Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 

 

Célébrer intelligemment

Noël

 

 

pasteurs Gilles Castelnau et Laurent Gagnebin

 


Dialogue à la radio Fréquence Protestante

le 31 décembre 2011

 

 

3 janvier 2012

Laurent Gagnebin La question de la fête et des fêtes. Il y a là un besoin très profond. Noël et le Premier de l’An se rejoignent pour former une totalité. On ne peut pas considérer une de ces fêtes sans l’autre. Noël est une fête intime de la famille où l’on aime à se retrouver chez soi. Le Premier de l’An est l’inverse. C’est la fête des amis, où l’on aime sortir de chez soi, au restaurant par exemple. On a tendance à dire que Noël est une fête sacrée alors que le Premier de l’An est un répondant profane.

Gilles Castelnau Quelle est la différence entre le sacré et le profane ?

LG. Même pour ceux qui ne vont pas à l’église, le jour de Noël n’est pas vraiment profane. D’ailleurs même les fêtes profanes ont aussi une dimension religieuse. Dès le 16e siècle les protestants ont désacralisé le monde.

GC. Que signifie désacraliser le monde ? Que veut-on dire en parlant d’un monde enchanté ou désenchanté ?

LG. Parler d’une désacralisation du monde signifie qu’il n’y a plus de temps sacrés et d’autres qui ne le sont pas, sui sont profanes.

GC. . On parle aussi de lieux sacrés. Nous disons bien que nos temples ne sont pas des lieux sacrés.

LG. Il n’y a pas d’espaces qui seraient sacrés et d’autres non.

GC. D’ailleurs dans nos temples on fait parfois des repas de fraternité, on organise des ventes paroissiales sans ce soit une profanation.

LG. Nous ne disons pas que Dieu est davantage présent dans un temple qu’ailleurs. On peut rencontrer Dieu et le prier n’importe où. Jésus disait : « quand tu pries entre dans ta chambre et prie ton père qui est là dans le secret ». Paul dit aussi « priez sans cesse », ce qui signifie n’importe où et n’importe quand : il n’y a pas de moment sacrés et d’autres qui ne le sont pas. Nous n’avons pas de calendrier des saints. Nous n’avons pas non plus de clergé sacré, à part, qui s’interposerait entre Dieu et les hommes comme un trait d’union. Cette désacralisation a représenté lors de la Réforme un tsunami culturel bien plus important que la question du salut par la seule grâce.

GC. D’ailleurs Calvin avait supprimé al fête de Noël. Il prêchait tous les jours à Saint-Pierre de Genève. Il prêchait chaque jour sur le verset suivant d’un livre de la Bible qu’il avait choisi au départ. Le jour de Noël il prêchait comme tous les autres jours sur le verset suivant, qui n’avait donc pas de rapport avec la fête de Noël.

LG. Cette manière de faire de Calvin a beaucoup surpris. Elle est très significative. D’ailleurs un jour de Noël il reproche à ses paroissiens d’être plus nombreux que d’habitude. Nous, protestants, ne découpons pas la Bible à l’Église en la découpant en morceaux attribués chacun à un jour spécial. Nous soumettons l’Eglise à la Bible.

GC. La robe noire des pasteurs n’est pas comparable à l’aube blanche des prêtres qui est une indication de sacré, ce que la robe des pasteurs n’est pas, puisqu’elle est une robe d’enseignant profane.

LG. La robe des pasteurs indique un grade universitaire de professeur. Elle n‘est pas un habit liturgique. D’ailleurs lorsque les protestants ont hérité d’églises catholiques, comme c’est le cas à Paris à l’Oratoire du Louvre, ils ont supprimé le chœur qui était un espace sacré et les fidèles s’assoient normalement dans le chœur.

GC. Un ami prêtre catholique me raconte que lors de ses vacances il se fait connaître au prêtre de la paroisse où il se rend le dimanche. Celui-ci lui prête une aube et le fait assoir dans le chœur. Ce qui n’est jamais le cas des pasteurs en vacances qui s’assoient avec tout le monde dans l’assemblée.

