Libre opinion
prédication pour l'avent
Romains 15.4-13
pasteur René
Lamey
12 décembre 2011
Romains 15.4-13
Or tout ce qui a été consigné autrefois dans l’Ecriture l’a été pour nous instruire, afin que la patience et l’encouragement qu’apporte l’Ecriture produisent en nous l’espérance.
Que Dieu, source de toute patience et de tout réconfort, vous donne de vivre en plein accord les uns avec les autres, conformément à l’enseignement de Jésus-Christ. Ainsi, d’un même cœur et d’une seule voix, vous célébrerez la gloire du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ.
Accueillez-vous donc les uns les autres, tout comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu.
Voici, en effet, ce que j’affirme : c’est, d’abord, que le Christ est venu se mettre au service des Juifs pour montrer que Dieu est fidèle en accomplissant les promesses faites à leurs ancêtres ; c’est, ensuite, qu’il est venu pour que les non-Juifs, de leur côté, louent Dieu à cause de sa bonté, comme le dit l’Ecriture : Je veux te célébrer parmi les nations et je chanterai ta gloire.
Et ailleurs : Nations, réjouissez-vous avec son peuple. Ou encore : Louez le Seigneur, vous toutes les nations, que tous les peuples l’acclament.
Esaïe dit de son côté : Un rejeton naîtra d’Isaï On le verra se lever pour mener les nations et les peuples païens mettront en lui leur espérance.
Que Dieu, qui est l’auteur de l’espérance, vous comble de toute joie et de sa paix par votre confiance en lui. Ainsi votre cœur débordera d’espérance par la puissance du Saint-Esprit.
Paul ne connait pas les chrétiens qui vivent à Rome. Et eux, non plus, ne le connaissent pas. Or, à l’époque, on ne pouvait pas débarquer comme cela dans une église et s’improviser prédicateur ou enseignant. Il fallait avoir des références, il fallait des lettres de recommandation. Cette longue lettre que Paul écrit aux Romains est en quelque sorte sa référence. Elle a pour but de l’introduire auprès de l’Église, elle a pour objectif de préparer les Romains à sa venue. Paul avait l’intention d’aller à Rome, et de là, il pensait rejoindre l’Espagne pour y annoncer l’Évangile.
A travers cette lettre, c’est comme si Paul disait : voilà ce que je crois, voilà les fondements de la foi, voilà ce qu’il est important de croire.
La lettre de Paul se compose de deux parties bien distinctes : une première partie (1-11) assez difficile à lire et à comprendre, il y est question de doctrine, Paul y développe les thèses fondamentales de sa compréhension de Dieu et du salut, c’est une partie éminemment théorique. La deuxième partie (12-16), quant à elle, développe les implications de la foi, c’est la partie pratique et concrète de sa lettre. Le texte que nous avons lu se trouve dans la partie pratique.
En résumé, Paul nous dit là que la foi chrétienne n’est pas basée sur du vide et qu’elle ne se construit pas seulement sur des impressions.
L’apôtre nous parle de trois fondements, trois bases sur lesquelles nous pouvons édifier notre foi.
1. La première base, ce sont les récits de la Bible, les récits et textes de la Torah, les grandes histoires bibliques de l’Ancien Testament. Je relis le verset 4 :
Or tout ce qui a été consigné autrefois dans l’Ecriture l’a été pour nous instruire, afin que la patience et l’encouragement qu’apporte l’Ecriture produisent en nous l’espérance.
Les grands récits de la Genèse, la magnifique histoire de la libération de la servitude en Egypte, le long périple du peuple dans le désert, les épopées des rois d’Israël, tout cela, ça ne sert pas seulement comme petites histoires à raconter aux enfants des écoles du dimanche, ou comme transmission d’un passé révolu dont il est bon de connaître les heurs et les malheurs. De même, il n’y a aucune raison de se battre pour prouver que les événements de la Bible sont historiques ni pour démontrer que telle ou telle histoire ou tel ou tel personnage biblique est inventé de toutes pièces.
Non, Paul donne à ces histoires et à ces grands personnages une dimension d’enseignement. Dans le fond, que le déluge ait eu lieu ou non, qu’Abraham ou Moïse aient existés ou non, cela importe peu. Les récits sont là, ils veulent nous dire quelque chose, ils ont des leçons de vie à nous transmettre, et d’une façon ou d’une autre, si l’on ouvre nos oreilles, on peut y discerner ou y entendre une parole de Dieu pour nos vies.
Lisez, relisez ces anciennes histoires, et demandez-vous quels enseignements ils peuvent nous transmettre ; lire et interpréter les récits et textes de l’Ancien Testament sous cet angle-là nous les rendra plus intéressants et notre foi s’en trouvera certainement fortifiée.
2. Nous passons au deuxième fondement pour la foi. Paul écrit aux Romains. Or, l’Église de Rome n’est pas seulement composée de juifs convertis au Christ. Il y a aussi des non-juifs, donc des gens qui ne connaissent pas les vieilles histoires de la Torah. Moïse, David, cela ne leur dit pas grand-chose. Et peut-être, à nous non plus. Beaucoup de personnes ne lisent pas ou plus l’Ancien Testament. Par contre, ce qui est plus abordable, ce qui est plus connu et ce qui est beaucoup plus important, à mon avis – et là, nous entrons dans le 2e fondement – c’est l’enseignement de Jésus, v.5-6.
Que Dieu, source de toute patience et de tout réconfort, vous donne de vivre en plein accord les uns avec les autres, conformément à l’enseignement de Jésus-Christ. Ainsi, d’un même cœur et d’une seule voix, vous célébrerez la gloire du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ.
