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Judas

l’amitié trahie

 

Anne Vantal

 

Edition Nathan

128 pages 5,25 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

25 mai 2010

Anne Vantal aime écrire des nouvelles historiques pour la jeunesse et elle le fait remarquablement. Elle esquisse un bref récit du ministère de Jésus – vu par les yeux d’un Judas qu’elle rend fort sympathique - et elle le fait de manière fort attrayante. Elle ne romance rien, n’invente rien et s’efforce seulement de rendre vivants les événements rapportée dans les évangiles. Voici, par exemple, son récit des marchands chassés du Temple.

Page 55

À cette heure, la cour des Gentils grouille de monde. Bien qu'on ne soit encore qu'au premier jour de la période des festivités, la foule a envahi tous les espaces libres. D'un côté de l'esplanade, le portique de Salomon forme une double allée, délimitée par trois rangées de colonnes de pierre claire et couverte de plafonds de bois sombre. Sous la colonnade, à l'ombre des murs, et même sur le sol multicolore du parvis, les marchands ont pris possession du moindre recoin. L'agitation paraît plus grande encore qu'en pleine ville ; partout s'élèvent des cris, d'hommes ou d'animaux, car tous les êtres sont admis dans la première enceinte.
Comme souvent, Judas sent monter en lui un peu d'irritation. L'endroit lui paraît peu propice au recueillement et à la prière. Il s'approche pour regarder les étals de plus près. On vend ici des agneaux prêts à être égorgés, que l'on sacrifiera dans quelques jours ; des colombes aussi, qui seront offertes au Temple.
Judas songe avec colère à l'impiété qu'il remarque partout autour de lui. À deux pas de là se tient un vendeur de passereaux : Judas l'entend certifier à des chalands ignorants que ces petits oiseaux vous guérissent de la lèpre. Comme on est loin de la sagesse du Livre  !

Judas a hâte de voir Jésus remettre à leur place ces hommes de peu de foi. Il y a pire encore : la place fourmille de profiteurs sans scrupules. De tous les marchands, ce sont les changeurs de monnaie que Judas exècre le plus. Personne n'échappe à leur rapacité. Les voyageurs qui arrivent de Judée, de Phénicie ou d'ailleurs pour accomplir leurs dévotions à Jérusalem sont leurs victimes toutes désignées. Car qui saurait se retrouver dans la jungle des monnaies qui circulent en Judée? Selon qu'on vient d'ici ou là, qu'on règle l'achat d'un pain ou l'impôt de la capitation à l'occupant romain, on paie avec des drachmes grecques, des deniers romains, des zouzim phéniciens, des mines, des talents, des as! Mais au Temple, non: seules sont acceptables les monnaies juives frappées de la branche de cédrat ou de palme. Où trouver ces pièces pures, dénuées de symboles païens, qui pourront servir aux offrandes? Sur les marches du Temple même, auprès de ces changeurs qui font leur profit sur le dos des pauvres gens... Pour un peu, Judas les jetterait tous dehors.
« Comment en est-on arrivé là ? » se demande Judas avec découragement. Des règles ont existé, pourtant, qui faisaient obligation aux changeurs de se tenir tout près des portes, sans approcher des aires sacrées du Temple. Mais les Juifs paraissent avoir oublié les lois de leurs ancêtres ; leur foi s'est relâchée, s'éloignant à mesure de l'enseignement du Livre. Les pharisiens, qui disent défendre les valeurs d'Israël, qui prétendent par leur zèle respecter les anciennes traditions, ne valent pas mieux que les autres : comme Jésus, Judas les accuse d'accorder trop d'attention aux petits détails, sans se soucier des choses importantes.
Certes, les pharisiens se montrent pointilleux et argumentent pendant des heures, mais ils aiment par dessus tout leur autorité et sont pétris d'arrogance. Comment justifieront-ils leur attitude lorsque Jésus les interrogera sur ce sujet ?