LG. Nous sommes tous prêtres, c’est le sacerdoce universel, ce qui évidemment nous désacralise ! Et la fête dont nous parlons a tendance à avoir une dimension un peu religieuse, sacré dans la mesure où elle est un temps à part.

GC. Quand Eva Joly, notre candidate à la présidentielle a dit qu’on pouvait supprimer de défilé du 14 juillet, elle a provoqué un sentiment de profanation de la fête. Puisque même Marine Le Pen a dit : « elle veut supprimer notre fête nationale ».

LG. Il y a quelque chose de sacré dans la fête du 14 juillet comme dans beaucoup d’autres fêtes, comme par exemple le 1er mai qui a sans doute lui aussi une dimension sacrée.

GC. Dans le profane, l’humai, il y a quand même une dimension transcendante. A Noël quand on est athée, agnostique, musulman ou juif, on ne célèbre pas Noël comme n’immporte quelle fête : Tout le monde par exemple mentionne la solitude. Même la télévision qui n’est pas spécialement religieuse, mentionne le sentiment fraternel que nous devons avoir à l’égard des solitaires, des pauvres, des sans domicile fixe. C’est la semaine de bonté, la charité s’impose.

LG. Noël doit précisément être le jour où on n’est pas seul. Les personnes solitaires sont souvent invitées. Celles qui ne le sont pas en souffrent beaucoup. C’est le cas aussi pour les autres fêtes. Celui qui et en deuil en souffre le plus le jour des fêtes, jours où la solitude se fait pesante

GC. Ceci est particulièrement vrai à Noël, plus peut-être qu’à la Saint Sylvestre qui est moins tournée vers la charité, vers le souci dans sdf et des marmites de l’Armée du Salut. Le 31 décembre les gens ne se préoccupent pas de leur prochain : ils vont sur les Champs Elysées lorsqu’ils habitent Paris, ils y débouchent leur bouteille de Champagne, ils boivent, parfois trop, ils s’excitent. Il s’agit d’une fête proprement profane. Ceci est si vrai que lorsque le Père Noël a été présenté – surtout aux États-Unis – de manière un peu égrillarde, cela n’a pas du tout marché. Cela aurait été accepté à la Saint Sylvestre, mais pas à Noël.

LG. Oui, Noël est une fête de l’intime, spirituelle, alors que le 31 décembre est une fête extravertie.

GC. Si à Noël on se préoccupe de son prochain, est-ce parce que Noël est un peu religieux ? Sans le savoir, sans le vouloir, n’a-t-on pas redécouvert une partie du christianisme ?

LG. Je le crois tout à fait. Ceux qui ne vont pas à l’église vivent néanmoins quelque chose de religieux. Rien qu’en offrant des cadeaux, ce qui est un geste de générosité, d’amour du prochain, on a là une dimension évangélique qui ne doit pas être ignorée ni sous-estimée. La première épître de Jean, dans le Nouveau Testament, dit une phrase très surprenante et interpelante : « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu ». Dès lors qu’on pmemt en œuvre une attitude d’attention à l’autre, on est déjà « né de Dieu » et « on le connaît ».

GC. Quand quelqu’un dit « je ne suis pas croyant », j’ai tendance à lui dire que tout le mode croit des choses. Par exemple croire que l’amour est supérieur à la haine, qu’il est convenable à Noël de donner aux marmites de l’Armée du Salut ou de penser aux sdf. Tout cela est, d’une certaine manière être croyant.

LG. C’est effectivement d’une certaine manière d'être croyant si on estime que la véritable foi n’est pas une croyance en l’air mais un geste pratique qui nous tourne vers l’autre et nous inscrit dans l’affection, l’amitié, l’amour. Quand les protestants – surtout les réformés - disent que « le sacré n’existe pas pour nous »,je pense que néanmoins il existe mais il reflue intégralement en Dieu. Dieu seul est sacré. « A Dieu seul est la gloire » dit la fameuse devise protestante.

