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La perdition éternelle

est une allégorie

dépassée et inaudible

 

François Clavairoly

pasteur de l'Église réformée de France

 

Article paru dans l'hebdomadaire protestant Réforme
du 17 février 2011

 

11 février 2011

L'intérêt pour l'enfer est dérisoire, eu égard aux situations d'extrême détresse et aux réalités terrifiantes que connaissent ici et là nos contemporains, y compris de tous ceux dont la souffrance est invisible, psychique, spirituelle...

Un intérêt anachronique, aussi, quand une certaine prédication contemporaine s'inspirant de l'Évangile, reprend à son compte sans aucun esprit critique la cosmographie des temps anciens, avec des noms de lieux étranges qu'il faut savoir déchiffrer pour en comprendre le sens: le Shéol, l'Hadès, le Tartar ( 1 ) la Géhenne, l'étang de feu, la fournaise ou les ténèbres extérieures...

 

L'obscurantisme au secours de l'enfer

 

Une prédication qui rappelle sans rire qu'à l'amour de Dieu correspondent, pour ceux qui voudraient s'y soustraire par des actes mauvais ou des pensées perverses, l'enfer et la damnation éternelle : du côté catholique, on écrit par exemple que « c'est une vérité de foi qu'aux deux voies entre lesquelles tout homme doit normalement choisir, celle du bien et celle du mal, correspondent dans l'au-delà deux termes qui apparaissent comme une double sanction : le ciel ou la peine éternelle » ( 2 ) ; et, du côté évangélique, on ne dit rien d'autre, en substance, si ce n'est qu'en « chauffant l'enfer » par des sermons inquiétants qui en valorisent la menace, et à force de citations bibliques accumulées et déliées de leur contexte, on prépare la solution qui n'est autre que l'appel infernal à une prompte repentance.

Qui craint l'enfer, vraiment, aujourd'hui, et qui, sérieusement, tremble, chaque jour, chaque nuit, à l'idée de s'y trouver précipité ? Ces conceptions anciennes, conservées comme telles, ne sont-elles pas un peu comme des monnaies qui n'ont plus cours mais que s'obstineraient pourtant à s'échanger quelques collectionneurs et quelques amateurs ? N'y a-t-il pas là, dans ce type de discours, une prédication séduisante mais démonétisée et, au lieu d'une bonne nouvelle, la répétition effrénée et pathétique d'une langue morte ?

La cosmologie biblique - d'inspiration à la fois babylonienne et grecque - ne peut pas être utilisée sans discernement critique dans la prédication chrétienne comme si rien ne s'était passé depuis, dans l'histoire des civilisations, et comme si la science, la philosophie, la psychanalyse et la théologie n'avaient en rien modifié notre compréhension de soi et notre vision du monde.

Heureusement, déjà, les pères de l'Église ne se laissaient pas séduire par une compréhension littérale de ces mots, car ils évoquaient dans leurs écrits le feu inextinguible de l'enfer comme une métaphore des remords infinis de l'âme pécheresse. Et la description de ce feu métaphorique (Clément d'Alexandrie, Origène, Ambroise, Jérôme, Grégoire de Nysse...), même redoublé et aggravé par la peine du dam, était assumée par eux dans un parcours de langage difficile qui tentait de rendre compte d'une belle espérance : l'espérance que l'homme et le mal, dans leurs plus noirs desseins, n'empêcheront jamais ce que désire Dieu ni ne mettront en péril sa Création.

Ainsi, les méchants et le mal dont on avait peine, comme aujourd'hui encore, à trouver l'origine et la cause, et dont on ne savait pas que faire, se voyaient enfin attribuer une place quelque part : en enfer, en des zones souterraines - afin de n'être jamais plus un danger pour la création et la poursuite du projet de Dieu.

