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Le NOTRE PÈRE


Abrégé de tout l’Évangile


Une théologie pour aujourd’hui

 

Louis Pernot

 

ÉDITIONS DE PARIS

152 pages - 18 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 


13 septembre 2011

Comme son sous-titre le dit bien, le remarquable petit livre du pasteur Louis Pernot, invite tout le monde à repenser sa théologie, à discuter les idées reçues – pas forcément à recevoir – et à redécouvrir le dynamisme et l’intelligence de l’Évangile.
Sans prétention, facile et agréable à lire, sans vocabulaire difficile ni développements obscurs, il invite chacun à une de ces conversations pastorales dont le pasteur Pernot a évidemment l’habitude : toutes les interprétations sont gentiment passées en revue, avec leurs conséquences, leurs médiocrités et leurs sourires.
Œuvre d’évangélisation, dans le bon sens du mot, ce livre est un véritable petit catéchisme, abrégé de tout l’Évangile, pour une spiritualité heureuse et encourageante.

En voici quelques pages qui inviteront sans doute beaucoup d’internautes à l’acquérir :

.

page 13

Le « Notre Père »

La prière appelée « Notre Père » est l'une des seules prières connues qui soit d'origine évangélique. Elle se trouve, sous sa forme habituelle, dans l'Évangile de Matthieu au chapitre 6 (v. 9-13), après tout un enseignement du Christ sur la prière, et elle est introduite par ces mots du Christ :
« vous donc, priez ainsi... » :

Notre Père qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié ;
que ton règne vienne ;
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ;
pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;
ne nous induis pas en tentation,
mais délivre-nous du malin.
[Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen !]

L'Évangile de Luc au chapitre 11 (v. 2-4) donne une version de cette même prière qui est assez différente, en fait, surtout plus courte, moins complète que celle que nous utilisons d'habitude. Elle est donnée suite à une question des disciples : « apprends-nous à prier ».

Père !
Que ton nom soit sanctifié ;
que ton règne vienne.
Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ;
pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense ;
et ne nous induis pas en tentation.

Cette différence peut être interprétée de deux façons opposées : on a longtemps pensé que la version la plus ancienne et originale devait être la plus dépouillée, c'est-à-dire celle de Luc, et que Matthieu devait donner une version retravaillée, réécrite et amplifiée, sans doute après de nombreuses années d'usage liturgique et d'enrichissements.
Cela est encore admis par beaucoup d'exégètes aujourd'hui, mais certains pensent au contraire que la version de Luc n'est qu'un texte mutilé.

On sait, en effet, aujourd'hui, que l'histoire de la rédaction de l'Évangile de Luc a été très accidentée. Certains expliquent cela par le fait qu'au milieu du second siècle, une révision radicale et mutilante avait été faite par Marcion. Marcion détestait ce qui venait du judaïsme, il préconisait que les chrétiens ne gardent que le Nouveau Testament en écartant l'Ancien, et il avait ainsi supprimé ou modifié tout ce qui pouvait aller dans le sens d'une judaïsation du texte, ou tout au moins les expressions trop typiquement juives, ou compréhensibles seulement dans le cadre de la pensée juive.

Quand les autorités de l'Église se sont aperçu de ce désastre, elles ont essayé de faire machine arrière, mais la plupart des sources avaient alors disparu. Il semblerait ainsi que l'Évangile de Luc sous sa forme aujourd'hui habituelle ne soit, en fait, que le résultat de cet Évangile mutilé par Marcion et plus ou moins re-complété, le plus souvent à partir des autres Évangiles.

Dans cette hypothèse, il serait assez compréhensible que la version de Matthieu du Notre Père puisse être la plus authentique, et celle de Luc ne serait que les vestiges du beau texte du Christ après des mutilations qui pourraient bien venir des censures marcionites.

