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Renée de France

et Anne de Guise

 

mère et fille

entre la loi et la foi au XVIe siècle

 

 

Nicole Vray

docteur ès-Lettres, hébraïsante, membre de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen

 

 

Éditions Olivétan

157 pages, 21 €

 

 

Recension Gilles Castelnau

 

9 septembre 2010

Au siècle des guerres de religion, une mère et sa fille œuvrent pour la paix.

Renée de France (1510-1575), fille d'Anne de Bretagne et de Louis XII, belle-sœur de François 1er, est élevée dans l'humanisme et adopte les idées de la Réforme. A Ferrare, mariée au duc d'Este, elle aidera les réfugiés huguenots. De sa rencontre avec Jean Calvin, en 1536, naîtra une correspondance suivie. A la mort de son mari, elle s'installe à Montargis et n'aura de cesse de réclamer la paix, dans le combat toujours intemporel et universel, de la foi et de la loi.

Anne d'Este (1531-1607), sa fille née à Ferrare, est mariée à François, duc de Guise, assassiné en 1563. Elle se remarie avec Jacques de Nemours, duc de Savoie. Catholique, fidèle aux Guise et à la cour de Charles IX, puis d'Henri III, elle reste attachée à sa mère et la suivra dans son combat pour la paix. Malgré les oppositions et les drames, Anne, ralliée à Henri IV, jouera un rôle important dans la fin de la Ligue.

Avec une science extrême et une grande simplicité, Nicole Vray nous fait partager la vie de ces deux femmes dans ce XVIe siècle si important et passionné en politique et pour les questions de foi.
Voici deux passages de ce livre qui donneront, j’espère, à des internautes l’envie de l’acquérir.

 

page 37

Ferrare, résidence de Renée de France, été 1534
Elle a pris l'habitude de réunir chez elle des professeurs de l'Université de Ferrare, pour débattre en « académie ». Veut-elle retrouver l'esprit du Cénacle de Meaux ? Les écrits circulent, les nouvelles arrivent d'Allemagne. A-t-on débattu de la Confession d'Augsbourg de 1530, texte qui signe la synthèse de la doctrine luthérienne ? Synthèse des thèses essentielles, notamment le salut par la grâce, la consubstantiation et non plus transsubstantiation, l'Ecriture seule comme base des études et de la foi, le célibat des prêtres, la connaissance de l'hébreu et du grec ...

Toutefois Renée de France est à cette époque, dans la critique et l'étude, non dans l'opposition. Dans la recherche, non dans le refus. L'heure du rejet de la tradition et de l'obéissance n'est pas encore venue. Quand elle sonnera pour Renée, il lui en coûtera pour sa liberté, comme il en coûte en France, déjà, pour ceux qui se révoltent.

La révolte éclate effectivement le 18 octobre 1534. Au matin, sont placardées des affiches dont le titre est : «Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papale, inventée directement contre la sainte-cène de Notre Seigneur, seul médiateur et seul sauveur Jésus Christ ». Virulentes, anti-papistes et provocatrices, elles sont placardées jusque sur la porte de la chambre du roi, à Amboise. Lui qui a signé le Concordat de 1516, se fait le garant de l'Eglise, doit répondre et agir. La réponse est la condamnation, l'action est la répression. Cette affaire des Placards est donc la première grande répression ordonnée et organisée. Les huguenots français connaissaient déjà le bûcher, à présent c'est l'exil. Même des régions (comme le Béarn), ou des châteaux (comme celui de Nérac) réputés « protégés », subissent des menaces. C'est encore parfois la fuite vers les villes libres (comme Strasbourg) ou vers des pays étrangers (comme les pays nordiques ou l'Angleterre). Un jeune homme, mince et pâle, inconnu alors, fait partie des exilés, Jean Calvin, qui fuit d'abord vers Strasbourg puis vers Bâle. Une indignation générale touche le peuple comme les souverains étrangers. François Ier se voit obligé d'alléguer la raison politique plus que la religieuse, la raison d'État plus que la question de conscience. En juillet 1535 l'Edit de Courcy amnistie les exilés qui peuvent rentrer en France mais en abjurant dans les six mois.

