Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion


Le célibat

des candidats prêtres

africains

 

Joseph Mazola Ayinepa

 

Éd. L’Harmattan

294 pages – 29 €

Recension Gilles Castelnau 

 

 

30 avril 2013

L’auteur est prêtre catholique, docteur en sciences de l’éducation de l’Université salésienne de Rome. Il est actuellement curé de paroisse en Italie.

Il écrit ce livre dans le cadre de sa préoccupation concernant la vie des séminaristes catholiques en Afrique, leur formation, leur conduite et leur mentalité.

Nul doute que le lecteur occidental sera surpris de l’ambiance africaine et des problèmes que vivent ces jeunes. En voici quelques passages.

 

.

 

page 48

De l'abus de la mode au vide identitaire

Être à la mode veut dire alors suivre un ensemble de règles interminables et inconstantes qui finissent par trahir. Sous cet angle, même la mode vestimentaire trahit. Se vêtir, c’est inscrire sa propre identité sur le corps, composer des phrases révélatrices que d'autres déchiffrent aussitôt. Bien des Africains tombent dans ce piège. Le séminariste n'en est pas épargné. Il nous suffirait de ré-évoquer le cas de la « sape » congolaise, confessée même comme une religion : « la religion kitendi ». Elle a pour adeptes les « sapeurs » qui s'habillent chic avec des vêtements et des chaussures coûteux, du dernier cri. Ce qui nous semble fou et/ou ridicule quand on sait que l'Afrique est le continent le plus pauvre où bien des gens meurent de faim et de maladies, faute de soins adaptés. L'important est de paraître, d'être à la hauteur des vedettes. Et le séminariste, pauvre ou de moyens modestes, tente parfois d'imiter et de professer ce genre de religion. Le Christ qu’il veut suivre et prêcher n'est pas une mode ! Il n’est, encore moins, un adepte de ladite religion kitendi ! Combien de séminaristes ne sont-ils pas prêts à tout sacrifier pour porter des chaussures vantées à la télévision, une soutane avec épaulette pour imiter un tel ?

Si le séminariste ne peut se payer le luxe de se vêtir cher, il n'échappe pas bien souvent à la tentation de la musique et de la danse des vedettes les plus en vue, des cris lancés par celles-ci ou encore de l'usage des jargons qu'elles font fleurir. C’est aussi le cas des éclaircissants et des biens d'usage élémentaire. Qu'un ami ayant peut-être des moyens économiques plus favorables se procure un type de valise (impressionnant), un appareil radiocassette, un téléphone portable de dernière génération, un ordinateur portable ou un iPad, une chemise ou un pantalon confectionné d'une manière qui peut attirer l'attention, cela suffit à déclencher la machine de la curiosité et de l'imitation. Tous se mobilisent alors pour en faire autant. Suivre la mode, c'est alors se laisser téléguider par l'opinion, par l'autre de manière moutonnière. Peu importe où elle nous amène. Peu importe alors le type de mode : tatouage, drogue, relations malsaines, mensonge... Le tout obscurcit le développement humain, affectif et sexuel de qui en abuse.

 

page 51

Pauvreté et dispersion

Une des caractéristiques majeures de la mondialisation est l'augmentation de l'écart entre riches et pauvres. Les riches sont toujours favorisés et leurs richesses augmentent de plus en plus pendant que les pauvres se voient davantage croupir dans la misère noire sans une lueur d'espoir d'amélioration. Bien des séminaristes africains se classent parmi les pauvres ou proviennent de familles pauvres sinon très modestes. Ils comptent sur leur ingéniosité, sur la parenté, sur des bienfaiteurs locaux ou étrangers. Ils sont ainsi tiraillés, souvent dispersés entre leurs études, la débrouillardise pour pourvoir à leurs besoins, la préoccupation pour la famille (cas de maladie, de deuil, de scolarité de leurs jeunes frères ou sœurs) et leur avenir incertain. On peut ainsi trouver des séminaristes toujours malades (maux de tête, hypertension, malaise continue), distraits, angoissés, prêts à exploser de colère à la moindre taquinerie, distants de la vie communautaire.