 

 

page 42

Notre Père qui es aux cieux

Il faut donc prendre au sérieux ce « nous » et comprendre qu'il y a là quelque chose de très fort qui nous est enseigné : prier, c'est non seulement essayer d'apprendre à être en communion avec Dieu, mais c'est aussi apprendre à se sentir solidaire des autres.
C'est vouloir faire grandir son amour pour les autres, c'est une façon de rompre son propre égoïsme. Prier ne peut pas être de demander à Dieu une sorte de favoritisme. Ce ne peut être de dire, par exemple :
« Seigneur, je t'en prie, protège mon enfant qui est sur la route afin qu'il n'ait pas d'accident », sous-entendu : « les autres, ils peuvent mourir, ça ne me dérange pas, il y a 4000 morts par an, tant pis... mais pas le mien ».
La prière ne peut pas être cela.

Si vraiment j'ai de l'amour pour mon prochain, je ne peux pas dire à Dieu : « protège mon enfant et laisse mourir l'autre ». Ce n'est pas possible.

Le simple fait de dire « nous » dans le Notre Père projette celui qui prie dans l'amour du prochain et dans l'abandon de son propre égoïsme. On ne peut pas prier pour soi tout seul, il faut que la prière soit toujours une force pour aller vers les autres, pour accomplir le plan de Dieu. Soit on prie pour agir, soit on prie pour tout le monde, mais on ne peut pas s'enfermer tout seul dans son égoïsme en prétendant prier Dieu, ce genre de prière en un certain sens ne serait pas chrétienne.

 

 

page 69

Que ta volonté soit faite

Pourtant, nous sommes toujours nécessairement tiraillés entre deux idées, l'une d'un Dieu implacable et immuable qui ferait tout ce qu'il veut, et seulement ce qu'il veut, dans le monde, et l'autre d'un Dieu qui serait prêt à faire un peu n'importe quoi en fonction de ce lue nous lui demanderions, étant là comme une sorte de généreux Père Noël, qui attendrait que nous lui demandions ceci ou cela pour le faire, se soumettant à notre propre volonté. Ces deux positions extrêmes sont toutes deux inacceptables. C'est sans doute quelque part entre les deux que se trouve la vérité.

On peut ne pas vouloir croire dans un Dieu girouette, Dieu n'a pas à se soumettre aux caprices ou à la volonté des hommes. Dieu est absolu, et la prière n'est pas là pour modifier Dieu mais pour que nous nous soumettions à lui.

Et par ailleurs, Dieu n'est pas une sorte de machine infernale gérant tout ce qui se passe dans le monde. Il y a de la place laissée par Dieu dans sa création pour une certaine liberté.

Et prier, c'est se laisser transformer par Dieu. Certainement, nous sommes sans cesse et chaque jour au bénéfice de l'acte créateur de Dieu, mais cela ne se fait pas tout seul, il faut que nous le voulions bien. Notre vie n'est pas entièrement déterminée, et il ne va pas de soi que la volonté de Dieu se fasse effectivement.

Ainsi dans la prière, nous travaillons à nous remplir de la volonté de Dieu, et à ce que ce soit la volonté de Dieu qui puisse prendre la place de nos petits désirs égoïstes.

 

 

page 90

Donne-nous notre pain quotidien

Mais si l'on prend la demande au sérieux comme s'adressant à Dieu et en pensant qu'il peut y répondre, alors cela devient plus difficile. On ne peut pas penser que Dieu vienne nous offrir concrètement du pain ou des croissant chauds chaque jour... Et cette demande, plus que tout autre, pose la question de la légitimité de la demande d'ordre matériel dans la prière.

Or, je ne crois pas que l'on puisse dire des gens qui sont dans des pays où l'on meurt de faim, que ce soit de leur faute, parce qu'ils n'auraient pas assez prié. Et si j'ai, moi, à manger, je ne peux penser que ce soir une faveur particulière que Dieu m'accorde parce qu'il m'aimerait plus qu'un autre.

J'ai ainsi toujours été choqué par le texte des benedicite que nous chantions quand j'étais scout.
« Pour ce pain que tu nous donnes, merci Seigneur », ou :
« pour ce repas, pour toute joie, nous te louons Seigneur » disions-nous au moment du repas.