GC. Noël est la fête de la lumière, du soleil invaincu qui renaît après que l’obscurité nous ait tellement envahi. Ce renouveau de la lumière nous rend altruistes. Noël tombe en plein été dans l’hémisphère sud où les jours sont longs et les gens sont en bras de chemise dans les rues où les arbres de Noël souvent couverts de coton pour imiter la neige de l’hémisphère nord ont une allure étrange. Un pasteur d’Australie a proposé de déplacer dans l’hémisphère sud la date de Noël au moment du solstice d’hiver le 21 juin, lors des nuits les plus longues.

LG. Cette proposition est tout à fait judicieuse. J’ai des ami au Brésil, à Sao Polo, dans l’hémisphère sud, qui me racontent qu’ils mettent des bougies sur des palmiers à 40° à l’ombre. Cela me paraît ridicule. Cette suggestion du pasteur australien n’est pas absurde. D’autant plus qu’on sait parfaitement que Jésus n’est pas né le 25 décembre.

GC. On fête Jésus en décembre parce que c’était les fêtes du solstice. Déjà avant notre ère on fêtait l’anniversaire de Mitra, le Dieu de la victoire de la vie sur la mort, dont le sang vivifie. Le règne de Saturne dont le règne devait être doux et fraternel. Les Romains pratiquaient à cette occasion des rites d’inversion : les esclaves avaient un certain droit à la parole, les maîtres les servaient et même les hommes servaient leur femme, ce qui était rare à l’époque. Au 4e siècle on a décidé de célébrer Jésus au moment de ces fêtes car elles convenaient particulièrement bien.

LG. En effet, Noël est une des dernières fêtes à être fixée par les chrétiens. Une ressemblance entre Noël et le Nouvel an est qu’il s’agit dans ces deux cas d’un rite de passage. Noël est en fait le passage du 24 au 25, on le fête à minuit. De même le 1er de l’an se fête à minuit dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Dans les deux cas ce sont des rites de passage. Les êtres humains ont toujours eu besoin de rites de passage.

GC. Il est vrai que les autres fêtes comme le 14 juillet ne se fêtent pas à minuit, ne sont pas des rites de passage.

LG. . Un rite de passage est une célébration solennelle – pas exclusivement religieuse – qui marque le passage d’un temps à un autre. Quand quelque prend sa retraite et passe donc du temps de son activité à celui de sa retraite, on fait une petite fête, on lui fait un cadeau. Il y a aussi un rite de passage à Pâques, célébrant le passage de la mort à la vie. Il y en a un avec le baptême célébrant traditionnellement la naissance d’un enfant, la confirmation, passage de l’enfance à l’âge adulte. Le mariage, et l’enterrement aussi. Lorsque ces rites sont célébrés en dehors d’une église, des cérémonies sont organisées qui ressemblent beaucoup à des cérémonies religieuses.

GC. Le rite de passage du 31 décembre d’une année à l’autre est tout à fait évident. Que peut dire sur le passage de Noël ? Y a-t-il quelque chose de nouveau à Noël ?

LG. On vit cela non pas le 25 mais dans la nuit du 24 au 25. La grande nouveauté est de vivre de manière symbolique l’humanisation de Dieu en Jésus. On dit parfois : En Jésus Dieu descend vers l’homme et l’humanise. Et à l’Ascension, c’est l’homme qui, en Jésus, est élevé à Dieu. Il y a à l’Ascension une divinisation de l’homme en Jésus. Il ne faut pas seulement comparer Noël et le 1er janvier mais aussi Noël et l’Ascension.

