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Michel Servet

 

29 septembre 1511 en Aragon et
exécuté le 27 octobre 1553 à Genève

 


Gilles Castelnau

 

16 novembre 2011

Nous commémorons le 5e centenaire de la naissance de Michel Servet, médecin réputé et théologien non moins important qui a été brûlé vif pour hérésie sur la place publique de la Genève de Calvin. Et ce crime - car brûler vif un homme pour ses idées est bien un crime, nous en sommes tous d’accord - est depuis, une tache indélébile sur le nom de notre réformateur Jean Calvin.
Sébastien Castellion, un autre réformateur, a été scandalisé par cet acte. Il a quitté Genève et s’est installé à Bâle, d’où il a interpellé Calvin en lui disant :

« Nous diras-tu, à la fin, si c'est le Christ qui t'a appris à tuer des hommes ? »

 

Une statue commémorative de cet acte horrible fut dressée par les protestants genevois à Genève, en 1903, à l'emplacement même du bûcher de Michel Servet. L’inscription sur son piédestal mentionne « une erreur qui fut celle de son siècle » :

Fils respectueux et reconnaissants de Calvin notre grand réformateur
mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle
et fermement attachés à la liberté de conscience
selon les vrais principes de la Réformation et de l'Évangile
nous avons élevé ce monument expiatoire
le XXVII octobre MCMIII

Et il est vrai qu’à cette époque, en France et dans l’Angleterre de la reine Mary Tudor - qui cherchait à rétablir par ces moyens le catholicisme dans l’Angleterre devenue protestante - les bûchers pour hérésie flambaient par centaines et par milliers.
Je n’en donne qu’un exemple : à l'occasion d'une entrée solennelle du roi François 1er dans Paris, on fit brûler vifs des protestants sur son trajet : trois aux Halles et trois autres à la Croix du Trahoir : à l'angle des rues Saint-Honoré et de l'Arbre Sec.

 

Michel Servet niait la Trinité. Il affirmait aussi la circulation du sang qui passe dans les poumons pour s'oxygéner. Il voyait là « le souffle de Dieu au cœur de l'homme ». Mais il niait la Trinité et le Grand Conseil de Genève avait demandé à Calvin si c’était bien là la position de Servet et s’il était bien « hérétique ». Calvin avait répondu que oui.
On avait demandé l’avis des autres villes de la Confédération Helvétique qui toutes avaient unanimement répondu qu’un hérétique devait être brûlé vif en Suisse comme dans toute l’Europe et notamment comme en France et en Angleterre. Il était hors de question que l’on puisse accuser la Suisse d’être laxiste, de tolérer l’intolérable et de devenir ainsi la risée des pays catholiques.
Calvin intervint auprès du Grand Conseil de Genève pour dire que, certes, Servet méritait bien la mort mais pas le bûcher qui est une mort trop atroce. Le Grand Conseil est passé outre : la mort sur le bûcher est celle des hérétiques et d’ailleurs Servet n’avait-il pas été condamné à cette mort par l’archevêché de la ville de Lyon, en France - d’où il avait réussi, on ne sait comment à s’échapper pour se réfugier dans la Genève de Calvin.

 

« Une erreur qui fut celle de son siècle » , dit l’inscription de Genève. C’est assez vrai. Mais Sébastien Castellion a sauvé l’honneur du protestantisme en s’exclamant :

« Nous diras-tu, à la fin, si c'est le Christ qui t'a appris à tuer des hommes ? »

et aussi, et surtout :

« Tu as tué un homme pour défendre une idée.
Tu n’as pas défendu l’idée, mais tu as tué l’homme »
.

 

Michel Servet est mort en s’écriant :

« Jésus, Fils du Dieu éternel, aie pitié de moi ! »

S’il avait dit :

« Jésus, Fils éternel de Dieu »

on ne lui aurait rien reproché car ces mots sont bien ceux du dogme officiel de la Trinité tel que l’on énoncé les grands conciles des 3e et 4e siècle (Nicée, Constantinople Éphèse et Chalcédoine) qui se sont tenus à l’époque dans le monde byzantin, si compliqué et si tatillon.