Et la pauvreté, quand elle n’est ni voulue, ni acceptée, encore moins recherchée pour une fin supérieure, comme le Royaume de Dieu par exemple, n’est pas une vertu. Elle peut ouvrir les portes à l'envie, à la jalousie et même au vol, à l'égoïsme, à l'attachement intéressé à des personnes significatives et riches, aux conditionnements, au délaissement du ministère. Elle peut conduire à un laxisme moral, aux actes de rébellion, au rêve de grandeur et des richesses au-delà de ses moyens. Dans certains cas, reconnaissons-le, elle peut porter à la compassion, à l'esprit de solidarité, au sens de sacrifice et d'engagement dans le travail productif. Les séminaristes, selon leurs histoires et formations personnelles, peuvent se retrouver dans l'un ou l'autre cas.

 

page 115

Accueil de l'altérité : à l'encontre du narcissisme et de l'égocentrisme

Un proverbe africain n'affirme-t-il pas que quand il y en a pour un, il y en a aussi pour deux ? Mais il faut tout de suite préciser que le partage et la solidarité dont il s'agit ici vont au-delà de l'offrande des biens matériels interchangeables, sans les exclure. C'est plus une question d'attitude et de disposition intérieure qui amène à la compassion, à la volonté d'intervenir pour soulager ou pour changer la situation de l'autre, à se mettre dans sa peau. La conséquence serait alors l'aide matérielle ou spirituelle, l'attention à l'autre dans les conversations et discussions de chaque jour, la proximité aux marginaux, aux malades et aux sans voix. Concrètement, le séminariste peut être sollicité pour rendre visite aux malades, pour soulager leurs souffrances, pour travailler manuellement pour leur soutien ( 1 ). Il doit sacrifier son temps pour servir en quelque domaine la communauté du séminaire, éviter la gourmandise à table, s'inscrire au nombre des volontaires pour un service d'intérêt général, ne pas parler trop souvent de lui-même, écouter et respecter les points de vue des autres, participer aux activités de la Communauté ecclésiale vivante de base, s'intéresser aux vieillards. Le séminariste pourra alors comprendre la nécessité du sacrifice, de l'effort et de la privation de son temps, de ses biens, de ce à quoi il tient le plus pour voler de quelque façon au secours du nécessiteux. Il s'exercera à vivre concrètement le commandement de l'amour de Dieu et du prochain. En effet, aimer Dieu et le prochain comme soi-même va à l'encontre de l'égocentrisme.

________

( 1 ) De ce point de vue, l'expérience vécue dans un des séminaires de la RDC est intéressante. Les séminaristes participaient aux campagnes de charité lancées pendant les temps liturgiques forts. On leur demandait, en outre, de faire du jardinage à titre personnel et de vendre le produit récolté au séminaire. Les formateurs en font autant (réponse d'un des formateurs à la question relative aux moyens de combat contre l'immaturité chez les séminaristes). Dans le premier, on éveille chez le jeune formé le sens de la charité qu'il ne faut pas seulement prêcher et être bénéficiaire, mais savoir en être surtout acteur. Dans le second, le séminariste se fait producteur et créatif, en s'exerçant aussi à l'autonomie, combattant l'attentisme et la paresse. On contribuait ainsi à combattre les tendances narcissiques et égoïstes déjà évoquées : Cf. MAZOLA, La vie affective et sexuelle du prêtre africain, p. 175-177.

 

 

page 116

Apprendre à se libérer de la peur

En ce qui concerne l'affectivité et la sexualité du prêtre africain, la question est de savoir si ce dernier mène une vie affective et sexuelle réellement sereine, étant donné la peur qui l'anime. Il semble que cette peur plonge déjà ses racines dans la formation initiale et peut-être même plus loin dans le système éducatif de la culture africaine traditionnelle. L'autorité des parents, du père, de l'oncle, d'un aîné ou du chef de clan est sacrée et implique la soumission afin d'échapper au malheur. L'Africain traditionnel a peur de désobéir à l'ordre du chef coutumier ou du chef de clan. Il a peur de la méchanceté des revenants . offensés ou insatisfaits. Il a encore peur des maladies et même des grands succès qui pourront causer la jalousie entre les membres de famille et provoquer des catastrophes. En dernière analyse, ces peurs cachent ou expriment la peur de la mort, sinon, positivement, la volonté de vivre.
[...]

