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Libre opinion

 

 

L’histoire de Noël

la plus fêtée, la moins comprise

 

 

Jean Hoibian

 

 

2 décembre 2010

La mondialisation est efficace ! Sur toute la terre les habitants de toutes ethnies vont fêter Noël.

Ils n’agiront pas de même avec les autres célébrations chrétiennes.

Juifs et Musulmans ont bien d’autres traditions religieuses pour se soucier de l’assassinat du prophète Jésus, à Pâques, ou de la création de l’église chrétienne à la Pentecôte. Quant aux athées ou agnostiques, ces vieilles légendes les laissent indifférents.

Mais pour Noël, bingo ! la mayonnaise a pris ! Cet enfant de sans-toit, qui vient au monde sur la paille d’une étable, retient tous les médias de l’époque : un conte merveilleux qui touche tous les cœurs !

Un bébé tout nu dans les bras de sa mère, sauvé de la nuit glaciale par la lourde chaleur animale d’un bœuf, d’un âne, et d’une dizaines de brebis .Pour des raisons obscures, des Gens très importants, riches et puissants sauvent le couple inconnu de la misère.

 

Oui, bingo ! de l’or et des parfums précieux ! tous les pauvres de la terre se retrouvent dans ce fait-divers qui a bien tourné ! C’est l’occasion d’une fête de la famille où une tradition solide introduit de la lumière, de l’amour, de l’amitié, de la chance ! Et donc une fiesta au cœur de l’hiver avec des cadeaux modestes ou somptueux, de la bonne nourriture, et plein de sucreries.

On paiera la facture plus tard. Aujourd’hui foin de ladrerie ! Joyeux Noel à tous, de l’occident à l’orient, des îles du Pacifique au Labrador ! Il y a partout, de par le monde, des miséreux à qui la chance sourira peut-être un jour !, des bébés qui réjouissent une famille, des riches qui offrent une fête inattendue et des badauds qui ramassent des miettes de bonheur fragile. Rêves enfouis, fantasmes refoulés…..

Qui que l’on soit, noirs, cuivrés, ou blancs pâles, le petit Jésus qu’un coup de chance a sorti de l’ombre va devenir notre occasion de vivre heureux un jour ou deux.

Vive la Noël ! chantons, dansons, mangeons et buvons, car demain la vie banale et terne recouvrira le monde.

Ce monde qui a tant besoin de tendresse, de sourires, de joies, de chaleur partagée, de lumière, de réconciliation et de paix, a adopté la fête chrétienne de Noël, depuis près de 2000 ans, par une sorte de pulsion universelle. A la crèche on ajoute le sapin, ou n’importe quel végétal symbole écologique. Noël c’est la fin de l’hiver (ou presque…), c’est l’espérance d’une vie moins dure.

 

Beaucoup, beaucoup, ignorent presque tout de Noël. Surtout à notre époque : on chante plutôt « petit papa noël » que « Gloire à Dieu ».

Mais je crois qu’on aurait tort, nous les chrétiens, de s’offusquer de tout le fracas évènementiel noêlien dont rendent compte les médias : débauche d’alcool, de frénésie, de mangeaille goinfrée, de chahuts impudiques, de recherche d’être vu dans les cercles mondains, de dépenses scandaleuses, de bacchanales….

Oui, il s’agit bien d’un blasphème que Dieu reçoit comme une nouvelle épine. Mais je veux minimiser cette parodie.

Car Noël est avant tout la fête des pauvres.

Eux, peuvent partager la joie de ce vieux Joseph, de cette très jeune Marie, qui, sans l’avoir voulu, appellent les gueux du monde entier, à se réjouir de bon pain, de viande ou de poisson grillés, une fois l’an, au cœur de l’hiver.

Sans doute ne comprennent-ils rien de ce mythe de Bethleem. Mais leur ignorance nous ramène nous, chrétiens, à l’essentiel de nos responsabilités.

 

Qu’avons-nous su transmettre du message chrétien ? Celui qui a bouleversé notre vie : le Dieu caché au fond de notre cœur, ce souffle qui doucement redresse notre vie tordue et insensée, pourquoi le cachons-nous ?

Ce Dieu là est intervenu dans le monde égaré en suscitant un prophète unique, le Fils de l’Homme, capable d’apporter réponse aux problèmes de nos vies.

C’est cela Noël ! Le monde a reçu un leader génial, humble et courageux, doté d’amour et d’humour. Dans son évangile, chacun peut recevoir réponse à ses angoisses, ses peurs, ses désillusions, ses dégoûts, son absence de raison de vivre et de lutter, son secret désir de connaître l’amour, l’amitié, la joie, l’enthousiasme !

Nous pouvons minimiser l’étable, le bœuf et l’âne et même les bergers et les anges. La vérité est bien plus forte : Dieu nous rejoint sur cette terre, en Jésus son messager ! Nous ne serons plus jamais seuls, même au dur moment de la mort…

Nous connaissons les secrets de Dieu, nous percevons l’avenir du monde. Et nous vivons immergés dans une société païenne où les gens étouffent, dans le mensonge, le paraître et le désespoir.Mais quels mots, quelles expressions utiliser ? Comment aborder ceux qui ne nous demandent rien ?

 

Nous ne vivons plus de discours aussi beaux et sincères soient-ils.

Il semble bien que les chrétiens doivent cesser de pousser des soupirs, de tricher avec leur foi.

Dietrich Bonhoeffer, le théologien assassiné sur ordre d’Hitler, avait compris la nécessité d’agir, de se battre pour la vérité et pour la justice. Dans son livre, « le prix de la grâce », il nous appelle à ne pas nous mentir à nous même. Etre disciple cela veut dire deux choses : Dieu dans son grand amour, nous pardonne sans conditions, mais il nous veut debout, prêts à aimer et à servir.

Alors, sans doute, la parole de vie passera les barrages de notre timidité et de nos blocages.

 

Si les croyants ne vivent pas, humblement mais fermement, selon l’Evangile, on peut craindre que Noël garde son secret.

 


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