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Lyon 1562

capitale protestante

 

Yves Krumenacker, dir.

 

Éditions Olivétan

335 pages 25 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

22 mai 2010

Une histoire religieuse de Lyon à la Renaissance

De 1562 à 1563, pendant plusieurs mois, le consulat – la municipalité de l’époque – est aux mains des protestants. Cette période, bien que courte, laissera des traces dans la topographie urbaine de Lyon jusqu’à nos jours. Le reflux réformé est ensuite rapide et Lyon devient bientôt un des bastions de la Ligue catholique. Il n’empêche que, pendant un moment, la France protestante regarde vers Lyon : elle y tiendra même en 1563, le 4e synode national des Églises réformées sous l’autorité du pasteur Viret, en charge de la communauté lyonnaise depuis 1562.

Ce beau livre abondamment illustré expose la situation sociale et économique de Lyon ainsi que sa vitalité intellectuelle et religieuse avant son étrange et brève période protestante. Il présente le mouvement de la Réforme lyonnaise, parle de Clément Marot et de Théodore de Bèze et de leur publication des Psaumes. C’est une somme de cette époque fort complète. En voici quelques passages. G.C.

 

page 156

A la fin du mois d'avril 1562, le bruit court que des troupes catholiques marchent sur Lyon pour réduire les protestants. Ceux-ci tentent alors un coup de main qui réussit et qui les rend maîtres de la ville dans la nuit du 29 au 30 avril 1562 ; un document, publié au XIXe siècle, précise : « environ 1200 hommes résolus, se réunirent, secrètement, tous en armes dans leur temple de la Guillotière, le soir du 29 avril, après souper, et établirent des postes et corps de garde dans les rues et les principaux endroits de communication ; le tout en grand silence, ne permettant à personne de passer, pour en porter la nouvelle dans les autres quartiers de la ville. Vers l'heure de minuit, le capitaine des protestants, nommé Monsieur de Languille, après les prières faites, partagea sa troupe en deux bandes et donna le signal de l'attaque ». Les réformés cherchent en premier lieu à s'emparer des centres vitaux de la cité. Le quartier du Rhône est isolé, l'hôtel commun - gardé par soixante hommes - est pris et avec lui, les armes de la ville tombent aux mains des insurgés. Places et pont de Saône sont surveillés. À l'aube du 30 avril, seuls le comte de Sault et les quelques chanoines de Saint-Jean qui ne sont pas encore partis résistent pour peu de temps à l'abri des murs de leur cloître. Mais, bombardés par l'artillerie de la ville dont les protestants se sont emparés et abandonnés par les arquebusiers qui se sont ralliés aux réformés, les chanoines de Saint-Jean s'enfuient finalement dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Au matin, le comte de Sault doit capituler devant le ministre Ruffy.

À partir du 5 mai, pour être en mesure de conserver le pouvoir, les protestants lyonnais font appel à l'armée de leur parti, à la tête de laquelle se trouve le baron des Adrets. Le château de Pierre-Scize, dernière défense, tombe le 7 mai. Quant au lieutenant, le comte de Sault, il est maintenu en raison de la fidélité proclamée des protestants envers le roi Charles IX, selon « la fiction qu'il s'agit seulement de le délivrer des Guises qui le retiennent prisonnier ». Face à ces événements, l'absence de réaction de la population catholique est un fait que l'on ne peut s'empêcher de remarquer. Comment les réformés, qui alors ne forment qu'un tiers de la population lyonnaise, ont-ils pu s'emparer de la cité sans rencontrer l'opposition des riverains catholiques ?

Plusieurs points sont à retenir. Rappelons dans un premier temps que l'opération se déroule de nuit ; une grande partie de Lyon est donc en train de dormir. Deuxièmement, le gouverneur - le maréchal de Saint-André - est absent, et son lieutenant le comte de Sault semble plus ou moins acquis aux idées de la Réforme ; leurs actions sont donc limitées. Or c'est principalement grâce à la vigilance du lieutenant Antoine d'Albon que l'occupation a pour la première fois pu être évitée en septembre 1560. Enfin, l'arrivée du baron des Adrets permet aux protestants lyonnais de bénéficier d'un appui militaire non négligeable. En effet, sitôt arrivé, le noble réformé rassemble des troupes pour garantir la sécurité de la ville et contacte les cantons suisses protestants pour obtenir leur aide. Cependant, alors qu'à Grenoble et à Valence, il est considéré comme un véritable sauveur et reçoit le titre de « lieutenant du prince de Condé en l'armée chrétienne rassemblée pour le service de Dieu, la liberté du Roi et de la Reine mère, la conservation comme la grandeur de leurs états, la liberté chrétienne en Dauphiné », à Lyon il n'en est pas de même: sa présence est avant tout requise par les protestants afin de consolider leur emprise sur la ville et surtout de se défendre contre une contre-attaque catholique.