Cela me posait problème : comment pourrais-je me réjouir qu'à moi Dieu donne du pain, et qu'il le refuse aux autres ? Si vraiment c'est Dieu qui donne le pain matériel, comment pourrais-je remercier Dieu qu'il me donne du pain à moi, et qu'en même temps, il laisse mourir de faim des millions de mes semblables.

Serions-nous les « chouchous » de Dieu ? Dieu laisserait-il mourir de faim des enfants innocents sans rien faire pour eux alors qu'il le pourrait ?
Le rôle de la prière ne peut être de demander pour nous du pain matériel.

 

 

page 101

Donne-nous notre pain quotidien


Pourrait -on croire que si l'on a un enfant est malade, Dieu pourrait le guérir, mais qu'il attend que nous le lui ayons demandé avec suffisamment d'insistance et de foi ? Dieu pourrait-il rester impassible et laisser mourir notre enfant en prétextant que nous n'avons pas prié assez souvent ou assez bien de le guérir ?

Dans un cas extrême comme celui-là, soyons d'accord avec le Christ, ce serait du paganisme, on ne peut concevoir un tel Dieu. Si Dieu peut guérir mon enfant, il le guérira, parce qu'il l'aime, et parce qu'il m'aime. Dieu ne peut que vouloir et faire le bien, et refuser de faire un bien, c'est faire du mal, ce que l'on ne peux attribuer à Dieu.

Ce genre de demandes matérielles, risque de ressembler à des demandes païennes, qui fonctionnent comme dans les religions primitives avec les sorciers : on fait des danses de la pluie pour les cultures, on fait des sacrifices à Dieu pour obtenir ce dont on a besoin : la fécondité de son épouse, la santé de ses enfants, ou encore une bonne récolte, et il faut marchander avec Dieu, savoir demander comme il le faut pour qu'il soit content et que, finalement, il donne ce qu'il a toujours pu nous donner, mais qu'il nous refusait. On s'éloignerait de l'Évangile.

De toute manière, Dieu sait très bien de quoi nous avons besoin avant même que nous ne lui demandions, et ce n'est même pas la peine de le lui demander. Si Dieu nous aime, il ne va pas nous refuser la vie, le bonheur, ou la santé de nos enfants si nous en avons besoin... Pour toutes ces raisons, on peut légitimement avoir un certain recul vis-à-vis de la demande matérielle dans la prière.

 

 

page 109

Pardonne-nous nos offenses comme nous
pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés !

Dieu peut pardonner même si nous ne nous repentons pas, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'en tant que père, je sais, moi, ce que veut dire de pardonner à ses enfants. Quand mes jeunes enfants font des fautes, je leur pardonne, même s'ils ne viennent pas s'humilier à genoux. Certes, je vais essayer de leur expliquer, je vais tenter de les aider à ne pas recommencer, mais, dans le fond, je suis incapable de leur en vouloir, je leur pardonne parce que je les aime, et je ne peux pas penser que l'amour de Dieu puisse être inférieur à celui d'un père humain. Dieu nous pardonne parce qu'il nous aime et nous comprend.

Si Dieu est pour nous un père, il ne saurait être celui qui pourrait nous jeter dans les décharges de la Géhenne éternelle sous prétexte que nous aurions commis des fautes trop importantes. Certainement, l'amour de Dieu est puissant pour nous pardonner quand bien même nous n'aurions pas su nous repentir.

Nous en avons d'ailleurs des preuves dans l'Évangile.
D'abord cette célèbre femme adultère de Jean (Ch. 8). À aucun moment il n'est dit qu'elle se repent, ou qu'elle regrette, elle ne demande pas pardon... et le Christ lui pardonne. Certes, là, on pourrait imaginer que cette repentance est sous-jacente, mais alors pensons à l'exemple de ceux qui ont livré Jésus, aux soldats au pied de la croix, à propos desquels Jésus s'est écrié : « Père pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font » (Luc 23:34). Eux ne se repentent absolument pas, et sont même fiers de ce qu'ils font. Ils ne crucifient pas Jésus par inadvertance, sans faire exprès, ce sont eux qui l'ont bien voulu, ils en sont vraiment coupables, et avec préméditation... pourtant le Christ dit : « Père pardonne-leur ».

 

 


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