Ferrare est parfois choisie comme ville d'exil. On connaît Renée de France et sa liberté de pensée, on se souvient de Marguerite de Navarre, inquiétée pendant l'affaire des Placards, le duché, dont l'Université est connue, inspire confiance. Ferrare, pour beaucoup, avec en outre Renée de France, c'est le choix d'une forme de liberté de pensée et de mouvement. Là vont donc se retrouver anonymes ou personnages plus connus. Parmi ces derniers, se présente Clément Marot. Il arrive de Nérac, envoyé à Ferrare par Marguerite de Navarre pour sa sécurité. Le poète a bien connu, et son père avant lui, la famille royale et la petite princesse Renée. Il retrouve la nouvelle duchesse de Ferrare heureuse d'accueillir un ami français, un proche de sa famille, un complice en humanisme. Clément Marot se défendra toujours d'avoir adopté les idées de la Réforme mais ne renoncera pas non plus à l'humour et à la poésie. Le célèbre poète mettra ainsi en rimes la naissance du troisième enfant de Renée et d'Hercule, Lucrèce, le 16 décembre 1535.

Le duc d'Este est alors à Rome pour renouveler l'allégeance de la maison d'Este au pape. En échange le duc se voit reconnu dans son duché, et ses possessions (les villes de Reggio et Modène) sont confirmées. En outre à Naples, Hercule d'Este s'est incliné devant Charles Quint, vainqueur de Barberousse.

Après ces multiples démarches, Hercule d'Este rejoint son duché qu'il trouve habité par de nombreux religionnaires français. Il avait jusqu'ici toléré une forme de liberté d'esprit - « politiquement » pour prouver qu'il ne s'opposait pas systématiquement à Renée. Il restait en outre prudent en face de l'Université où les débats et controverses entre professeurs étrangers et italiens étaient fréquents. Il savait enfin que les critiques contre l'Eglise étaient partagées et qu'un concile était souhaitable.

Mais rentré de ces voyages, Hercule d'Este perçoit une différence : le monde des critiques, les personnages arrivés et installés à Ferrare, sont plus assurés, plus virulents parfois. Madame de Soubise est partie, certes, mais d'autres Français l'ont remplacée. La réaction du duc d'Este est double. Il interdit d'abord à Renée de se rendre à Lyon, où la cour et François 1er lui-même sont prêts à la recevoir. La version officielle de cette interdiction est qu'une épouse et mère italienne ne doit pas quitter sa famille. La vérité est la crainte - la méfiance en tout cas - de voir Renée être attirée toujours davantage par la France et ces idées qui, d'humanistes étaient devenues subversives. Renée ne peut que s'incliner en éprouvant une forte déception. La deuxième réaction vise Clément Marot. Le duc d'Este l'accuse bientôt d'être responsable du mouvement luthérien à Ferrare, et d'y entraîner Renée. Après Madame de Soubise, c'est Clément Marot qui doit quitter Ferrare. Il part, en effet, pour Turin où il meurt en 1546.

Renée alors est une femme mûre, à l'esprit construit par les épreuves. Son choix de pensée sans doute est prêt. Il ne suffit que d'une étincelle ou d'une rencontre pour qu'elle s'épanouisse et choisisse, seule et responsable, son chemin.