 

page 209

Clément Marot
Les deux premières éditions à Lyon de plusieurs psaumes de Clément Marot datent de 1542 et sont réalisées par l'érudit Étienne Dolet. La première reprend le contenu d'une édition des Trente pseaulmes parue à Paris l'année précédente, mais pour l'inclure dans un volume plus général des Œuvres de Clément Marot. Cette édition parue à Lyon se trouve de ce fait devenir la première dans laquelle sont rassemblés plusieurs psaumes de Marot au sein d'un volume d'Œuvres. En 1543, lorsque Marot aura paraphrasé dix-neuf nouveaux psaumes, Étienne Dolet pourra imprimer une nouvelle édition comprenant cette fois l'intégralité des quarante-neuf psaumes mis en vers par Marot.

 

Portrait de Clément Marot, par Corneille de Lyon

 

La seconde édition Dolet s'inspire d'une autre édition de 1541, parue à Anvers cette fois, et dans laquelle les trente psaumes de Marot voisinent avec des psaumes d'auteurs variés, tels L’Escurel, Faure ou Adel, dont on trouve la trace dans divers recueils de cantiques spirituels réformés antérieurs. Dolet reprend cette édition, mais y ajoute en 1542 les psaumes 26 et 83 (selon la Vulgate), paraphrasés par le grand poète lyonnais Maurice Scève. Cette édition est aujourd'hui devenue extrêmement rare : elle n'est plus connue que par un unique exemplaire, incomplet du titre, conservé à la bibliothèque Vaticane. À partir de 1543, les quarante-neuf psaumes élaborés par Marot seront systématiquement repris dans les éditions des Œuvres circulant en publication lyonnaise ou parisienne.

 

page 222

Le temps du basculement. La paix d'Amboise
Au sortir de la première guerre de Religion, au printemps 1563, Lyon fait alors figure de métropole protestante. Derrière le baron des Adrets puis le seigneur de Soubise, derrière la notabilité réformée contrôlant l'hôtel de ville, derrière un groupe de pasteurs dynamiques (et pour certains comme Pierre Viret, à la réputation bien établie en France comme à l'étranger), les citadins ont de quoi se sentir solidement greffés au parti de Louis de Condé. La paix n'est d'ailleurs pas reçue immédiatement par les autorités municipales au pouvoir. Après tout, la ville n'ayant pas été vaincue, elle continue d'abriter une solide garnison acquise à la cause calviniste, l'ordre confessionnel demeure réformé, le culte catholique n'étant plus toléré en ses murs.
Or la paix d'Amboise, signée le 19 mars 1563 entre la cour et les principaux responsables protestants du royaume, prévoit, au nom de la coexistence pacifique entre les deux confessions, de revenir sur l'ensemble de ces acquis issus de la conjoncture militaire. Les portes de la ville doivent être rouvertes, les habitants désarmés, les garnisons licenciées. De même, l'édit de paix ordonne la restitution de l'ensemble des biens qui ont été confisqués par un parti ou par l'autre au cours de l'année écoulée - et dans le cas de Lyon, les biens catholiques saisis dès le printemps 1562. Au-delà des confiscations individuelles et privées, l'enjeu des restitutions catholiques concerne essentiellement les lieux de culte, églises, couvents, chapelles, oratoires : tout ce qui assure matériellement la visibilité de la vie de foi.
Aux yeux des protestants lyonnais, artisans d'une uniformité religieuse contrainte mais réussie dans la capitale des Gaules durant leur occupation militaire, cela revient à promouvoir le retour des cérémonies papistes que pour la plupart ils abhorrent. En outre, les réformés ayant établi leurs lieux de culte dans les anciennes églises catholiques confisquées, leur restitution implique de redéfinir la géographie lyonnaise des pratiques religieuses calvinistes.

