Libre opinion
Gustav Leonhardt
musique : une présence absente
Pierre Ruetsch
23 janvier 2012
Gustav Leonhardt a rejoint l'espace « des ombres errantes », titre que le claveciniste Francois Couperin avait donné à la pièce de son 25e ordre. Lors de ses deux derniers récitals en décembre à Paris, il avait tenu la dernière note de la dernière œuvre jouée sur son cher instrument, ce qu'il ne faisait jamais.
Un adieu. Atteint d'un cancer, l'un des plus grand claveciniste du siècle vient de mourir à 83 ans.
Honnête homme comme il était si justement dit au XVIIe siècle, il a incarné le renouveau de la musique dite ancienne : il y a un avant et maintenant un après lui.
Né en 1928 à Amsterdam, dans une famille calviniste cultivée, sa rencontre à 15 ans avec le clavecin dans sa famille paternelle déterminera le reste de sa vie. L'orgue aussi et bien sûr Bach et Scarlatti. Mais G. Leonhardt était bien plus. Musicologue publiant en 1952 l'étude « l'Art de la Fugue », chef d'orchestre avec Niklaus Harnoncourt enregistrant la première intégrale des cantates de Bach sur instruments d'époque.
Homme de culture, protestant rigoureux, pédagogue à qui la nouvelle génération voue une tendre et respectueuse admiration par ce qu'elle sait lui devoir, il mit toute sa personnalité au service de la musique. Ce n'est pas un hasard qu'il incarnât Bach dans le film de J. M. Staub « Chronique d'Anna Magdalena Bach ».
Mais il était encore plus que cela. Défricheur d'un style oublié, homme de respect et d'intransigeance, perçu par certains comme porteur d'un puritanisme aristocratique, son immense culture littéraire, musicale, picturale, religieuse étaient nourries d'intuitions, d'une sûreté de goût, de son talent et de sa modestie. « Oxymore vivant », baroque et protestant affirmé, rigoureux et imaginatif, d'une énergie tranquille, révolutionnaire et conservateur, prophète du passé et visionnaire d'avenir, il restera dans la musique d'aujourd'hui la synthèse du Grand Style, celui de ses maitres dont il fut l'un des disciples fidèle et dont il nous a permis de redécouvrir des œuvres oubliées ou enveloppées de la poussière des conformismes d'interprétations hérités du XIXe siècle.
Sa disparition n'est pas un vide. Un manque, certes, pour ceux pour qui sa présence en récital n'est plus qu'un souvenir. Reste l'homme présent dans ses enregistrements. Surtout ceux, pour moi, dans lesquels s'est exprimée au plus profond de l'âme, la beauté, la noblesse, la pudeur, la vie et la présence de la mort : ses interprétations « du clavier bien tempéré » de Bach, des virginalistes anglais et cet enregistrement paru chez Alpha en 2002 consacré à G. Frescobaldi et L. Couperin...
Son cher clavecin y résonne dans toute sa tendre liberté.
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Note de Gilles Castelnau
Gustav Leonhardt a été, lorsque j’en étais le pasteur, membre de l’Église réformée wallonne d’Amsterdam (Église réformée des Pays-Bas dont une quinzaine de paroisses sont francophones depuis les persécutions espagnoles en Wallonie et surtout depuis le Refuge huguenot provoqué par la Révocation de l’Édit de Nantes).
Il en était l’organiste titulaire et y animait tous les cultes.
Il était membre, avec son épouse Marie, d’un groupe de réflexion biblique, il y a fait sa confirmation à l’âge d’environs 40 ans. Ses enfants y suivaient le catéchisme.
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