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prédication pour l'avent

 

Le « oui » de Dieu

 

pasteur René Lamey 

       

19 décembre 2011

2 Corinthiens 1.18-20

Aussi vrai que Dieu est digne de confiance, je vous le garantis : la parole que nous vous avons adressée n’est pas à la fois « oui » et « non ». 19 Car Jésus-Christ, le Fils de Dieu, que moi-même comme Silas et Timothée nous avons proclamé parmi vous, n’a pas été à la fois oui et non. En lui était le oui : 20 car c’est en lui que Dieu a dit « oui » à tout ce qu’il avait promis. Aussi est-ce par lui que nous disons « oui », « amen », pour que la gloire revienne à Dieu.

Il faut savoir que Paul n’a pas vraiment été apprécié à Corinthe. Il n’avait ni la prestance ni la qualité oratoire des prédicateurs dont raffolaient les Corinthiens. Son côté sévère, froid et dogmatique ne plaisait pas à tout le monde.

Néanmoins, Paul et ses amis Silas et Timothée avait fondé tant bien que mal une église dans cette grande ville portuaire et complexe qu’était Corinthe.

Peu après son départ, Paul leur écrit une lettre dans laquelle il leur annonce qu’il repasserait chez eux pour y régler quelques délicats problèmes de doctrine et de moralité. Finalement, son projet est remis à plus tard, et il semble qu’on lui ait reproché de ne pas savoir ce qu’il voulait : d’abord, tu nous dis oui, et après, tu nous dis non ; ce n’est pas sérieux de ta part - ça nous est certainement arrivé à tous de dire oui à quelque chose que finalement nous n’avons pas fait et il nous est certainement aussi arrivé d’être déçu par quelqu’un qui n’a pas tenu sa parole. Mais là n’est pas le sujet de la prédication. Et Paul ne s’attarde pas non plus sur la critique de son apparente inconstance.

Il prend ce prétendu caprice comme point de départ d’une magnifique déclaration spirituelle. « Nous, nous sommes peut-être dans le oui et le non mais, Dieu lui, il est dans le oui, un oui plein et total, un oui ferme et définitif. »

La venue de Jésus dans le monde, cette venue que nous célébrons tout particulièrement en ce temps d’Avent et de Noël, cette venue est le signe du formidable oui de Dieu à l’humanité.

En Jésus, par Jésus, Dieu dit oui à notre vie. Il dit oui à ta vie, il dit oui à ma vie.

L’Ancien Testament et nombre de religions mettent toute une série d’obstacles à l’accès à Dieu, et ce Dieu-là semble alors lointain, inaccessible, ou en colère, un Dieu menaçant, un Dieu-juge, un Dieu pointilleux qui semble toujours mettre au bout de notre bulletin de vie trimestriel : « Peux mieux faire ». Ce Dieu-là, assurément, n’est pas le Dieu de Jésus-Christ. Jésus, nous montre un autre visage de Dieu. Chez ce Dieu-là, la porte est toujours ouverte. Il nous accueille par un grand oui.

En Jésus, par Jésus, Dieu dit oui à la vie. Dieu dit oui à la joie. Dieu n’est pas un trouble-fête ni un rabat-joie, Dieu n’est pas contre la vie, Dieu n’est pas contre le plaisir.

Noël, c’est le oui de Dieu au monde, le oui de Dieu au sourire, le oui de Dieu à l’amour, le oui de Dieu aux possibilités créatrices et artistiques de ma vie, le oui à l’épanouissement de mes dons et de mes capacités.

C’est le oui de Dieu qui m’assure que ma vie en vaut la peine, que ma vie est aimée et acceptée en Jésus et par Jésus. C’est une oui qui m’invite à me lever, qui m’invite à aller de l’avant, c’est un oui qui m’invite à aimer, qui m’encourage à pardonner, qui m’encourage à m’engager auprès de autres pour qu’il y ait un plus de bonheur autour de nous.

