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L'athéisme d'André Comte-Sponville

 

 

« L'Esprit de l'athéisme »

Introduction à une spiritualité sans Dieu

 

Le Livre de Poche

recension Gilles Castelnau

 

15 décembre 2008

André Comte-Sponville est un esprit ouvert et sympathique. Son livre se lit avec beaucoup d’intérêt et de plaisir. L'auteur se présente d’ailleurs lui-même ainsi :

Page 20. Reconnaissons qu'il y a davantage de saints chez les croyants que chez les athées ; cela ne prouve rien quant à l'existence de Dieu, mais interdit de mépriser la religion. La plupart sont estimables. Leur foi ne me dérange en rien. Pourquoi devrais-je la combattre ? Je ne fais pas de prosélytisme athée. J’essaie simplement d’expliquer ma position, de l’argumenter, et plus par amour de la philosophie que par haine de la religion. Il y a des esprits libres dans les deux camps. C’est à eux que je m’adresse. Je laisse les autres, croyants ou athées, à leurs certitudes.

Son livre est important pour les chrétiens par sa présentation sympathique et attachante d’une spiritualité athée dans laquelle nous pouvons nous reconnaître et dont nous pouvons peut-être nous contenter.
En tous cas nous ne pouvons, me semble-t-il que l’approuver dans son refus de croire en un Dieu impossible.
En effet, l’idée qu’il se fait du Dieu auquel il ne croit pas, me paraît tellement absolue et moyenâgeuse, peu crédible, pour tout dire, qu’à sa place je serais aussi athée que lui !
Il est évidemment discutable de se construire une conception non-crédible de Dieu pour déclarer ensuite que l’on n’y croit pas.

Page 78. J'entends par « Dieu » un être éternel spirituel et transcendant (à la fois extérieur et supérieur à la nature), qui aurait consciemment et volontairement créé l'univers. Il est supposé parfait et bienheureux, omniscient et omnipotent. C'est l'Être suprême, créateur et incréé (il est cause de soi), infiniment bon et juste, dont tout dépend et qui ne dépend de rien. C'est l'absolu en acte et en personne.

Son « athéisme » est, en fait le refus - tout à fait légitime - qu’il fait de la conception « théiste » de Dieu, que les théologiens modernes récusent également.

Page 94. « Je ne suis pas athée, m'explique un ami : je crois qu'il y a quelque chose, une énergie... » Pardi ! Moi aussi je crois qu'il y a quelque chose, une énergie (c'est d'ailleurs ce que nous apprennent nos physiciens : l'être est énergie). Mais croire en Dieu, ce n'est pas croire en une énergie ; c'est croire en une volonté ou en un amour ! Ce n'est pas croire en quelque chose ; c'est croire en Quelqu'un ! Et c'est à cette volonté, à cet amour, à ce Quelqu'un - le Dieu d'Abraham et de Jacob, celui de Jésus ou de Mahomet - que, pour ma part, je ne crois pas.
Qu'il y ait quelque chose, nul n'en doute. Et que cet être soit une force (l'energeia des Grecs, le conatus de Spinoza, l'énergie de nos physiciens), il suffit de regarder la nature pour s’en apercevoir. La question est de savoir « pourquoi » il y a quelque chose.

 

Lorsqu’il écrit : « Mais croire en Dieu, ce n'est pas croire en une énergie... c'est croire en Quelqu'un ! », il personnifie Dieu au point d’en faire une personne, qu’il imagine probablement demeurer en dehors du monde, tout-puissant sans doute, intervenant par sa volonté libre dans l’histoire des hommes et responsable par conséquent de tout ce qui arrive. Il a bien raison de ne pas y croire.
Effectivement cette image de Dieu qui est celle du catholicisme traditionnel d’autrefois et qu’on retrouve aujourd’hui dans l’islam et les mouvements évangéliques, n’est certes pas la seule que les croyants peuvent avoir. Déjà saint Paul enseignait justement un Dieu intérieur, énergie vitale (n’en déplaise à Comte Sponville) : « Il donne à tous la vie et le souffle... En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17.25-28).

 

Au cours de ses 215 pages, Compte-Sponville évalue et discute quantités d’idées concernant la religion, dont, par exemple, le problème du « Dieu qui se cache ».

