Libre opinion
Le royaume de
Dieu
pasteur Jean
Hoibian
2 juillet 2008
Les cieux ? un ailleurs, un lieu hors de portée
humaine, un lieu où je ne
suis pas, dans ce lieu ai-je une place ?
Dans ce lieu très
éloigné du monde, serai-je autorisé à
entrer ? à séjourner ? sous quelles
conditions ?
Mystère de ce royaume, nommé
par ailleurs : Eoyaume de Dieu.
Dieu. Un autre très grand
mystère !
Quel Dieu ? l'être
divin,indéfinissable, tout-puissant, Maître de
l'univers, Saint, Unique, que je ne peux que craindre, car totalement
différent de l'humain ?
Dieu, un roi, un souverain ? Mais nous
sommes en république !
Je n'ai nulle envie d'être soumis
(islam) à un Dieu seigneur et maître.
Dans la Bible, je trouve plusieurs figures
de Dieu.
Dès les premiers récits de
l'Ancien Testament, Dieu est l'initiateur d'une alliance. C'est lui
qui révèle à l'humain sa proximité. Il
n'est pas bien défini par : « les cieux ». Certes il reste redoutable par son
altérité, mais il n'est pas une divinité
immuable, immobile, qui juge l'homme comme il gère toute
parcelle de vie dans le cosmos.
L'alliance de Dieu avec
l'homme est définitivement
confirmée dans les ouvrages du Nouveau Testament.
Le Dieu révélé par le
Christ-Jésus est une puissance d'amour et de
miséricorde. Jésus proclame deux bonnes
nouvelles : nous sommes les alliés de Dieu, de sa seule
initiative. Désormais nous ne serons jamais plus seuls, dans
l'angoisse de nos impuissance et de nos échecs.
Je n'apporte rien dans cette alliance, sinon
mon acceptation et ma reconnaissance. Alléluia !
Notre vie peut s'ancrer dans les paroles de
cet allié puissant et bon.
Seconde bonne
nouvelle : Dieu n'est pas
absent de la terre. Le situer « dans les
cieux », c'est mal
percevoir le lieu privilégié de son existence. Dieu est
dans le monde, Il est dans toute vie humaine. Dieu c'est notre
répondant, l'enveloppe de notre « moi », le souffle de vie qui sous-tend notre existence,
celui qui nous « entoure
par derrière et par devant ».
Nous avons acquis ces assurances par la vie
exemplaire de Jésus.
Cet homme a parlé et agi comme aucun
autre être humain ne l'a fait, ni ne le fera. Jésus
« le Fils de
l'homme » a pleinement
joué le jeu de l'alliance avec Dieu, qu'il appelait son
père, et dont on peut dire qu'il est devenu le fils
adoptif.
Et ce Jésus parle du roi divin et de
son royaume. Il a prétendu être le premier sujet de ce
roi, si proche et si autre. Et dépassant les
réalités orgueilleuses et tyranniques des royaumes
humains, Jésus évoque le royaume de Dieu comme un
état de paix, de joie, de bonheur et de justice !
Toute l'aspiration humaine depuis la nuit
des temps se trouverait réalisée...
Le royaume ? un autre monde, une autre
terre, une autre vie pour tous !
Alors, pour accéder à cet
autre monde, le sage, l'homme éveillé, dit
Jésus, doit tout lâcher, tout quitter, faire le saut
ultime, en tournant le dos à son ancienne vie faite
d'aliénations et d'erreurs mortelles.
Là, se trouve ouverte la porte de la
plus funeste erreur de la foi.
L'apôtre Paul qui n'avait pas
vécu avec Jésus, est
devenu, suite à une vision foudroyante un irremplaçable
propagandiste de la foi. Mais de quelle foi était-il
animé ? Il ne connaissait les paroles et les actes de
Jésus que par la tradition orale. Les évangiles
n'avaient pas encore été rédigés et
publiés. Paul a reçu du souffle divin la conviction que
ce Jésus était le Christ, le Messie. S'appuyant sur les
livres de l'ancienne alliance, Paul donne à la mort et
à la résurrection de Jésus, les fondements de
toute vie chrétienne. Et cette vie dont il rêve pour lui
et pour les autres est entièrement polarisée sur la
personne du Christ. « Ce n'est plus moi qui vis, dit-il, c'est
Christ qui vit en moi ».
