Libre opinion
La Bible
l’Ancien Testament
la Genèse, 1ère partie.

Adaptation Jean-Christophe Camus, Michel Dufranne.
Edition Delcourt
19 janvier 2009
Il est certainement très bien de traduire la Bible en bandes dessinées. C’est attrayant et agréable à lire. Cela plait aux enfants et… aux adultes.
Ce beau livre notamment en est un bon exemple. Les images sont très belles, colorées, fort bien dessinées.
Mais on doit absolument se poser la question de l’idéologie sous-jacente qui animait les scénaristes.
On sait parfaitement aujourd’hui décrypter les anciens mythes bibliques qui ont pour but de transmettre aux hommes les questions fondamentales posées par la Présence de Dieu.
Adam et Ève ne sont pas des personnages historiques qu’un observateur présent « à leur époque » dans le « jardin d’Eden » aurait pu rencontrer. Ils sont l’image de l’homme aimé et infidèle que nous sommes tous. Ce n’est certainement pas l’histoire d’une misérable pomme mais celle de tous les « fruits défendus » détaillés dans la Loi de Moïse dont les préceptes suivent.
La pomme et le pommier si bien dessinés, le « réalisme » du serpent et de l’ensemble de la scène détournent évidemment l’attention du lecteur du sens profond de ce récit et laisse croire à une historiette pour enfants à laquelle on ne peut attacher aucune vraisemblance.
Sauf naturellement si on prend pour vérité historique ce récit comme tendent à le faire les fondamentalistes avec toutes les erreurs de sens auxquelles mènent cet exercice :
La conception de Dieu qui en ressort est celle d’une divinité ombrageuse et susceptible faisant basculer le monde entier dans le malheur de la « Chute » pour une simple « pomme » dérobée. On sait bien que la réalité d’un âge d’or initial et parfait n’est que fiction imaginaire et nous avons compris depuis Darwin entre autres, que la création évolue et se complexifie continuellement,
On remarque d’autre part que lorsque le texte biblique devient non crédible, les dessinateurs - qui prétendent pourtant lui être fidèle - le modifient afin de le rendre plausible. Ainsi le récit biblique de la création du monde mentionne la coupole (le « firmament ») séparant les « eaux supérieures » et les « eaux inférieures ». Une telle image de la Terre étant impensable aujourd'hui, le dessinateur a jugé nécessaire de représenter plutôt une mer agitée qui lui paraissait plus acceptable.
Il aurait pourtant été plus simple et plus conforme à la vérité de dessiner cette « coupole » d’une manière telle que le lecteur moderne comprenne qu’il s’agissait évidemment d’une conception antique périmée.
Ainsi également les animaux de la mer, créés le 5e jour, poissons et charmants dauphins. Les « grands monstres » soigneusement mentionnés par le texte biblique ne sont pas représentés. Sans doute le dessinateur a-t-il pensé, ici encore, qu’il valait mieux ne pas éveiller l’esprit critique du lecteur qui sait bien que de tels « monstres » n’ont jamais existé afin de conserver toute sa « crédibilité » au récit antique. Là encore l’honnêteté est oubliée au profit d’une lecture fondamentaliste qui ne peut subsister par elle-même.
Ainsi de la mention de la création de l’homme : « homme et femme il les créa » où le dessinateur a préféré ignorer la femme et ne représenter que l’homme seul. En effet le second récit de la création décrit la naissance d’Ève à partir d’une côte d’Adam et les scénaristes, qui, pour des raisons qu leur sont propres, entendent présenter le 2e récit comme la simple continuation du premier, trouvaientt évidemment contradictoire d’admettre que la femme existait « déjà ». Il valait mieux corriger la Bible pour la rendre crédible !
Tout ceci pour dire que si vous mettez ce beau livre dans les mains de vos enfants, il sera nécessaire de vous reporter constamment au véritable texte biblique afin de leur faire remarquer qu’en réalité la Bible n’est pas aussi stupide qu’on aurait pu le penser !