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De quoi le monde et l’Église

ont-ils besoin ?

 

La théologie du Saint Esprit peut guérir l’opposition du séculier et du religieux

 

Graham Tomlin

doyen du collège St Mellitus de Londres

 

Church Times du 7 mai 2010

 

17 mai 2010

De quelle théologie avons-nous besoin au 21e siècle ? Peut-être plus que tout, d’une théologie du Saint Esprit. L’Esprit dont on disait qu’il est « la personne oubliée de la Trinité » est l’objet depuis 40 ans d’une quantité de réflexions chez les théologiens protestants, catholiques, orthodoxes et pentecôtistes ainsi que dans la vie même des Églises.
Karl Barth rêvait, à la fin de sa vie d’une théologie centrée sur le Saint Esprit plutôt que sur le Christ mais, comme Moïse, il ne put la contempler que de loin !

Il est maintenant temps d’imaginer les réponses qu’une telle théologie pourrait proposer aux crises que traversent l’Église et le monde. Le monde d’aujourd'hui a désespérément besoin d’unité et de cohésion alors qu’il souffre de la fragmentation de l’ex-bloc soviétique depuis les années 1990, des conflits religieux provoqués notamment par l’islamisme militant et de l’écart qui s’aggrave entre riches et pauvres. La solution ne se trouve certainement pas dans la recherche illusoire de valeurs communes, introuvables dans un monde pluraliste comme le nôtre, mais dans un esprit commun fraternel, pacifique, tissé de patience et de compassion mutuelle, œuvre de l’Esprit saint.

L’Esprit saint est, pour les chrétiens, la source de toute unité et de toute cohésion. Presque tous les services chrétiens évoquent « la communion du Saint Esprit, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ et l’amour de Dieu le Père ». Le Nouveau Testament décrit l’action de l’Esprit comme la transfiguration du chaos en une unité pluriforme et c’est précisément ce dont le monde et l’Église ont besoin.

 

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Il y a aussi la crise écologique. Le naturaliste David Attenborough disait récemment : « Je n’ai plus aucun doute. Je pense que le changement climatique et le plus grand défi que le monde doit affronter aujourd'hui ». Et justement la Bible dit que « l’Esprit de Dieu plane sur la création » (Genèse 1.2) et « renouvelle la face de la terre » (Psaume 104.30).
L’expérience de l’Esprit est comme les arrhes, un avant-goût, la primeur de la nouvelle création qui sera un jour réalisée.

L’affirmation hardie du christianisme est que le Saint Esprit est l’espoir de l'avenir de la terre, que nous ne sommes pas seuls à nous efforcer de sauver la planète mais que nous œuvrons en union avec l’Esprit de Dieu qui donne à la terre souffrante la vie et la force de vivre dont elle a besoin.

Quant à l’Église elle a aussi grandement besoin, du moins en Europe occidentale, d’un nouveau départ. Elle est victime de scandales, de conflits éthiques et théologiques et rencontre un déclin numérique. Pour connaître une chance de renouveau il lui faut recevoir le souffle de l’Esprit. Un grand souffle qui dépasse les frontières étroites du charismatisme actuel et qui la vivifie dans toutes ses structures et renouvelle toutes ses traditions.

Rowan Williams, l’archevêque de Cantorbéry disait récemment : « le Corps du Christ ne sera restauré que par l’œuvre de l’Esprit et non par les initiatives ou les déclarations d’un groupe ou d’une personne ». L’Église a besoin du souffle frais de l’Esprit.

 

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La théologie a, elle aussi, besoin de l’Esprit. Les études de théologie peuvent se faire arides et étroites d’esprit, ce qui n’est pas le cas de la théologie faite dans l’Esprit, comme celle des Pères de l’Église grecs, par exemple : Au lieu de n’être qu’un objet de réflexion théorique, l’Esprit engage, implique le théologien, l’unit à Dieu et aux hommes. Le dogme abstrait fait place à une union intime de vie et d’amour au cœur de la Trinité en une théologie renouvelée. La théologie de l’Esprit touche au cœur en même temps qu’à l’esprit.

Jürgen Moltmann a écrit : « La relation de l’Église à l’Esprit est celle de l’épiclèse, de l’invocation et de l’ouverture permanente à l’Esprit qui donne la fraternité et rend la vie réellement digne d’être vécue. » C’est exactement ce dont l’Église et le monde ont aujourd'hui besoin.
Ce mois-ci les professeurs Jürgen Moltmann, Miroslav Volf, David Ford et l’archevêque Rowan Williams sont invités à prendre la parole à une conférence sur « le Saint Esprit dans le monde d’aujourd’hui » à l’église de la Holy Trinity de Brompton. C’est un signe de l’importance de ce sujet pour l’avenir. C’est un exemple de la convergence grandissante d’une vie d’Église dynamique et de la réflexion théologique.

Une telle réflexion centrée à la fois sur le riche héritage de la théologie chrétienne de l’Esprit et sur l’expérience la vie de l’Esprit dans l’Église et dans le monde a la capacité de permettre une approche chrétienne plus holistique et dynamique du monde contemporain.

La pneumatologie sera-t-elle la théologie du 21e siècle ?

 

Traduction Gilles Castelnau

 
 


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