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Le sacré plonge

dans la fange de la réalité


Giles Fraser

 

 

27 octobre 2011

Assis à Bethléem, place de la Mangeoire, à côté de mon nouvel ami Nader Abu Amsha, Palestinien chrétien, qui était jusqu’à récemment député maire de Beit Jalah, je sens lindignation me gagner : De l’autre côté de la place, des milliers de touristes originaires du monde entier, descendent de leurs autocars à air conditionné et font la queue devant l’entrée de l’église de la Nativité.
La majorité sont à l’hôtel à Jérusalem. Ils font ici une excursion d’une journée qui comprend la visite de la grotte où le Christ est censé être né, la récitation de quelques prières bientôt suivie du retour vers les autocars et le la soirée à Jérusalem.

Quelque chose ne va pas. Il est peu d’endroits qui ressemblent moins à leur image idéale que Bethléem qui est une ville de Cisjordanie d’une grande pauvreté et souffrant d’une système social profondément injuste. •••
Le mur de séparation construit par Israël a coupé beaucoup de ses habitants des champs d’oliviers qui les faisaient vivre et il est impossible de pénétrer dans le grand Jérusalem pour y trouver du travail.
Nader me dit que sa vieille mère n’obtient pas l’autorisation d’aller voir sa famille qui n’est pourtant distante que de quelques kilomètres.
La colère s’étend sur tout un pays.

Et pourtant tous ceci ne semble pas toucher les pèlerins qui font la queue devant l’église de la Nativité. Ils sont venus pour l’enfant Jésus et ne se soucient guère des habitants de la ville où il est né.

Ce qui ne va pas est que le message de Jésus de paix, de justice et de souci pour les pauvres s’est transformé en émoi esthétique. Envoûtés par l’odeur de l’encens et l’intense rayonnement spirituel de cette si belle église, trop de visiteurs ne semblent pas laisser leur foi les ouvrir à la réalité de la vie des Palestiniens chrétiens et des autres habitants de la Terre Sainte.

Je soupçonne qu’une raison de cette attitude est que beaucoup de ces gens sont venus à Bethléem avec une conception étroite du sacré. Comme si le sacré était l’espace idéal où l’on rencontre Dieu seul dans la pureté et la joie de sa présence. Le sacré compris comme une séparation d’avec la réalité, si limpide et si lumineuse que seul le grand prêtre pourrait véritablement pénétrer le saint des saints. Comme si ce qui est impur (la fange de la réalité politique du Moyen Orient) devait être tenue à distance, en dehors de l’horizon, éloigné de l’absolue perfection de Dieu.

Mais le christianisme n’est pas du tout ainsi. Dieu est né de façon scandaleuse dans une étable au milieu de la fange et parmi les opprimés et les pauvres ! Aucun effluve d’encens ne peut couvrir cette exigence théologique impérieuse qui est au cœur de notre foi.

 

Church Times
18 novembre 2011

traduction Gilles Castelnau

 

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