Libre opinion
Une société sauvage
Giles Fraser
Chanoine de la cathédrale Saint-Paul de Londres
15 octobre 2011
Le capitalisme enrichit globalement la société mais augmente la distance entre les riches et les pauvres. Certes un marché qui fonctionne et des taxes environnementales payées par les entreprises avantagent tout le monde, même si c’est de manière inégale. S’il n’y a pas de richesse produite, il n’y a rien à redistribuer. C’est d’ailleurs pourquoi on reproche régulièrement au Shadow Cabinet du Parti travailliste de ne comporter aucun membre issu du monde des affaires. On n’y discute que du partage équitable du gâteau entre tous et jamais de la manière de produire le gâteau.
Mais ceci n’est qu’une élément du problème. Les émeutes de cet été ont été souligné l’inégalité de notre société. Elles ont aussi montré que l’universalité de l’idée que seule la possession matérielle permettait le bonheur ne conduisait qu’à l’instabilité et à la violence. Notre société suscite des désirs de consommation chez les jeunes puis leur claque la porte au nez.
Je suis récemment allé à Peckham (banlieue sud de Londres) pour m’intéresser au travail extraordinaire qu’y accomplit la Children’s Society auprès des gangs et des jeunes fugueurs et je ne suis pas près d’oublier le terrible récit qu'on m'y a fait de ces jeunes vies dévastées.
Je me souviens naturellement un peu de mes propres problèmes d’adolescent, mais ils n’ont absolument rien de commun avec ce que ces jeunes traversent aujourd’hui.
Le fait, par exemple que de jeunes adolescentes ont un tel besoin d’être reconnues et aimées qu’elles en arrivent à accepter d’être abusées sexuellement est une honte pour nous tous et notamment pour la société que nous créons.
La Children’s Society estime qu’il y a actuellement dans le Royaume Uni, 3,8 millions d’enfants vivant dans la pauvreté. Tous les indicateurs de leur vie sont au rouge.
Ainsi, parmi les enfants défavorisés bénéficiant d’un accès gratuit à la cantine scolaire, seuls 26 % parviennent au certificat de fin d’études (GCSE que l’on obtient généralement à 16 ans) contre 54 % pour les autres.
J’ai demandé combien parmi ces jeunes ambitionnaient d’entrer à l’université et je n’ai obtenu qu’un sourire navré ! Leur ambition se borne en général à être coiffeuses ou danseuses de cabaret. Et si elles y parviennent, elles y réussissent très bien. Je me suis senti honteux de mon manque de compréhension.
L’accusation d’être des « adolescents sauvages » est parfaitement injuste. Elle revient à reprocher aux pauvres d’être pauvres.
Adolescents sauvages ? Non. C’est la société qui est sauvage !
Traduction Gilles
Castelnau
Church Times
30.9.2011
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