en plus de l’apport majeur des trois catégories Réel-Imaginaire-Symbolique qui permettent aujourd’hui aux analystes de décliner plus finement leur compréhension des évènements marquant la vie psychique de leurs contemporains, Lacan en engageant la psychanalyse sur le registre de l’étude linguistique, a pu dégager l’importance capitale, déjà repérée par Freud, du signifiant, matière verbale marquée par l’homophonie, la polysémie, la métaphorique, la métonymie etc… Et qui fait que lorsque nous parlons, il nous arrive souvent d’en dire beaucoup plus que nous l’imaginons. L’inconscient prenant en effet la voie/voix du signifiant pour exposer quelque chose de sa vérité singulière.

L’importance donnée à la parole, pour ne pas dire la primauté accordée au signifiant sur l’image, et cette idée psychogénétique développée par Lacan qui veut que le petit humain dès sa naissance, voire avant, est accueilli par un bain de paroles, de signifiants dont il est bombardé et qui l’affectent, l’introduisant à sa pleine dimension d’humain est en effet compatible avec une certaine lecture des textes bibliques. L’homme accède à sa pleine humanité par l’entremise précoce du langage, ce que la déplorable expérience attribuée à Louis II de Bavière (privant 107 bébés de toute interaction langagière dans l’espoir de savoir quel était le langage des origines et qui a conduit tous les enfants au décès malgré d’excellents soins physiques – NB : il semblerait que cette expérience avait été déjà menée bien avant au moyen âge par un certain Frédéric II de Hohenstaufen), ou les quelques cas d’enfants sauvages répertoriés et étudiés cliniquement sont venus confirmer. L’étude de la psychopathologie nous montre également l’importance de cet ordre symbolique, porteur du langage, puisque là où il se montre défaillant, le sujet se trouve directement aux prises avec des angoisses particulièrement déstructurantes, et parfois déshumanisantes dans les cas les plus extrêmes.

Le langage pré-existe à l’Homme, et c’est pris dans ce langage qu’il accède à son humanité, et à ce statut de sujet clivé entre conscient et inconscient, donnée psychique spécifique à l’Homme.

Cette idée de la préexistence de la parole qui conditionne le devenir humain, nous la retrouvons dans le Prologue de l’Evangile de Jean, prologue qui résume lui-même certains points essentiels de la Genèse.

“Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,”

Par ailleurs, si nous allons voir le début du texte de la Genèse (soit ses 22 premiers versets), auquel le prologue de Jean fait implicitement référence, nous voyons également quelle vision de l’homme y est défendue.

“Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.
La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

Dieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.

Dieu dit : Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et cela fut ainsi. Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le second jour.

Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi. Dieu appela le sec terre, et il appela l’amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.
Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi.
La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le troisième jour.

Dieu dit : Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour séparer le jour d’avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années ; et qu’ils servent de luminaires dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.
Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit ; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d’avec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le quatrième jour.

Dieu dit : Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l’étendue du ciel. Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce ; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon.
Dieu les bénit, en disant : Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers ; et que les oiseaux multiplient sur la terre. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le cinquième jour.

Dieu dit : Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi. Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.”

Notons comment la Bible distingue l’Homme du reste du genre animal conçu “selon son espèce”, et relevant de l’ordre de l’instinct… Là où l’Homme est fait, non pas selon son espèce, selon l’instinct, mais à l’image de Dieu, soit à l’image du Verbe. L’Homme est posé d’emblée par la Bible comme fruit de la Parole. et non comme animal.

C’est en ce sens en effet que la psychanalyse s’enracine dans une conception de l’Homme, qui le différencie du reste du genre animal, de par son inscription dans le langage.

Beaucoup de personnes mal informées font référence régulièrement aux divers systèmes de communication animale développés par certaines espèces afin de minimiser cette différence humaine.

Si certains animaux peuvent en effet communiquer, il s’agit toujours de systèmes de communication, plus ou moins élaborés qui si on y regarde de près ne s’inscrivent pas dans la temporalité, dans la métaphore, la métonymie, dans les jeux de mots et possibilités jubilatoires du mot d’esprit.

La communication animale n’est jamais que descriptive de l’image, sans jamais pouvoir s’en détacher afin de pouvoir aller vers l’abstraction pure, soit vers le Symbolique.

Au nom de la science, se développent aujourd’hui des discours qui tentent de convaincre de façon pragmatique et rationnelle que l’Homme n’est jamais qu’un animal, et qui développent une véritable entreprise de négation de sa spécificité au sein du Vivant. Ce discours, en faveur dans le monde des neurosciences, où il n’est d’ailleurs pas rare de voir la psychanalyse réduite au statut de religion (discours développé suite à la lecture très partielle de l’épistémologue Popper au sujet de la psychanalyse, qui avait juste distraitement “oublié” qu’à chaque cas mettant en cause toute sa théorie, Freud avait remis son ouvrage sur le métier).

Or... Une conception de l’Homme en tant que tel, comme “forgé” par le langage, ce n’est pas un simple acte de foi découlant d’une allégeance à l’une des religions issue du Livre. C’est un constat clinique, vérifié chaque jour par les milliers de cliniciens qui acceptent de voir en l’Homme autre chose qu’un animal dont les circuits neuronaux sont préprogrammés depuis sa naissance par son ADN et les interactions des phéromones sur celui-ci.

Dans une société, qui sombre d’avoir voulu faire passer la question de la gestion des richesses avant la prise en compte de l’humain… Il conviendrait peut-être de ne pas oublier qu’il y a peut-être danger à vouloir remplacer le discours du capitalisme et du communisme par celui du scientisme, qui au nom du bien-être collectif, s’empresse également d’oublier ce qui fonde la nature irréductible de l’Homme.

Celle d’être un être parlant dont la psyché est avant tout forgée par le Verbe qui lui préexiste.


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