Page 104. « La plupart de nos théologiens, et quelques-uns de nos philosophes, se donnent du mal pour nous convaincre que Dieu existe. C'est bien aimable à eux. Mais enfin il serait plus simple, et plus efficace, que Dieu consente à se montrer ! C'est toujours la première objection qui me vient, lorsqu'un croyant essaie de me convertir. « Pourquoi te donnes-tu tant de mal ? ai-je envie de lui demander. Si Dieu voulait que je croie, ce serait vite fait ! S'il ne le veut pas, à quoi bon t'obstiner ? »
Je sais bien que les croyants, au moins depuis Isaïe, invoquent « un Dieu qui se cache », Deus absconditus... Certains y voient une qualité supplémentaire, comme une discrétion divine, une délicatesse surnaturelle, d'autant plus admirable qu'elle nous protège du plus beau, du plus étonnant, du plus éblouissant des spectacles ! Tel n'est pas mon sentiment. Je m'étonne, bien au contraire, d'un Dieu qui se cache aussi obstinément. J'y verrais, si j 'y croyais, moins de délicatesse que d'enfantillage, moins de discrétion que de dissimulation. Je n'ai plus 1'âge de jouer à cache-cache, ni à « Dieu y es-tu ? ». Le monde et la vie m'intéressent davantage.

A ce sujet, il dit notamment ceci :

Page 108. Que penseriez-vous d'un père qui se cacherait de ses enfants ? « Je n'ai rien fait pour leur manifester mon existence, vous expliquerait-il, ils ne m'ont jamais vu, jamais rencontré : je les ai laissé croire qu'ils étaient orphelins ou de père inconnu, afin qu'ils restent libres de croire ou pas en moi... »
Vous penseriez que ce père est un malade, un fou, un monstre. Vous auriez évidemment raison.
Et quel Père faudrait-il être pour se cacher encore à Auschwitz, au Goulag, au Rwanda, quand ses enfants sont déportés, humiliés, affamés, assassinés, torturés ? L'idée d'un Dieu qui se cache est inconciliable avec l'idée d'un Dieu Père. Et rend l'idée même de Dieu contradictoire : ce Dieu-là n'en serait pas un.

Et à propos du péché et de la Chute, j’aime qu’il dise :

Page 128. Faut-il donner raison aux misanthropes ? Surtout pas ! L'homme n’est pas foncièrement méchant. 1l est foncièrement médiocre, mais ce n’est pas sa faute. Il fait ce qu'il peut avec ce qu'il a ou ce qu'il est, et il n'est pas grand-chose, et il ne peut guère. C'est ce qui doit nous rendre indulgents à son égard, admiratifs même parfois.

 

Lorsque Comte-Sponville parle (à deux reprises) du « sentiment océanique » j’ai vraiment l’impression que nous sommes sur la même longueur d’ondes :

Page 159. Au fond, c'est ce que Freud décrit comme « un sentiment d'union indissoluble avec le grand Tout, et d'appartenance à l'universel ». Ainsi la vague ou la goutte d'eau, dans l'océan... Le plus souvent, ce n'est qu'un sentiment, en effet. Mais il arrive que ce soit une expérience, et bouleversante, ce que les psychologues américains appellent aujourd'hui un altered state of consciousness, un état modifié de conscience. Expérience de quoi ? Expérience de l'unité, comme dit Svâmi Prajnânpad : c'est s'éprouver un avec tout.
Ce « sentiment océanique » n'a rien, en lui-même, de proprement religieux. J'ai même, pour ce que j'en ai vécu, l'impression inverse : celui qui se sent « un avec le Tout » n'a pas besoin d'autre chose. Un Dieu ? Pour quoi faire ? L'univers suffit. Une Église ? Inutile. Le monde suffit. Une foi ? À quoi bon ? L'expérience suffit.

J’ai beaucoup aimé ce petit livre qui donne tant à penser. J’espère que les internautes l’achèteront. Il nous aide à prendre conscience des idées reçues qui ne tiennent pas la route et... - cela ne déplairait sans doute pas à leur auteur - à vivre mieux notre spiritualité chrétienne

 

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