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Spiritualité libérale ou orthodoxie illusoire

 

Progressive Faith vs. the Illusion of Control

 

Fred Plumer

pasteur de l’Église Unie du Christ
Irvine, Californie, États-Unis
président de
The Center for a Progressive Christianity

 

La « progressive faith » que nous traduisons pas «  foi libérale » ou « ouverte » est celle du réseau TCPC fondé par Jim Adams et dont Fred Plumer est actuellement président. Voir en France le mouvement libéral et le mensuel Évangile et Liberté

 

22 août 2009

Je n’a jamais considéré la spiritualité libérale comme une réponse à la droite religieuse, au conservatisme, à l’orthodoxie doctrinale. Depuis le début de mes études de théologie,j’ai toujours pensé que la spiritualité libérale est une réponse à la vérité divine révélée par Jésus, par les prophètes et les autres maîtres inspirés. Elle est une réponse au lent dévoilement des secrets de l’univers, à notre connaissance de la création si impressionnante si souvent énigmatique.
Elle est une réponse à la science actuelle qui fait prodigieusement progresser notre connaissance des temps bibliques, du Jésus historique et du développement général des religions.
J’ai toujours considéré la spiritualité libérale comme étant une réponse et aussi une recherche de la vérité.
« Progressive » signifie par définition « progresser », ce qui implique évidemment un changement, une révision de nos idées. Et ceci est rarement facile, surtout quand il s’agit du domaine sacré et de nos âmes.

La vérité est que le mouvement chrétien - qu’on appelle maintenant Église - a toujours été « progressiste » (libéral). Jésus et ceux qui l’ont suivi ont toujours été des acteurs de changement et c’est ce qui leur a toujours provoqué des problèmes.
Marc nous rapporte que Jésus a délibérément transgressé la loi sacrée du sabbat en disant : « le sabbat a été fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat ». On a aujourd’hui de la peine à prendre conscience du scandale que cette attitude a dû provoquer à l’époque. On peut en avoir une idée en pensant à la réaction que provoquerait une rupture du sabbat de nos jours en Israël.
Jésus guérissait le jour du sabbat, il mangeait avec ceux qui étaient considérés comme impurs, il affrontait les autorités et les puissants de la société de son temps et les responsables religieux. Il disait qu’il fallait changer les traditions religieuses de son peuple dans la mesure où elles étaient injustes et oppressives envers les exclus et ceux qu’elles marginalisaient.

J’ai de la peine à comprendre comment de bons biblistes fondamentalistes ne s’en rendent pas compte. Je souris par exemple tristement lorsque de bons chrétiens me disent à quel point ils souffrent pour les homosexuels mais, hélas, que peuvent-ils faire d’autre ? : « Vous savez bien ce que dit la Bible ! ».
Eh bien voici ce que me dit la Bible : Quand une loi est injuste ou oppressive pour une minorité, qu’elle vienne de Moïse ou d’un quelconque prêtre du Lévitique, cette loi doit être ignorée ou changée. C’est ce qu’a fait Jésus et il l’a fait jusqu’à la mort. Et c’est ce que l’Église qui veut rester fidèle à Jésus de Nazareth doit faire. Je ne vois pas comment on peut lire la Bible autrement.

Mais quand on s’oppose ainsi à une tradition d’une sorte ou d’une autre, on se met soi-même en difficulté et si la chose est importante, les conséquences peuvent en être vraiment dangereuses.
Même Paul a eu, pour son temps, une théologie progressiste - au sens où je l’entends. Dans sa lettre aux Galates, il déclare qu’en tant que chrétiens nous ne sommes plus esclaves de la loi mais esclaves de l’amour, ce qui est une prise de position choquante et vraiment progressiste pour un juif.
La première Église est réputée pour sa grande diversité des interprétations du ministère de Jésus, dont certaines seulement apparaissent dans les évangiles que nous connaissons aujourd’hui. Tout au long de son histoire, des théologiens progressistes bien connus, savants, hommes de foi, ont développé des conceptions différentes de celles de l’Église officielle.

Malheureusement, la plupart d’entre eux ont été traités d’hérétiques, emprisonnés, mis à mort ou forcés d’abjurer. Malheureusement aussi leur idées et leurs récits ont fréquemment été cachés ou détruits. L’évêque Arius, au 3e siècle, Maître Eckhart au 14e siècle et D.F.Strauss au 19e siècle en sont quelques exemples, parmi des dizaines. (note de GC. Un auteur européen aurait sans doute cité également Pierre Valdo, Jean Huss, John Wyclif, au 19e siècle Alfred Loisy, Ernest Renan, au 20e Eugen Drewermann, Jacques Pohier, Louis Evely…).
Nous rencontrons aujourd’hui la même hostilité que nos prédécesseurs.