À ce moment, Judas se rend compte de la présence de Jésus à ses côtés. Le Maître s'intéresse à son tour aux tables des changeurs. Il observe, en silence d'abord, ces marchands de pièces qui pèsent les économies de pèlerins ; il les voit spéculer sur leurs marges et profiter honteusement de l'ignorance des visiteurs qui n'entendent rien à ces taux et barèmes compliqués. Judas constate avec satisfaction que Jésus, à son tour, semble indigné par ces pratiques.
- N'avez-vous pas honte ? s'écrie Jésus, s'adressant aux changeurs d'une voix pleine de reproches. Ne savez-vous pas que la Loi interdit de voler ? Comment osez-vous profiter de l'ignorance pour vous enrichir, et en ce lieu saint entre tous ? Jésus se saisit d'un tréteau posé au sol pour asséner quelques coups sur la dalle de marbre.
- Allez-vous déguerpir ou faut-il vous frapper ? Ne savez-vous pas qu'il est écrit : « Ma maison sera une maison de prière » ? Ce que je vois ici, c'est un repaire de brigands !
Autour d'eux, un petit attroupement s'est formé.
Judas remarque que, parmi les curieux, certains ne sont pas mécontents de la tournure prise par les événements. On entend des encouragements :
- Qui que tu sois, chasse ces voleurs !
- Il a raison : ils m'ont trompé en me prenant mes drachmes, et il me reste à peine de quoi offrir une colombe au Temple !
- Je suis prêt à faire un don au Trésor du Temple, pas aux spéculateurs !

Judas sent la tension qui monte. Autour d'eux, l'assemblée a grossi, et la menace est perceptible. L'un des marchands commence à plier son étal à toute vitesse. Bientôt, un grand cercle se forme autour de Jésus. Trois hommes s'approchent et demandent :
- N'es-tu pas Jésus, qu'on appelle le Nazaréen ? N'est-ce pas toi qui te dis le Messie ?
Autour d'eux, on se met à gronder. La foule refuse qu'on s'en prenne à cet inconnu qui a si bien exprimé tout haut ce que chacun pensait.
- C'est bien moi, répond Jésus sans se laisser intimider. De tous côtés, on entend fuser des exclamations.
- Rabbi ! Rabbi ! Sous les yeux ravis de ses disciples, Jésus commence à bénir de la main ceux qui viennent à lui tandis que les marchands affolés ramassent leurs tables et leurs sacs de monnaie avant de déguerpir. En quelques minutes, ils ont presque tous quitté le parvis. Quelques-uns, plus hardis ou plus furieux, continuent de maugréer contre ce petit maître de province qui a osé les expulser de leur place habituelle. L'un d'eux, dont le visage grimace de colère, n'hésite pas à s'approcher avant de quitter les lieux. Judas entend qu'on lui murmure à l'oreille.
- Vous me le paierez ! Avec les intérêts !

Je n’y vois que des avantages et il me semble que l’on peut recommander ce petit livre à tout le monde. Il ne peut que nous rendre participants du ministère de Jésus. Deux remarques pourtant.

1. Anne Vantal est plus une romancière qu’une théologienne. Elle répète ce qu’elle entend dire à la messe sans se poser de questions. En voici un exemple :

Jésus se redresse avant de répondre d’une voix claire qui résonne sur le parvis.
- Je suis le Messie, je suis le Prophète, je suis le Fils du Très-Haut, envoyé parmi les hommes pour les laver de leurs péchés. Celui qui croit en moi sera sauvé.

Une chose est sûre, cette auto-affirmation correspond bien au dogme traditionnel mais jamais, dans les évangiles, Jésus ne s’est ainsi enfermé lui-même dans une doctrine aussi catégorique !
Il y a un passage aussi où Anne Vantal explique que Jésus marche sur l’eau en raison de son origine surnaturelle. Prendre littéralement la marche sur l’eau est fondamentaliste et penser qu’en tant que Fils de Dieu Jésus faisait des prodiges surnaturels est un manque de réflexion historico-critique.

2. Par contre Anne Vantal devrait être beaucoup plus affirmative en ce qui concerne l’opposition théologique entre Jésus et les pharisiens. Ses profanations du sabbat, sa fréquentation des pécheurs « impurs », sa parole sur la cacherout avec la nourriture qui ne souille pas en entrant dans la bouche ainsi que son appréciation sur la foi du centurion et de la femme syrienne qui marque une ouverture de l’alliance de Dieu aux non-juifs, représentent une réforme fondamentale du judaïsme traditionnel qui caractérise depuis 20 siècles le christianisme. Anne Vantal se borne à mentionner l’hypocrisie des pharisiens, ce qui ne rend pas compte de l’importance du ministère de Jésus.

Ceci étant dit, ce charmant petit livre rayonne d’un esprit paisible et souriant que l’on ne peut qu’apprécier !

 


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