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J'ai entendu un arbre qui parlait

 

Jim Burklo

pasteur de l'Église Unie du Christ (United Church of Christ)
à l'Université de Californie du Sud

 

10 septembre 2009

J’ai entendu un arbre qui parlait, dans une rue, à Berkeley. Il avait une voie aiguë et plaintive. Je me suis arrêté pour prêter l’oreille et j’ai vu, dans un trou du bois, un petit oiseau qui sortait la tête et s’envolait. J’ai entendu ses petits qui nichaient à l’intérieur du trou et qui appelaient doucement.
Je me suis dit que si la voix que j’avais entendue était celle d’oiseaux qui nichaient dans une cavité du tronc, il n’en demeurait pas moins que l’arbre avait une voix.
Il y avait eu une branche à cet endroit du tronc. Elle était tombée ou on l’avait coupée et dans la cicatrice un trou s’était formé et les oiseaux y faisaient très bien leur nid.

En quoi ma propre voix était-elle différente de celle de l’arbre ? Mon corps est un écosystème composé de diverses cellules de formes et de fonctions très différentes. Un ensemble de cellules a son habitat dans mon larynx et permet à une voix de s’en échapper. Ces cellules ont leur place dans ma gorge comme les pinsons dans le tronc du sycomore.
L’être que je nomme « moi » est un assemblage de milliards d’êtres vivants dont aucun n’a la moindre idée de faire partie de moi. Chaque cellule « fait son nid » en symbiose au milieu des autres.

Je suis pasteur d’une paroisse dont je fais partie en interdépendance. Nos voix s’unissent en une voix unique que les passants entendent le dimanche matin à travers les portes ouvertes de notre temple. Ces portes sont en bois et donnent en quelque sorte une voix aux arbres qui les ont constituées.
Je suis, bien sûr, conscient d’appartenir à un plus vaste ensemble qui est la race humaine. J’ajoute une petite voix à une très grande voix dont je ne comprend pas plus la parole que les petits oiseaux ne pouvaient comprendre qu’ils faisaient partie de la grande voix de l’arbre.

Mais qui sait si en écoutant parler un sycomore je pourrais arriver un jour à entendre la grande voix de l’humanité à laquelle j’appartiens. Que dit l’humanité ? Et disons-nous d'ailleurs vraiment ce que nous souhaitons exprimer ?

Et surtout, en écoutant la voix d’un arbre, il se pourrait que, pour un fugitif instant, j’entende la voix de Celui dans la bouche duquel la grande voix de l’humanité n’est qu’une minuscule vibration, pas plus grande que le pépiement des oisillons.

Le christianisme libéral nous apprend à écouter la voix des arbres.

 

 

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