 

Dante et Bosch

 

De même, la mise en récit de Dante, au Moyen Âge, avec ses descriptions hallucinées, ou encore la peinture troublante de Bosch, un peu plus tard, ne s'arrêteront ni l'une ni l'autre à la présentation fascinante d'un tableau des peines et des châtiments comme pour s'y complaire ou pour s'en effrayer, mais tenteront de nous dire, en revanche, que le monde, malgré tout, ne disparaîtra pas à cause du mal, car le mal est, en quelque sorte, contenu, circonscrit en ce lieu fabuleux, et parce que, en Christ, l'enfer, comme dira sobrement Calvin, plus tard encore, se trouve « enferré » ( 3 ).

Tout le contraire, chez ces témoins de la foi, d'une vision pessimiste du monde et d'une compréhension menaçante de Dieu !

Et nous n'admettrions pas que tout le message biblique, de la Genèse à l'Apocalypse, parle d'un Dieu qui, sans jamais se lasser, part et court même à la recherche de ses enfants perdus ?

Et nous refuserions de croire que la Bible est cette immense fable aux accents de vérité qui rappelle l'aventure des hommes, des hommes assurés d'être aimés et pardonnés, alors même qu'ils savent bien, ces méchants et ces mauvais, qu'ils ne sont ni aimables ni pardonnables ?

 

Le pauvre Lazare et le fils prodigue

 

Deux récits, parmi tant d'autres, nous redisent tout cela avec force et douceur, le récit du riche et de Lazare tout d'abord ( 4 ), la parabole du fils prodigue ( 5 ), ensuite.

Le premier nous rappelle que nous n'avons qu'une vie, et qu'il est temps d'ouvrir la porte au frère Lazare, notre prochain, pour ressusciter la vie avec lui et lui éviter un enfer sur terre : Abraham, Moïse et les prophètes nous l'ont tant demandé, et depuis si longtemps, et il faudrait être sourd pour ne pas avoir entendu leurs appels à la fraternité.

L'autre nous parle d'un père qui va perdre ses deux fils, le cadet parce qu'il ne supporte plus la maison, invivable, l'aîné parce qu'il en est prisonnier.

Ce père accueille pourtant le cadet qui ne revient que pour manger, et il le pardonne avant même qu'il ne mente maladroitement sa fausse confession des péchés motivée par la faim. Et puis il sort de la maison pour réconcilier l'autre, jaloux et en colère, au bord de la violence.

L'un et l'autre fils, aux attitudes inqualifiables, reçoivent alors de leur père un message positif, non pas une menace ni même la promesse d'une sanction. Ils sont placés l'un et l'autre devant la possibilité d'un recommencement, « parés » pour une nouvelle histoire... ni au « paradis », ni en « enfer », mais prêts à découvrir une autre vie, ici, un bonheur, « le royaume », comme dit Jésus à ses amis, et la promesse d'un monde recréé.

Au diable, donc, l'enfer !

Et d'ailleurs qu'il reste fermé.

Car il est vide, depuis que Christ y est allé, lui seul, qu'il en est revenu, lui seul, et que lui seul en possède les clefs  ( 6 ).

 

 

_____________________________________

 

( 1 ) P 2.4

( 2 ) Cf. Catholicisme, Encyclopédie, t. 4. P. 169-187

( 3 ) Préface au Nouveau Testament de la Bible d’Olivétan, 1535. « Par lui (Jésus-Christ) vengeance est vengée, tourment tourmenté, damnation damnée, abîme abîmé, enfer enferré, mort morte… Bref, miséricorde a englouti toute misère et bonté toute malheureté… »

( 4 ) Luc 16.19-31. Cf. aussi dans le même esprit Matthieu 8.5-13

( 5 ) Luc 15.11-32

( 6 ) Apocalypse 1.18. Et Apo. 12, cœur du message et bonne nouvelle puisque le diable est vaincu dans un combat céleste remporté par l'ange Michel, combat dont l'enjeu est là encore là Création elle-même.

 


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