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Theologians Re-Imaging Redemption

 

June Christine Goudey

pasteur de l'Église unie du Christ
San Francisco, Californie

 



30 juin 2010

La question du salut était le sujet d'un colloque de théologie féministe qui s'est tenu à l'université de Boston. La théologie masculine est traditionnellement, et à juste titre, mise en question pour son inattention à l'égard des femmes ; ce fut cette fois l'inattention des femmes blanches à l'égard de leurs sœurs noires et des autres minorités, qui fut montrée du doigt.
Le débat fut introduit par six théologiennes : Carter Heyward, Barbara Gerlach, Rita Nakashima Brock, Gail Paterson Corrington, Jacquelyn Grant et Delores Williams.

- Barbara Gerlach, artiste et pasteur de l'Église du Christ, débuta son exposé par une citation de la poétesse Muriel Rukeyser :

« Il suffirait qu'une seule femme nous dévoile la réalité de sa vie pour qu'à l'instant le monde entier s'évanouisse ».

Elle dénonça les difficultés que rencontrent les femmes pour parvenir à une existence épanouie et libérée et ajouta que c'est en affrontant avec lucidité et courage les souffrances et les peurs de la vie que l'on parvient, chacune et chacun à sa manière, au salut, à la rédemption que sont une aisance et une intégrité retrouvées.

- Carter Heyward, professeur à la faculté de théologie épiscopalienne est une des premières femmes à avoir été ordonnée prêtre. Elle se refusa à réduire le rôle de Dieu à la réparation surnaturelle du désordre que provoquent dans le monde les abus et les oppressions dont nous souffrons, et elle mit l'accent sur l'importance de notre lucidité responsable et active dans la recherche d'un salut qui n'est pas attente passive d'une intervention de Dieu.
Carter Heyward s'éleva contre l'opinion courante qui considère que le Christ seul est investi d'une puissance libératrice, ce qui nous cantonne évidemment dans une attitude infantilisée et irresponsable. Notre faiblesse, nos contradictions personnelles et nos ambiguïtés ne doivent pas nous freiner notre combat, à travers toutes nos souffrances et nos frustrations, pour une existence digne et humaine. Ne craignons pas d'affronter les multiples difficultés de la vie et les conflits qui se présentent ; craignons plutôt une existence mesquine sans amour et sans joie.
Carter Heyward donna en exemple sa propre lutte contre l'alcool, le courage qu'exigea d'elle son lent processus de libération et les fréquents moments de découragement qu'elle eut à surmonter. Elle s'éleva avec véhémence contre l'attitude démobilisatrice qui consiste à n'attendre du Christ qu'une délivrance providentielle et surnaturelle, alors que sa puissance de libération opère en réalité à travers notre foi agissante et notre courage et la solidarité des fidèles.

- Rita Nakashima Brock, professeur à l'Université luthérienne du Pacifique, est d'origine japonaise, américaine et portoricaine. Elle proposa une lecture féministe de certains textes de la Bible. Ainsi, à l'encontre des traditions patriarcales, elle affirma que le texte de Jérémie 31. 22 : « L'Éternel crée une chose nouvelle sur la terre, la femme recherche l'homme » peut être traduit par « la femme domine l'homme » et même « la femme domine le guerrier », alors que des traducteurs sexistes sont allés jusqu'à proposer : « la femme cherche à devenir homme ».

- Rita Brock dénonça les théologiens masculins qui ignorent bien souvent purement et simplement l'importance que les évangiles accordent aux femmes. Celles-ci y sont fréquemment mentionnées de façon élogieuse et présentées modèles de foi. Ainsi « Marie-Madeleine, Jeanne, Marie mère de Jacques et les autres » présentes à la croix, (Luc 24.10) alors que les hommes s'étaient enfuis.
Rita Brock estima que c'est dans un courage et une fidélité dont elles nous ont donné l'exemple que l'on peut vivre le salut et non pas en comptant sur le « seul héroïsme » de Jésus, comme le prétendent volontiers les théologiens patriarcaux.
« Notre futur ne peut dépendre d'un événement du passé, dit-elle, faisant ainsi écho à Carter Heyward et Barbara Gerlach. N'attendons pas notre salut d'une intervention surnaturelle, mais efforçons-nous, avec nos sœurs et nos frères, de pénétrer le mystérieux Royaume divin où les malheurs de la vie pourront être vaincus ».