GC.A Pâques on dit « le Christ est ressuscité ». Une nouveauté s’est produite. A Noël quelle est la nouveauté ? Cela en était une pour les bergers venus voir l’enfant dans la crèche. Mais quelle est la nouveauté pour nous aujourd'hui ? Si Jésus est venu sauver le monde du péché originel par son sacrifice sur la croix… Mais cela nous n’y croyons ni l’un ni l’autre. S’il s’agit d’une incarnation : la Seconde Personne de la Trinité incarnée ce jour-là dans un enfant né dans une étable. Nous avons également des problèmes toi comme moi avec un tel dogme.

LG. L’incarnation dépasse de beaucup la question de Noël. Quand on dit que les prophètes font entendre la Parole de Dieu, cela signifie que cette Parole divine s’incarne en passant par une bouche humaine. Pour dire que la Parole de Dieu traverse les hommes, à la limite on n’aurait pas eu besoin de Noël pour dire cela. Mais Noël en donne néanmoins un symbole fort avec le symbole de la naissance.

GC. On l’appellera, dit Matthieu, Emmanuel, Dieu avec nous.

LG. Ce surnom est un des plus beau titres de Jésus. Dieu avec nous, en nous, au milieu de nous. Ces expressions que Noël valorise, en quelque sorte

GC. Le rite de passage de Noël serait de ne plus croire que Dieu soit au ciel. D’ailleurs justement le récit de l’évangile de Luc dit que le ciel est vide puisque l’ « armée céleste en masse » est venue chanter la gloire de Dieu dans le champ où les bergers gardaient leurs troupeaux. Il y a dans ce récit un instant où Dieu n’est plus au ciel mais sur la terre. Il ne faut pas chercher Dieu là-bas, là-haut, mais en nous, parmi nous.

LG. Le Notre Père commence par « Notre Père qui es aux cieux », ce qui suggère un Dieu qui nous dépasse infiniment, sur lequel on ne peut pas avoir de prise, qu’on ne peut pas définir dans nos doctrines, nos catéchismes, nos dogmatiques. En même temps on dit « notre Père », ce qui signifie que Dieu est proche, avec nous, à nos côtés. Dieu est, comme tu viens de le dire à partir du récit de Luc, à la fois au ciel et pas au ciel.

GC. D’ailleurs dans le récit de Luc les anges chantent « gloire à Dieu dans les lieux très-hauts et paix sur la terre parmi les hommes qu’il aime »

LG. On ne peut donc pas séparer les cieux et la terre.

GC. Ne cherchons pas Dieu en dehors du monde : il est dans le monde. Dieu impliqué dans notre histoire humaine. Je comprends mieux un Dieu impliqué dans notre histoire, dans notre cœur, un dynamisme intérieur en nous que je ne comprends un Dieu extérieur au monde auquel il faudrait accéder en faisant des prières, en mettant des cierges, en faisant des demandes, en faisant dire des messes et qui exaucera ou n’exaucera pas, qui viendra ou ne viendra pas. Non, il est en nous, il est parmi nous et il est déjà là. Cela c’est le message de Noël.

LG.   C’est le message de Noël et d’est une grande novation. Une formule du philosophe théologien orthodoxe russe du XXe siècle Nicolas Berdiaef dit : « A Noël on dit qu’il faut que Dieu naisse en l’homme et à l’Ascension que l’homme naisse en Dieu ».

GC. L’Ascension est une fête mal aimée. C’est la commémoration du récit de l’évangéliste Luc dans les Actes des Apôtres où on rapporte que 40 jours après sa résurrection et dix jours avant la Pentecôte Jésus est monté au ciel. Je pense que ce récit n’est pas à prendre à la lettre. Car nous savons aujourd’hui qu’un corps qui monte verticalement de bas en haut ne parvient pas chez Dieu mais se satellise en orbite !