 

Page 119

Les catholiques, en apprenant que le nouveau roi est Henri IV, se divisent, les uns partisans du nouveau roi légitime, les autres le refusant. Le prix, pour la satisfaction de tous, est l'abjuration. Celui qui sera le « bien bon roi Henri » a compris l'enjeu : ne pas abjurer, rester fidèle au protestantisme et à sa mère, c'est aussi continuer une guerre sans fin. Abjurer, c'est éliminer définitivement le vieux « Charles X », marcher à la paix civile, restaurer le royaume. Henri de Navarre sait parfaitement qu'un roi pour être reconnu doit être catholique et sacré. Quatre ans seront nécessaires au fils de la « reine huguenote » pour se décider à faire le « saut périlleux » de l'abjuration. Entre 1599 et 1591, deux morts touchent de près Henri IV. Le 9 mai 1590, « Charles X », champion des ligueurs, meurt à Fontenay. Et en août 1591, l'ami fidèle, le vaillant François de la Noue, tombe au combat, en guerroyant en Bretagne.

L'abjuration, acte politique, a lieu le 23 juillet 1593 à Saint-Denis. Henri IV n'en dira pas moins que « son cœur demeurerait toujours le même envers la religion et ceux qui en faisaient profession ». Les catholiques, pour certains, s'interroge sur la sincérité de l'abjuration. Les protestants sont satisfaits, inquiets, déçus ou sévères comme Agrippa d'Aubigné ou Catherine de Parthenay. L'histoire s'accélère alors. Après l'abjuration, c'est le sacre, le 27 février 1594 à Chartres, Reims étant encore aux mains des ligueurs. Après le sacre, l'Entrée à Paris, le 22 mars suivant. Enfin, en septembre 1595, le pape lève l'excommunication qui pesait sur Henri IV. Reste la paix civile. Après encore trois ans de guerre, le roi entre dans Nantes en avril 1598. Au château des ducs sans doute, Henri IV signe en avril 1598 l'édit qui met fin aux guerres de religion. Huit guerres pendant trente-huit ans qui ont tué les êtres, saccagé les terres, ruiné le royaume.

Les ligueurs ont progressivement rendu les armes. Parmi les premiers, les Guises, et chez les Guises, Anne. Dès 1590, elle a été en relation avec Henri IV. Le roi encore huguenot alors, a pris contact avec Anne et lui a demandé de persuader son fils de quitter la Ligue.

En 1591-1592, le rôle de la duchesse de Nemours est croissant. Elle participe au Conseil royal qui a parfois lieu dans son hôtel de Nemours. Elle est consultée pour le choix des magistrats, elle est considérée. On l'appelle la « reine-mère ». Anne est de nouveau perçue comme fille de Renée de France, humaniste cherchant la paix. Elle aurait dit, peu de temps avant l'abjuration de 1593 «j'ai apporté ce que j'ai pu à la paix mais n'en ai su venir à bout. j'en suis si contristée que je n'en puis plus ». L'épisode de Lyon renforce Anne dans son rejet de la guerre. Dans cette ville, Charles-Emmanuel, son fils, duc de Nemours depuis la mort de Jacques de Nemours, mal vu des lyonnais, s'est retrouvé prisonnier dans la ville. La mort de ses deux fils Henri et Louis reste présente dans son esprit et elle craint pour Charles-Emmanuel. Mais le jeune homme peut s'enfuir de Lyon et rejoindre Annecy.

Cependant, Henri IV entre dans Paris, fait saluer la duchesse de Nemours, annonce qu'il la place sous sa protection ; lui rend visite officiellement. Anne, le 22 mai 1594, prête serment de fidélité à Henri IV avec sa fille Catherine, et sa belle-fille Catherine de Clèves, veuve de Henri de Guise. Bonnes relations donc avec le roi, et avec sa sœur Catherine de Bourbon. Lors des troubles à Paris, en juillet 1595, Anne et sa fille sont accueillies chez Catherine de Bourbon. Là se passe l'épisode des fins ouvrages de lingerie de la reine Anne de Bretagne, qui sont passés, de mère en fille, jusqu'à la fille d'Anne, duchesse de Nemours ; en remerciement, Catherine de Guise les offre à Catherine de Bourbon. Cet épisode reste important et révélateur, et s'inscrit dans un processus de traditions et de respect transmis à travers les générations, et ici traversant les religions.

 

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