La question est : comment concevons-nous la croyance, le savoir, la foi ?
Le théologien Karl Rahner, longtemps avant la physique quantique et la découverte des trous noirs,  a écrit : « ce que nous appelons couramment le savoir, n’est qu’un petit îlot dans un océan inexploré... Et la question se pose : que préférons-nous, le petit îlot de prétendu savoir ou l’océan de l’infini mystère ? »
Il est bien plus facile et certainement plus confortable de s’en tenir au petit îlot de savoir et d’y être un savant réputé que de s’aventurer dans l’océan inconnu.

Les deux sociologues I. Mitroff et W. Bennis ont écrit en 1989 The Unreality Industry (l’Industrie de l’irréel). Leur idée est que « la dialectique fondamentale de notre temps est entre la réalité et l’irréel d’autant plus que nous avons désormais le pouvoir de les promouvoir l’une comme l’autre ».
Les hommes, disent les deux sociologues, créent des « réalités de substitution » car le monde est devenu si complexe « qu’aucune personne ni aucune institution ne peut plus le comprendre vraiment ni le contrôler... Si les hommes ne peuvent pas contrôler les réalités, ils vont inventer de fausses réalités qu’ils auront ainsi l’illusion de contrôler ».
La question est de savoir, disent-ils, si nous aurons le courage d’affronter honnêtement les réalités complexes que nous sommes capables de créer et de découvrir, ou nous détournerons-nous de la réalité et investirons-nous notre énergie dans la dénégation de la réalité ?

Je me demande si l’on peut appliquer à la religion les idées de ces deux scientifiques. Y a-t-il un rapport avec la religion et notamment le mouvement fondamentaliste d’aujourd’hui ?
Une foi progressiste, libérale entend bien discuter et critiquer les principes et les a priori sur lesquels elle est basée. Elle ne craint pas de poser les questions difficiles et admet le doute.
Je sais bien que si l’on pose une question à Dieu - ou à la divinité - on ne reçoit pas toujours une réponse claire mais on peut être conduit à la trouver soi-même. C’est souvent la crainte que j’ai de ne pas avoir de réponse qui m’empêche de la découvrir.
Comme le disent Bennis et Mitroff, la plupart d’entre nous est mal à l’aise devant l’inconnu et les mystères de sorte que nous élaborons des fausses réalités pour boucher les trous. On a besoin de se savoir fondé sur des bases solides.

C’est peut-être pour cela que l’on a si peur des tremblements de terre. Ceux-ci ont fait dans le passé moins de dommages et de victimes que les ouragans, les inondations ou les tempêtes. J’ai passé presque toute ma vie en Californie et je serais incapable de dire le nombre de fois où on m’a dit : « comment pouvez-vous vivre en Californie avec tous ces tremblements de terre ? ». Les ouragans et les tornades viennent du ciel et les inondations de l’eau. Mais les tremblements de terre sont le sol sur lequel nous nous tenons qui s’avère brusquement fragile.
Et aujourd’hui où nous vivons dans un monde aux multiples cultures, à l’économie mondialisée, aux trous noirs, à la physique quantique et quand on nous dit qu’il n’existe réellement ni espace ni temps, on peut se sentir vraiment vulnérable. Comment savoir ce qui est vraiment solide sous nos pieds ? On peut comprendre que des gens souhaitent se donner des idées simples et assurées. On n’est guère sécurisé par une religion, une spiritualité libérale, qui met en question jusqu’au sol sur lequel nous pensions pouvoir compter.

Il est toujours plus facile d’éviter les questions et les doutes. Il est plus facile d’ignorer la vérité si celle-ci nous montre que nous devrions changer. Il est souvent plus facile de ne rien vouloir bouleverser.
La spiritualité libérale est comme le ski. Certains l’aiment beaucoup alors que d’autres craignent, dans la descente, l’impression de ne pas pouvoir contrôler leur aplomb alors que le sol qui défile sous eux. Se pourrait-il que le mystère de Dieu ressemble à l’équilibre toujours mouvant et toujours retrouvé du skieur émérite ?
Nous vivons une période excitante. Je suis convaincu que si nous suivons l’exemple de Jésus, que nous abandonnons notre besoin de dogmes et d’orthodoxie doctrinale et que nous nous accoutumons à suivre la mouvance de l’Esprit, nous vivons alors l’expérience tonique et vivifiante de plonger dans la « mer du mystère infini ».
La spiritualité libérale fait peut-être peur, mais elle est excitante.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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