LG. J’ai toujours voulu réhabiliter ce récit de l’Ascension, certes de style mythologique mais néanmoins très important. Ceux qui ont des réticences à fêter l’Ascension à cause de son caractère mythologique doivent aussi supprimer toutes les fêtes du calendrier. En effet, à Noël la naissance virginale, les anges, l’étoile qui se déplace devant les mages jusqu’à la maison où habitait Jésus, tout cela est mythologique et ne devrait pas être davantage célébré que l’Ascension ! La même chose peut être dite de Pâques : le tombeau vide, le tremblement de terre, les gens qui sont sortis vivants de leurs tombeaux et qui sont allés se promener dans Jérusalem, le voile du Temple déchiré en deux est aussi mythologique que l’Ascension. Pentecôte aussi avec les flammes de feu descendant sur la tête des apôtres ne devrait plus être fêté pour la même raison mythologique que l’Ascension. Il faut évidemment chercher le sens de l’Ascension comme on cherche le sens de toutes les autres fêtes chrétiennes.

GC. Le fait que ces fêtes soient présentées dans un style mythologique n’enlève rien à leur sens profond.

LG. Le professeur Rudolf Bultmann employait le terme de démythologiser qui est différent de démythiser. Démythiser revient à rationaliser la Bible et la réduire à ce qui est purement rationnel. Ce n’est pas ce qu’il faut faire. Il faut démythologiser. Nous l’avons fait tout à l’heure en disant que les mots « Notre Père qui es aux cieux » a un sens. Démythiser reviendrait à dire que Dieu n’est pas dans le ciel et que cette affirmation est donc irrationnelle et n’a aucun sens. Mais démythologiser consiste à dire que l’affirmation d’un Dieu au ciel désigne la transcendance de Dieu qui est au-delà de nous mais qui vient vers nous.

GC. Démythologiser consiste à dire que l’on sait parfaitement que Dieu n’est pas au ciel mais que cette expression a un sens. C’est dire une chose qui choque notre raison mais que l’on conserve précieusement car elle a un sens justement précieux. Ce n’est pas croire moins mais croire mieux.

LG. L’Ascension. Je n’approuve pas une certaine compréhension de Noël qui consiste à dire que Dieu descend sur la terre et que l’homme n’y est pour rien. Et que d’ailleurs Dieu est tout et l’homme n’est rien. En réalité l’incarnation célébrée à Noël ne nous réduit pas du tout à rien, elle nous exalte au contraire. Et c’est l’Ascension qui exprime cette exaltation de l’homme : Nous sommes dignes de Dieu, nous avons de la valeur à ses yeux. En Jésus nous retrouvons toute notre humanité plénière et totale et l’Ascension l’exprime. A Noël, de manière symbolique Dieu descend vers l’homme, à l’Ascension, de manière également symbolique, l’homme est élevé à Dieu. Cette idée est caractéristique de la pensée orthodoxe russe et grecque que l’on résume parfois en disant Dieu est devenu homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. Cet humanisme ne plait guère aux protestants calvinistes stricts, mais il leur manque alors quelque chose. Les fondamentalistes prennent la Bible au pied de la lettre et croient qu’il faut admettre que Jésus est monté au ciel avec son corps comme c’est raconté dans les Actes des Apôtres. Je leur dirai : vous voulez croire cela, très bien, à condition que vous ajoutiez aussitôt que ce n’est pas cet événement tel qu’il est raconté qui importe mais que c’est le sens qu’il peut avoir. De même dire que Jésus est né de la vierge Marie n’est pas une affirmation gynécologique. Cela a un sens spirituel. Si on est d’accord pour dire que l’important est le sens donné à de tels récits et non pas leur réalité historique, non pas ce que dit le texte mais ce qu’il veut dire, alors cela ne me mécontente pas que les fondamentalistes le prennent au pied de la lettre.

GC. Cela signifierait alors en ce qui concerne Noël que l’important n’est pas de croire que Dieu s’est fait homme, s’est incarné tel jour à tel heure par la naissance miraculeuse issue d’une vierge. Si vous souhaitez y croire matériellement, très bien, mais précisez clairement que l’important ne se trouve pas dans cette réalité gynécologique mais dans la spiritualité que ce récit met en nous.