Cependant, dans la mesure où l'amour parfait chasse la crainte, comme l'affirme l'Écriture, l'on peut alors soutenir que la fin de la peur marque une étape importante de la maturation humaine, notamment de la maturation sexuelle et affective. S'il est vrai que l'affectivité et la sexualité sont oblativité, relation respectueuse avec l'autre, amour désintéressé et gratuit, il est logique que la peur soit un grand frein à leur épanouissement et croissance. Or, il semblerait que le séminariste africain soit parfois en proie à une peur profonde pendant sa formation initiale. Il a peur de l'œil policier du formateur qui décide quelque part de son avenir. Il a peur de la punition, peur du renvoi, peur de décevoir la famille, peur de se voir ridiculisé et critiqué. L'aspirant prêtre a, en plus, peur du qu'en dira-t-on ? C'est la même attitude qu'il semble maintenir en face des femmes alors qu'il se sait sous le regard vigilant d'un responsable du séminaire ou d'une personne influente auprès de son évêque.

Il en va de même en ce qui concerne ses attitudes, ses expressions, ses sentiments lorsqu'il se sait suivi par ses aînés prêtres en paroisse ou ailleurs. Il a peur d'affronter librement et ouvertement la question de la sexualité pour ne pas être accusé d'avoir une conduite légère. Ce qui aboutit parfois à la peur d'avoir une amie. Quand il ose l'avoir, il a peur de la présenter comme telle. Il la présente plutôt comme un membre de famille pour faire bonne figure. Il a encore peur de certains de ses collègues qu'il considère comme les espions des formateurs, censés tout leur rapporter. Il ne manque pas non plus de séminaristes superstitieux, qui ont peur des sorciers, les voient à travers toute infortune et ont peur du mauvais sort. Le séminariste semble, en fin de compte, un otage, esclave et de lui-même, et de ses peurs (justifiées ou non) et des principes de la formation : « si tu ne fais pas çà, si tu ne te comportes pas de cette manière, si tu sors souvent du séminaire, si tu parles trop aux femmes, si tu ne pries pas... tu n'arriveras pas au bout du chemin ». Tous ces conditionnements ne laissent pas son affectivité et sa sexualité indifférentes. Ne donne-t-il pas l'image d'un sujet tendu, angoissé ou sous haute surveillance ? Ne se met-il pas, en partie lui-même, dans de telles conditions, voulant à tout prix arriver au sacerdoce ?

 

page 138

Les expressions de la maturité affective et sexuelle du séminariste

On peut encore citer les attitudes et les gestes de proximité et d'assistance à la femme ou à la fille. Il est vain que le séminariste soit dans l'émoi et dans l'insécurité quand il rencontre une femme. Il doit avoir des attitudes filiales envers elle quand il est en face d'une femme qui est mère : bienveillance, tendresse, amour, sécurité, aide. En face d'une fille ou d'une demoiselle, il convient de maintenir le calme, la sincérité, le naturel, la proximité comme on le ferait avec cœur à sa propre sœur de sang. Il en découlerait, de ce fait, des attitudes de chasteté et d'intériorité comme la maîtrise des désirs sensuels, le refus des caresses amoureuses (étreinte ou caresses des seins, tapotement des fesses, gestes ambiguës selon la propre culture et qui renvoient au langage sexuel). Dans cette logique, un attrait particulier pour la même fille de la chorale par exemple, trop d'importance et de responsabilité confiées aux mêmes personnes, la défense et la protection exagérée des personnes qu'on aime, des regards trop profonds, des salutations doublées des gestes ambigus... seraient à combattre dans tous les sens. Ils contredisent la volonté de suivre radicalement l'exemple de la vie affective et sexuelle de Jésus.

Et, puisqu'il est entendu que le langage affectif et sexuel est hautement discret et codé dans la culture africaine traditionnelle, il convient de déconseiller l'usage de langages, de positions et de gestes drôles et suggestifs des rapports amoureux. Ce serait le cas, par exemple, d’un déshabillage en présence d'une fille pour changer de vêtement ou le désir de rester en sous-vêtement devant elle. Lui proposer d'écouter ensemble des chansons amoureuses, asseoir une fille sur ses genoux, l'inviter régulièrement à nettoyer la chambre, à dormir dans son lit ou à s'y reposer quand elle le désire peuvent sous. entendre, à tort ou à raison, une invitation indirecte aux rapports sexuels. On se gardera aussi d'offrir des cadeaux qui peuvent être mal interprétés : le don de sous-vêtements, de pochettes parfumées, de fleurs rouges qui, par rapport à une mentalité africaine et à certains milieux traditionnels conservateurs, sont souvent vus comme preuve du désir d'un amour intime et souhait de liens charnels.

 


Retour vers "libres opinions"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.