 

page 247

La Saint-Barthélémy à Lyon
À partir de la fin de l'après-midi du 28 août, commence alors le deuxième acte dans le développement de ces massacres : l'emprisonnement préventif des protestants lyonnais décidé par les autorités de la ville. Sur l'avis du conseil municipal, Mandelot interdit aux réformés de quitter leur demeure, pour les préserver de la vindicte populaire. Et dès la nuit, commencent les premières violences à l'encontre de quelques huguenots connus pour leur engagement. Les trois pasteurs de la cité sont immédiatement pris à partie, l'un d'eux trouvant la mort dès cette première nuit de violence. Le consulat avait décidé de placer chacun des pasteurs sous la protection d'un dizenier et de les faire conduire chez le gouverneur, sous le prétexte de leur sécurité. Jacques Langlois, le plus ancien et le plus connu des pasteurs lyonnais, également président du consistoire, est ainsi arraché de sa cachette par l'officier de ville venu l'escorter jusque chez Mandelot. Lescorte est de faible utilité, puisque arrivé au milieu du Pont de Saône, Langlois est assailli par une troupe en maraude, percé de plusieurs coups de hallebardes, ses yeux sont crevés et son corps lacéré, jeté à l'eau. D'autres crimes similaires ont lieu en ville, mais en nombre encore limité, les protestants demeurant barricadés chez eux sur ordre du gouverneur.
[...]
À partir de la fin de la matinée, les processionnaires lyonnais s'installent à l'archevêché et constituent une sorte de tribunal pour entendre les protestants détenus dans le palais épiscopal. Ceux qui acceptent de se convertir (une cinquantaine) sont envoyés aux Célestins, puis rendus à la liberté. Les opiniâtres sont rassemblés dans la cour et passés au fil de l'épée. La nuit venue, la violence se porte sur la prison de Roanne et les tueries systématiques continuent jusqu'au 1er au matin. Cependant le 3 septembre encore, les quelques huguenots qui n'ont pas été arrêtés continuent d'être poursuivis chez eux et par la ville, sur ordre du consulat qui dit leur faire « bonne guerre ». Il y a encore des arrestations au sein de la notabilité protestante le 10 septembre, notamment Jean de La Bessé, Benoît Scève et Georges Renoard. Ils sont libérés et à nouveau arrêtés quelques jours après, sur l'argument qu'ils étaient en train de fomenter un coup de force contre la ville - justification officielle des tueries depuis le 31 août. Enfin, le 4 octobre, Jean de La Bessé et quelques autres sont étranglés dans leur prison, ultimes victimes d'un massacre qui a alors tout perdu de son élan collectif et spontané.

Pour ce qui relève des tueries des 31 août et 1er septembre, de manière quasiment rituelle et sur des modèles observés ailleurs, notamment à Paris, les corps ont été systématiquement jetés dans la Saône après avoir été lardés de coups de couteaux ou de tout type d'arme blanche. Aux yeux de ces catholiques assoiffés de sang, le massacre est un avant-goût des tourments infernaux que vont subir les hérétiques pour l'éternité, envoyés une fois morts au plus profond du fleuve, sous cette chape d'eau que l'imaginaire collectif considère comme le lieu géographique de l'Enfer. En étant les exécuteurs d'une sentence royale appelant selon eux à débarrasser le royaume des huguenots, les citadins lyonnais se sont conformés par leur violence à la justice monarchique prise dans toute sa force répressive. Exécuteurs d'une sentence divine appelant à châtier l'hérétique, ils sont devenus des guerriers de Dieu - pour reprendre l'expression de Denis Crouzet - actualisant dans Lyon les tourments d'un Enfer sorti de leur propre imaginaire et infligé aux réformés.

Voici ce qu'en écrivait un témoin catholique à son frère parisien :
« Monsieur et Frère, nous reçûmes vos lettres du 25e du passé discourant de ce qui s'était passé à Paris mais il y en avait une infinité de lettres en cette ville auparavant. Hier, jour de dimanche, entre trois et quatre heures après midi, [...] quelques-uns de Lyon entrèrent dans les prisons de Monsieur de Lyon et, la, occirent 7 à 8 vingt huguenots et fut fait sans bruit ni émeute. Il n'y avait, entre lesdits prisonniers, de marque, que les deux Frères Vassan, JacquesDorlin, à ce que l'on m'a dit, et un des Grabot. Les deux Frères Darus avaient été tués dès vendredi dernier... »

Le coup porté à l'église réformée lyonnaise est terrible. Certains chroniqueurs protestants qui rapportent ces événements évaluent les victimes à 3000 morts, d'autres à 1800...

 

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