L’enseignement de Jésus n’est pas philosophique, l’enseignement de Jésus n’est pas ésotérique, l’enseignement de Jésus n’est même pas religieux, dans le sens de rites à accomplir ou de doctrines à réciter – c’est l’Église des premiers siècles qui les a inventés – l’enseignement de Jésus est éminemment pratique, il peut d’ailleurs être résumé en une phrase, en un commandement, et vous le connaissez, ce commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ta pensée, ta force, de toute ton âme et de toute ta pensée – c’est-à-dire de tout notre être – et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Rien de plus, rien de moins.
Une foi qui est basée sur cet enseignement ne court pas le risque de se perdre, elle ne demande pas constamment si elle est dans le doute ou dans l’erreur, elle peut juste se demander de quelle manière elle la mettra en pratique. Les belles paroles, les belles prières, les beaux cantiques ne changeront pas le monde. Mais des actes inspirés par l’enseignement de Jésus, oui.
3. Le troisième fondement sur lequel construire notre foi est encore plus explicite. Paul écrit :
Accueillez-vous donc les uns les autres, tout comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. 8 Voici, en effet, ce que j’affirme : c’est, d’abord, que le Christ est venu se mettre au service des Juifs pour montrer que Dieu est fidèle en accomplissant les promesses faites à leurs ancêtres ; c’est, ensuite, qu’il est venu pour que les non-Juifs, de leur côté, louent Dieu à cause de sa bonté,
Ce qu’il faut retenir ici, ce n’est pas le débat théologique des premières décennies du christianisme sur la place des juifs et des non-juifs dans l’histoire du salut – on a des débats plus importants à régler aujourd’hui – ce qu’il faut retenir, c’est ce que Paul souligne en disant que « le Christ est venu se mettre au service des juifs et de non-juifs », c’est-à-dire au service des hommes. Plus tard, Marc construira tout son Évangile sur cette magnifique parole de Jésus : « Je suis venu pour servir et non pour être servi. » Nos grands politiciens, grands chefs d’entreprise et nos savants économistes devraient se souvenir plus souvent de cette parole du Christ…
Après les récits de l’AT, après l’enseignement de Jésus, Paul va directement au centre de la foi chrétienne, il nous livre le principal fondement pour notre foi : l’exemple même de Jésus.
Il est venu pour servir et non pour être servi. Il est venu dans le monde non pas comme un roi, non pas comme un fondateur de religion, il est venu comme un serviteur. Ce n’est pas grandiose, ça ne fait pas la une des journaux, mais c’est cela qui pourrait vraiment faire changer notre monde et notre vie… Aujourd’hui, tout le monde se sert de tout le monde, on se sert sans vergogne de ce que la nature nous offre, on presse le fruit jusqu’à la dernière goutte, jusqu’au dernier baril de pétrole, jusqu’au dernier centime…
L’apôtre Paul encourage donc ses lecteurs et futurs auditeurs à construire leur foi sur l’enseignement de la Bible et sur l’exemple et le message de Jésus-Christ.
4. Mais Paul précise un peu plus les choses. Paul n’envisage pas une foi individualiste, tournée sur elle-même, préoccupée par elle-même, vivant pour elle-même. La foi dont parle Paul n’est pas une foi privée, personnelle, solitaire qu’on vivrait chez soi, à l’abri de tout regard. Pour Paul, le chrétien n’est pas un ermite vivant au fond d’une grotte.
Paul parle d’une foi non pas solitaire mais solidaire, c’est-à-dire en lien, en relation avec les autres.
Parce qu’elle est basée sur Jésus-Christ, c’est une foi qui conduit celui qui dit l’avoir à chercher à vivre en paix avec les autres, c’est une foi qui nous invite à accueillir les autres, quels qu’ils soient, comme le Christ nous accueille ; et il nous accueille avec bienveillance, il nous accueille avec joie, il nous accueille sans poser de conditions préalables, il nous accueille tels que nous sommes…
Et le but de cette foi, le but de cet accueil, c’est, comme le montre Paul, la gloire de Dieu, c’est la « célébration d’un seul cœur et d’une seule voix de la gloire de Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ », c’est la louange communautaire de la bonté de Dieu !
Il ne sert à rien de chanter des cantiques si nous sommes divisés, si nous nous haïssons les uns les autres, si nous ne nous parlons plus, si nous nous regardons plus.
La foi qui se réclame de Jésus-Christ est une foi qui fait confiance – la confiance, c’est la racine même du mot « foi » ; la foi qui se fonde sur l’enseignement et l’exemple du Christ est une foi qui accueille et qui cherche à vivre dans la paix.
Cette foi n’est pas réservée aux saints, elle est à la portée de tous, même des enfants, mais attention, c’est une foi exigeante qui nous invite à vivre notre vie de façon responsable, mais c’est aussi une foi joyeuse, une foi qui nous fait bouger, une foi qui nous donne la force et la joie de vivre, la force et la joie d’espérer, même quand il fait sombre. C’est une foi qui croit en l’amour, une foi qui croit à la lumière. Une foi qui conduit à l’espérance.
Paul l’a bien compris puisqu’il termine sa démonstration par une très belle bénédiction, une bénédiction avec laquelle je vais aussi clore ma prédication, une bénédiction pour la foi et la vie de chacun d’entre nous :
Que Dieu, qui est l’auteur de l’espérance, vous comble de toute joie et de sa paix par votre confiance en lui. Ainsi votre cœur débordera d’espérance par la puissance du Saint-Esprit.
Amen !
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