Libres opinions
L'art de
prêcher
Sous la direction de
Raphaël Picon
Éditions Olivétan
190 page. 18
euros
Recension Gilles
Castelnau
18 juin 2008
Ce livre est un ensemble d'articles
rédigés par plusieurs personnalités
protestantes, dont les professeurs
André Gounelle, Raphaël Picon, Laurent Gagnebin, Bernard
Reymond, Alain Houziaux etc.
Il multiplie les réflexions et les
conseils à l'intention des prédicateurs protestants
mais les prêtres, les imams et les rabbins en feront bien
évidemment leurs fruits et les fidèles habitués
à écouter se réjouiront de lire ces lignes qui
leur feront prendre conscience des raisons du malaise qu'ils
éprouvent.
Voici quelques exemples glanés au
passage, qui donneront, je l'espère envie d'acheter et de lire
l'ensemble de ce livre si vivant.
p. 24. Alain
Houziaux
Prêcher, c'est dire quelque chose
à quelqu'un. Et la première question, c'est bien
sûr : est-ce que j'ai vraiment quelque chose à
dire ? Quelque chose qui vaille la peine de lui être
dit...
p. 25. Alain
Houziaux
Quans nous prêchons, il ne faut pas
partir de l'Évangile, il faut partir de l'homme, de ce que
nous sommes : la souffrance, le malheur dont on n'arrive pas
à se remttre ou dont on se remet trop facilement, le
désir d'aimer et aussi de ne plus aimer, etc.
p. 37. Raphaël
Picon
Le récepteur du discours
reçoit la prédication à travers une série
de filtres qui modifient considérablement le contenu de ce qui
est dit, à tel point qu'un auditeur peut réellement
entendre autre chose que ce qui a été réellement
exprimé.
Ces filtres sont notamment d'ordre rationnel (nous recevons un
discours en fonction des catégories de pensée qui sont
les nôtres), émotionnel (tout discours aiguise notre
imaginaire, suscite des effets qui, consciemment souvent, orientent
l'interprétation du discours), affectif (les mots et les
expressions employés, les idées
développées, le rythme d'ensemble, la voix du
prédicateur, tous ces différents éléments
s'apprécient en fonction des sensibilités de
chacun).
L'existence de ces filtres tient au simple fait que l'auditeur n'est
pas une caisse enregistreuse, entièrement passive et soumise.
L'auditeur pense en même temps qu'il écoute ; il
reste autonome et libre dans sa manière d'intégrer et
d'organiser ce qui lui est transmis. Il ressent, éprouve,
réagit intérieurement. Une communication réussie
est celle par laquelle un message traverse ces différents
filtres, en supportant d'être affectés par eux, mais
sans pour autant en être dénaturé.
p. 40. Raphaël
Picon
Pour conclure, il nous paraît
important de souligner que le prédicateur communique toujours
davantage et en partie autre chose que ce qu'il dit
effectivement.
Comme nous l'avons vu, cela tient au fait que son auditeur ne lui est
pas soumis.
Cela s'explique aussi par la dynamique même du discours :
ce que provoquent les facteurs de communication que privilégie
la prédication, ainsi que le choix des formes dominantes de
son énonciation. Autant d'éléments qu'il faut
maîtriser au mieux, afin de rendre sa commu?nication plus
immédiate, plus riche, et pertinente.
p. 85 Bernard
Reymond
Touchant à sa fin, un sermon a moins
besoin de conclusions que de sortie ou même d'ouverture de
portes : il doit s'ouvrir sur autre chose, sur la vie, sur les
heures et les jours à venir.
Or le prédicateur n'a barre ni sur la vie de ses auditeurs, ni
sur leurs heures ou sur leurs jours. Il ne même doit pas se
permettre d'en avoir l'ambition, encore moins laisser
transparaître l'impression qu'il pourrait la dissimuler
par-devers lui.
Les sermons qui s'achèvent sur des consignes
impératives du genre « faites ceci » ou
« ne pensez pas cela » ferment des portes au lieu
de les ouvrir. Ils ne prennent pas assez au sérieux le fait
que les fidèles sont et doivent rester libres envers les
propos tenus en chaire - libres d'en tirer chacun pour soi les
conclusions qui s'imposent à lui et ne sont pas
nécessairement celles du pasteur ou du voisin de banc au
temple.
p. 125. Georges Casalis
Il faut prêcher en pensant que
quelqu'un participe au culte pour la première fois, un autre
pour la dernière fois.
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