 

Il faut bien reconnaître que les Réformateurs protestants, qui ont accompli une réforme gigantesque dont on ne peut que les admirer, n’ont pas vu, que sur certains points - comme celui de la Trinité - ils demeuraient enfermés dans la pensée unique du Moyen Âge. Le dogme de la Trinité sera remis en question par la suite par les protestants libéraux, mais à cette époque, pour Calvin, comme pour Luther, Zwingli et les autres, il demeurait parole d’évangile.
On fera la même remarque sur d’autres points, comme par exemple l’antisémitisme général de la théologie chrétienne dont ni Luther ni Calvin ne se sont rendus compte qu’il était, lui, bien plus hérétique que le rejet de la Trinité !
D’ailleurs la Trinité semblait à l’époque une caractéristique de la chrétienté dans sa différence avec les Juifs et les musulmans.
Et justement Michel Servet dans un élan que nous qualifierions aujourd'hui d’œcuménisme interreligieux souhaitait qu’on reprenne cette question théologique dans un désir de dialogue avec eux.
Mais les musulmans – on disait alors les Turcs de l’Empire Ottoman - menaçaient. Ils étaient arrivés jusqu’à Vienne en Autriche, après avoir envahi et islamisé la Roumanie et la Hongrie. On redoutait tout signe de faiblesse à leur égard. Luther écrivait le cantique « C’est un rempart que notre Dieu » en pensant certainement davantage aux Turcs qu’aux catholiques.
C’est dans cette ambiance que les dirigeants de Genève qui s’efforçaient de diriger un État réformé exemplaire, une cité incorruptible, ne voulaient surtout pas que le nouveau protestantisme soit accusé dans toute l'Europe de doctrines considérées unanimement comme scandaleuses.

 

Qui était Michel Servet. Il était espagnol. Il avait étudié la médecine à Paris et était devenu médecin. Il s’était installé à Vienne près de Lyon, y avait acquis une position de notable. Il avait découvert la petite circulation sanguine, c'est-à-dire la manière dont le sang passe dans les poumons pour s'oxygéner. Il était aussi théologien. Un théologien libéral qui poussait au maximum le principe protestant du retour aux Évangiles : Jésus n'est pas Dieu, mais un homme auquel la nature divine s'est unie temporairement.
Il faut reconnaître qu’à cette époque la plupart des gens n’étaient pas capables de le suivre. D’autant plus qu’il s’exprimait de manière radicale :

« La Trinité est un chien des Enfers à trois têtes, signe de l'Antéchrist »

Et Calvin répliquait :

« S’il vient à Genève et si j’y ai encore de l'autorité il ne repartira pas vivant ».

 

Mais Servet était bien installé dans la France catholique, à Lyon et il était même médecin de l’archevêque de Vienne (Vienne près de Lyon) qui ne trouvait rien à redire à tout cela.
Et justement il y avait, pour son malheur, deux cousins demeurant l’un à Lyon et l’autre à Genève qui se disputent par lettre. Guillaume de Trie qui est protestant à Genève est vexé par son cousin catholique de Lyon qui lui dit qu’il est bien connu que la Genève protestante de Calvin n’est qu’un repère de désordre moral où l’on mène une vie désordonnée.
Il prend la mouche et rétorque qu’en France on n’a rien à dire puisqu’on accepte que Michel Servet qui n’est qu’un hérétique niant la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, soit logé au palais archiépiscopal de Vienne et qu’il est même le médecin de l'archevêque.
Et pour apporter la preuve de la vilenie de Michel Servet, il envoie à son cousin de Lyon des lettres que Calvin a écrites dénonçant effectivement l’hérésie de Servet. Le cousin de Lyon, horrifié, remet ces textes à l’Inquisition.

 

Servet est arrêté, jugé par l’Inquisition au nom de l’opinion de Calvin et il est condamné. Il parvient à s’évader sans qu’on sache comment. L'Inquisition le fait alors brûler en effigie pour servir d’exemple.
Servet a l’idée étrange - et fatale - de se réfugier à Genève où il pense peut-être qu’il sera capable de faire triompher ses idées, de contrer l’orthodoxie de Calvin et qui sait, peut-être même de prendre sa place.

 

Son procès a alors immédiatement lieu. Il est très long et compliqué car personne n’arrive à comprendre ce qu’il croit et enseigne. On demande à Calvin - qui n’a aucune sympathie pour Servet qui le lui rend bien - de trancher. Et Calvin déclare que l’Inquisition de Vienne a raison et que Servet est hérétique.
Cette relation de l’Inquisition de Vienne et de Jean Calvin est le premier acte œcuménique de l’histoire !

 

Seul, je le disais, Sébastien Castellion, s’est scandalisé de ce crime. Le pasteur Vincent Schmid, de la cathédrale Saint-Pierre de Genève a voulu « fonder, pour réparer cette injustice historique, un Comité pour la pose d'un buste de Sébastien Castellion, si possible en 2015, dans le petit square qui fait face au Collège Calvin (ancien Collège Rive). »

 

.


Il y a à Paris une statue de Michel Servet devant la mairie du 14e arrondissement. Elle est fleurie chaque année.

 

 

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