Le but de toute vie chrétienne c'est d'imiter l'envoyé
de Dieu. Et comme c'est impossible : « je fais le
mal que je déteste... », Paul annonce la
grâce : Dieu nous pardonne gratuitement de ne pas faire sa
volonté.
Nous devons vivre dans la vigilance et dans
la prière, afin de nous rapprocher de la vie idéale de
Jésus, pour accéder à notre mort au royaume
éternel de Dieu.
Il me semble que pour Paul, la vie terrestre
n'a pas beaucoup d'importance. Il exprime sa hâte de mourir
pour rencontrer le Christ dans sa gloire.
Paul a-t-il compris l'incarnation comme
valorisation de la vie humaine ?
A-t-il saisi la vision utopiste et lumineuse
du Fils de l'homme : une autre manière de vivre !
d'autres valeurs que les préceptes rigoureux du
légalisme juif ! des rapports humains, nourris,
imprégnés, d'un contact permanent avec le
Vivant !
Le royaume de Dieu hic et nunc, ici et
maintenant ! Envisager sa vie
dans la simplicité, la confiance, la joie partagée, le
service des autres, l'amour !
Considérer l'existence comme un
cadeau précieux. Apprécier chaque seconde comme
importante et donc lutter pour sauver sa vie et celle des autres,
tout en sachant qu'elle glisse de nos mains comme le sable de la
plage...
Considérer l'Histoire humaine comme
le rocher de Sisyphe, toutes les cultures, tous les arts, toutes les
connaissances, appliquées ou non, comme le chantier commun des
hommes et de Dieu.
Un jour, un soir, se coucher comme la
chèvre de Mr Seguin, repu de découvertes,
d'actions bonnes, de projets, et de désirs comblés ou
non.
S'abandonner sans crainte, la main du
Christ-Jésus serrant la nôtre.
Heureux ceux qui vivent ainsi et longtemps,
ayant pris au sérieux le projet fou de l'architecte
génial du nouveau monde. Projet inachevé à cause
de la médiocrité humaine, mais dont les signes sont
perçus par les yeux de la foi.
J'ai envie de poser la question : Paul
a-t-il connu cette vie là ?
L'Église chrétienne a-t-elle
enseigné cette voie là ?
Depuis 2000 ans le monde ne
souffre-t-il pas mille enfers par l'erreur colossale consistant
à ne parler d'un avenir heureux, d'un royaume de paix et de
lumière, d'une nouvelle vie pour l'esprit humain,
que
dans l'avenir apocalyptique de la fin du monde ?
Est-il trop tard ?
Je pense que la patience de Dieu est sans
limite.
Je pense qu'au travers de vingt
siècles d'étouffement du divin Évangile, dans
des paroisses diverses mais toutes obsédées par la
sécurité des rites, des dogmes, des peurs
camouflées, je peux distinguer l'action humble et puissante
des prophètes et des inspirés : François d'Assise, le curé de
Bernanos , Martin Luther King, soeur
Emmanuelle, « l'Augusta » de Roger
Breuil, les prêtres ouvriers, Mgr
Camara (je cite en vrac...) et toute
l'armée des humbles, des ignorés (sauf de Dieu !)
qui ont donné de l'amour et de la paix.
Et si on se mettait à croire
à l'autre monde, au nouveau
royaume dont un humble berger est le monarque
débonnaire ?
Et si on réinventait nos paroisses
sclérosées ?
Et si, à l'image des cercles
silencieux préoccupés à contre-courant,
des
« sans-papiers », les chrétiens oubliaient un peu Paul, pour
tenter d'écouter le pur Évangile ?
Ma soeur, mon frère, le vrai
« réveil » dont rêvent certains pour nos paroisses, ne
serait-il pas plutôt un « éveil » des chercheurs du Dieu vivant ?
Retour vers "Jean
Hoibian"
Retour vers libres
opinions
Vos
commentaires et réactions
haut de la page