LG. C’est exactement ce que je pense. On pourrait ajouter encore que ces récits ont été ainsi rédigés parce que tout le monde – et Jésus aussi – avait une telle conception du monde. Jésus pensait qu’il y avait un ciel en haut où Dieu demeurait avec sa cour céleste, qu’il y avait en bas les enfers et la terre entre les deux. On exprimait sa conception de Dieu dans le langage de la culture de l’époque. Nous devons faire de même aujourd’hui. Nous devons absolument exprimer notre conception de Dieu dans le langage de la culture du XXIe siècle. Sinon ce que nous disons de Dieu perd toute crédibilité. Bien des gens s’éloignent des églises et du christianisme à cause d’affirmations étrangères aux données culturelles et scientifiques de notre temps. Nous devons avoir une conception de Dieu fidèle à notre contexte comme les auteurs bibliques ont dit Dieu dans un contexte qui était le leur.

GC. Lorsque nous voulons tenir compte des découvertes de la science d’aujourd’hui, sans doute devons-nous penser au fait que les astronomes viennent de découvrir trois planètes en dehors de notre système solaire où peut-être la vie pourrait exister. Ces trois planètes semblent trop chaudes mais on va en découvrir d’autres. Un astronome important disait qu’étant donné les milliards de galaxies contenant chacune des milliards de systèmes solaires, dans l’univers, il y a forcément des planètes habitables par des être pensant avec lesquels nous n’entrerons jamais en contact car ils sont à des millions ou des milliards d’années lumières. C’est ainsi que lorsque nous disons « notre Père qui es aux cieux », si nous croyons que Dieu est aussi le Dieu de ces planètes habitables lointaines, et si nous voulons rester monothéistes et ne voulons donc pas admettre qu’il y ait d’autres Dieux là-bas, peut-être alors devons-nous reprendre notre vocabulaire : lorsque nous disons que Jésus est assis à la droite de Dieu, c’est encore une formulation mythologique, puisque Dieu n’a ni droite ni gauche. Mais de toutes façons, les habitants de ces planètes lointaines pourraient se demander pourquoi ce devrait être un Terrien qui ait la place d’honneur auprès de Dieu et pas l’un d’eux. De même lorsqu’on dit que Marie est « reine des cieux », peut-être les gens de ces planètes lointaines demanderaient aussi pourquoi ce ne pourrait pas être l’une d’entre eux qui aurait la place. Nous devrions élargir notre conception de Dieu aux dimensions de l’univers que nous font connaître nos connaissances scientifiques actuelles et ne pas en rester aux dimensions étriquées de notre petite planète Terre.

LG. Ceci est très vrai. Il y a une dimension cosmique à redécouvrir dans notre compréhension de Dieu, une dimension écologique aussi, au sens le plus large et nous ne devrions pas rester dans une conception purement terrienne et anthropocentrique de Dieu. C’est le cosmos tout entier qui appartient à Dieu.

GC. Si nous avons une telle conception de Dieu cosmique, immense, cela élargira aussi le regard que nous jetons sur notre monde, nous nous préoccuperons davantage des animaux et des plantes, car nous aurons pris conscience que Dieu est plus que seulement le comptable méticuleux de nos petits péchés.

LG. Et sortir de ce nombrilisme humain qui réduit Dieu à notre petite dimension.

GC. Nous rencontrerons le Dieu vivant
Dans le rire des enfants
Dans le savoir faire des ouvriers
Dans la lenteur des gens âgés
Dans la patience des enseignants
Dans la fidélité de nos amis
Dans le dévouement des soignants
Dans l’exubérance des animaux
Dans le sourire de ceux qui ne se prennent pas au sérieux
Puissions-nous leur transmettre la bénédiction de Dieu.

 


Retour vers "libres opinions"
Retour vers Laurent Gagnebin
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.