Libre opinion
Fondamentalisme
et déclin du
christianisme
Fundamentalism
and the Decline of Christianity
Jim Adams
20 avril 2005
La couverture du « New York
Times Magazine » du
27 mars dernier montrait une
« méga-église » nommée « Radiant » (resplendissante), qui fait partie des
Assemblées de Dieu (pentecôtiste) dans la ville de
Surprise, à 45 minutes de voiture de Phoenix,
Arizona.
Le pasteur Lee McFarland a fondé
cette Église en 1996 et la participation au culte du
dimanche est déjà de 5000 personnes.
Est-ce impressionnant ?
Certainement. Tout au moins jusqu'au
moment où on commence à se demander quelle
réputation une telle entreprise donne au christianisme dans la
ville de Surprise. On ne se rend pas toujours compte du prix auquel
se payent les succès du fondamentalisme : la perte de
toute crédibilité aux yeux des gens qui tiennent
à penser par eux-mêmes.
Et ce qui arrive à Surprise en est un exemple frappant.
Le journaliste du New York Times
Magazine auteur de l'article en
question, note qu'il y a 27 autres églises dans la ville
de Surprise, qui compte 80 000 habitants, et, dit-il,
« aucune d'entre elles ne
se développe autant que la paroisse de
"Radiant" ».
Il ne donne pas les chiffre
- peut-être ne sont-ils pas connus - mais on peut
essayer de les reconstituer.
La moitié des Églises
américaines comptent moins de
100 membres inscrits. Les « grandes » Églises, qui en ont plus de 400 ne
représentent que 10 % du total. Néanmoins, pour
les besoins du calcul, accordons aux 27 Églises de
Surprise le bénéfice du doute et supposons-leur une
assistance de 500 membres chacune. Soit au total
13 500 membres. Avec les 5000 membres de
« Radiant », cela fait donc au maximum 18 500 membres
pour toute la ville.
Cela signifie donc qu'au moins 73 % des habitants de Surprise ne
dépendent d'aucune Église.
Les Églises de la ville
auraient-elles plus de succès
si « Radiant » ne donnait pas au christianisme la réputation
d'être anti-intellectuel, anti-scientifique, anti-homosexuel,
anti-choix pour les problèmes comme l'euthanasie ou
l'IVG ? Bien sûr, en l'absence de sondage précis
sur cette question, on ne peut rien affirmer. Il n'en demeure pas
moins que les statistiques du Conseil des Églises
chrétiennes, qui sont confirmées par divers sondages,
démontrent que le nombre des Assemblées de Dieu
pentecôtistes et des Baptistes du Sud augmentent rapidement
depuis la seconde moitié du XXe siècle, alors
que toutes les autres Églises ont considérablement
diminué. Mais le chiffres le plus frappant est celui des sans
Église.
En 1952, les sondages
annonçaient que 2 %
seulement de la population se déclarait sans religion.
En 1990, le pourcentage était de 10 %.
En 2001, selon une étude de l'université de la
ville de New York, 19 %. Et le pourcentage de personnes se
déclarant membres d'une Église était
passé en 10 ans de 86 %
à 77 %.
Je sais bien qu'il faut se
méfier de l'argument
« post hoc ergo propter
hoc » (après ceci,
donc à cause de ceci). Je ne dirai donc pas que ces chiffres
sont la preuve certaine que le déclin du christianisme
américain est provoqué par les succès du
fondamentalisme.
Néanmoins je suis
convaincu que dans l'esprit de la
plupart des gens qui lisent les journaux et les magazines, le nom de
« chrétien » est désormais synonyme de conservatisme. Il y
a à peine plus d'une génération, la plupart des
dictionnaires décrivaient une personne « chrétienne » comme humaniste et de respectable ; alors
qu'aujourd'hui ce même mot connote l'idée
d'étroitesse d'esprit, de prétention et de bigoterie.
Rien de très attirant pour nos contemporains.
Il est vrai qu'on ne peut plus utiliser le
nom de « chrétien » sans lui adjoindre un adjectif qui l'explicite,
comme par exemple « chrétien
libéral ». Et
même ce faisant, on a toutes les peines du monde à
convaincre les sceptiques que l'on ne fait pas partie de cette Droite
religieuse dont on parle dans la presse.
Qu'y a-t-il dès lors
d'étonnant à ce que le
nombre des Américains qui acceptent de se dire « chrétiens » sont en diminution constante ?
Traduction Gilles
Castelnau
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