- Gail Paterson Corrington remarqua que l'identification de Jésus à Dieu lui-même donnait une connotation obligatoirement masculine à toutes les figures du salut, alors qu'Isis et les divinité féminines vénérées dans la piété pré-chrétienne étaient négligées dans la pensée patriarcale ou simplement identifiées à Marie, la mère de Jésus. Elle n'en veut pour preuve que l'impossibilité dans laquelle se trouvent les théologiens catholiques et en particulier Jean-Paul II, d'ordonner les femmes prêtres, le ministère du salut exigeant, à leur avis, des caractéristiques masculines. Le pape a d'ailleurs dit, ajouta-t-elle, qu'en « n'appelant que des hommes à l'apostolat, le Christ a agit librement et souverainement » (à l'encontre de « la dignité et de la vocation des femmes »).
Gail Corrington dénonça enfin la manière dont les femmes ont progressivement été marginalisées et considérées comme d'une nature inférieure. Elle prit l'exemple du récit de Marthe et Marie (Luc 10.38) dans lequel l'attitude de Marie loin d'être comprise comme suggérant l'égalité de l'homme et de la femme, est au contraire fréquemment rapprochée de celle d'un parfait disciple homme, « assis aux pieds du maître », la nécessité pour une femme de se conduire comme un homme afin de recevoir « la meilleure part »
L'Évangile apocryphe de Thomas le dit d'ailleurs explicitement : « Chaque femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux » (Thomas 115).

- Jacquelyn Grant et Delores Williams rappelèrent que le combat pour la libération des femmes concernait aussi les injustices commises à l'égard des femmes de couleur et proposèrent d'y inclure pareillement les hommes
Jacquelyn Grant, professeur de théologie systématiques au Centre théologique inter ecclésiastique d'Atlanta, rappela qu'il n'était guère pédagogique de présenter leur libération aux gens de couleur exploités dans des structures de « service » aliénantes en leur parlant du « service de Jésus-Christ ». Elle fit d'ailleurs remarquer la difficulté de leur expliquer que Dieu et le Christ sont leurs libérateurs alors qu'ils les ont toujours considérés comme symboles de leur asservissement. Il faut, dit-elle, être très ferme sur le fait qu'être « serviteur du Rédempteur » signifie entrer au service de son combat pour la liberté et contre toutes les oppressions.
Où se trouve le salut ? Il se trouve dans toute lutte de libération.
Où est le Sauveur ? Il se présente en tout homme qui engage un mouvement libérateur.

- Delores Williams, professeur de théologie et de culture à l'université de Drew, remarqua que les femmes noires employées comme nourrice dans les familles blanches considérant, à juste titre, que le Christ les sauvait en venant s'identifier à elles dans leur condition servile, lui donnaient le titre de « Nourrice » divine s'occupant des enfants et les protégeant dans un monde extérieur froid et menaçant. Pour elles, Jésus s'était incarné en « Nourrice bienveillante ». Mais évidemment le risque était grand de les voir se cantonner dans une attitude d'attente et de dépendance passive.

Le colloque de Boston ouvrait à une vision nouvelle du monde et du salut, des relations sociales et faisait apparaître le mal et le péché sous un jour nouveau. Le ministère du Christ était éclairé, lui aussi, d'un jour nouveau et saisissant. Qui sait, cependant, si un accueil toujours positif sera réservé à des réflexions dont certains pourraient se trouver déstabilisés.

 

Traduction Gilles Castelnau


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