Le oui de Dieu est enfin une invitation adressée à chacun à dire oui à la vie. Un oui plein et total à la vie, telle qu’elle est. Ce n’est pas un oui sélectif qui ne choisirait que les bonnes choses, les bons côtés de la vie. Le oui ne peut-être qu’une acceptation de toute la vie, c’est-à-dire :

- un oui à la naissance et à la mort

- un oui à la santé et à la maladie

- un oui à la jeunesse et à la vieillesse

- un oui à la joie et à la peine,

- un oui aux succès et aux échecs

- un oui à la rencontre et à la séparation

- un oui à la foi et au doute.

Une vie pleine, une vie sereine, une vie heureuse n’est pas celle qui passe son temps à ne vouloir qu’un côté de la liste et à rejeter ou à fuir l’autre côté. La naissance implique la mort. La santé implique la maladie. La jeunesse implique la vieillesse, et ainsi de suite. Vous ne pouvez pas avoir l’un sans avoir l’autre. Dire oui à la vie, c’est dire oui aux deux, c’est comprendre et accepter que les deux éléments vont de paire et qu’ils sont indissociables l’un l’autre.

Mais il me faut tout de suite ajouter qu’accepter ne signifie pas subir, se résigner, courber la tête et rester silencieux et inactif devant les difficultés et les malheurs de la vie. Il y a une saine et utile et nécessaire lutte à mener contre le mal et la souffrance dans notre vie, autour de nous et dans le monde.

Et quitte à déplaire à l’apôtre Paul, il me faut ajouter que s’il y a un oui franc et massif en Dieu, il y a aussi en Dieu un non ferme et rigoureux. Ce n’est pas le non de l’inconstance, ce n’est pas le non brutal et sans raison, pas le « non, un point, c’est tout ». Dieu dit non :

- à la haine

- à la vengeance

- au meurtre

- à la guerre, à la violence : la violence des gestes, à la violence des mots

- à l’exploitation de l’homme par l’homme, et l’exploitation de la nature par l’homme

- à l’exclusion des autres parce qu’ils pensent ou vivent ou prient autrement

- au mensonge et à l’hypocrisie.

- à la cupidité et à l’envie, au « chacun pour soi et Dieu pour tous ! »

Ce non de Dieu n’est efficace que s’il passe par nous.

- Dieu ne peut pas arrêter les guerres, l’homme, oui.

- Dieu ne peut pas mettre un terme à la haine, l’homme, oui.

- Dieu ne peut pas mettre un frein à la violence, l’homme, oui.

Et si l’homme le peut, c’est parce qu’il a en lui l’image de Dieu, c’est parce qu’il a devant lui comme référence, comme idéal, comme modèle, comme maître et comme ami celui en qui le oui et le non de Dieu ont été pleinement acceptés, assumés et vécus, et cette personne, c’est Jésus-Christ.

Son oui à Dieu, son oui à la vie, son oui aux hommes remplit toutes les pages des Evangiles. C’est un oui au petit, au rejeté, un oui à l’appel au secours, qu’il vienne d’une femme méprisée, d’un étranger détesté ou d’un lépreux écarté de la vie.

Et dans ces mêmes pages des Evangiles, vous entendrez aussi le non de Dieu, le non de Jésus à l’hypocrisie, le non à l’orgueil, le non au jugement hâtif, le non aux rites vides de sens, le non aux préjugés de son temps, le non à la bêtise humaine.

Le oui est en nous, le non est aussi en nous. Il nous appartient, en tant que personne et quelque soit notre âge, il nous appartient en tant que paroisse qui se réclame de Jésus, de dire non au mal, de dire non à tout qui ce rabaisse la vie, ma vie et celle des autres et de mettre en œuvre le oui qui donne plus de vie à soi et aux autres, plus d’espoir à soi et aux autres, plus de foi à soi et aux autres.

C’est un oui qui répond au oui de Dieu. C’est un oui que toi seul tu peux prononcer. Amen !

 


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