Libre opinion
L'éthique du
coeur
Mai 68
pasteur Jean
Hoibian
13 juin 2008
« Y'a plus d'morale, monsieur ! Au jour d'aujourd'hui
tout est permis ! »
Ah ! autrefois, quand nous
étions jeunes c'était autre chose !
On respectait les parents, les enseignants,
les prêtres, les pasteurs, les gendarmes, et... .le
gouvernement .
Chez moi, Madame, quand nous étions
enfants, il fallait obéir !
Aux repas, les enfants ne parlaient pas et devaient manger de tout.
Pas question de quitter la table sans permission !
Et quand nous avions faits une sottise, la punition tombait :
privation de dessert, une paire de claques, voire une fessée,
l'exil dans la chambre ou un cabinet noir.
Quand la dispute enfantine tournait à la violence et au
vacarme, ma mère nous dispersait avec quelques distributions
de martinet ou de tapette à descentes de lit.
Revenions-nous de l'école avec une obligation de
recopier 50 ou 100 fois la même phrase
révélatrice, loin de nous plaindre ou de nous
défendre, nos parents ajoutaient à nos ennuis,
remontrances ou seconde punition !
Et sur le plan des moeurs,
Madame ! Nous étions
très contrôlés. Je me souviens que les
écoles primaires n'étaient pas mixtes. A l'occasion du
11 Novembre et du 14 Juillet le directeur faisait chanter
aux garçons et filles, en ch�ur, des hymnes patriotiques. Je
le vois encore passant et repassant dans l'espace vide, soigneusement
établi par lui entre les filles et les garçons.
Ce contrôle de la mixité était appliqué au
catéchisme, dans les mouvements de jeunesse, et dans les
églises et les temples on respectait la
séparation : les hommes s'asseyaient à gauche, les
femmes à droite.
Il est vrai que beaucoup
d'enfants, de jeunes, passaient
outre à ces interdits de la morale de l'époque. Ils
désobéissaient mais en cachette, sachant fort bien
qu'ils avaient tort. Ainsi agissaient d'ailleurs les adultes (en
grandissant nous découvrions leurs secrets... qui pensaient
sans doute que les préceptes imposés à
l'enfance, ne les concernaient plus ?
Oui, monsieur, tout n'était pas
parfait, mais apparemment, l'ordre
régnait. On savait où se trouvaient le bien et le mal.
Ce dernier était refoulé, caché. La
société affichait ses principes et sanctionnait les
défoulements visibles.
Ah ! Mai 68 est une date
néfaste ! C'est de
là que viennent tous les désordres, toutes les
turpitudes,qui détruisent la société, nos
familles, l'enseignement, et les institutions !!
Ainsi parlent les gens figés dans
le passé comme le rouleau
témoin coulé dans le béton le jour de
l'ouverture officielle du chantier.
.
Très nombreux sont les auteurs
intelligents et compétents
qui ont démontré l'importance de cette mise en marche
de la société, juste avant, pendant et après
Mai 68. Nous n'y reviendrons pas. Les fondements de la vie
conjugale, de la sexualité, des droits de la femme,ont
été considérablement modifiés. Qui
aujourd'hui voudrait revenir en arrière ?
La parole a été
libérée ! ce qui ne veut pas dire qu'elle est
toujours utilisée avec intelligence. Il n'est que d'ouvrir sa
radio ou sa télé pour être convaincu du niveau de
vulgarité, de bassesse et de mensonge, d'un grand nombre
d'émissions.
Et cette vague de jougs détruits n'a
fait que s'amplifier depuis 40 ans. D'où une certaine
panique qui gagne presque toutes les classes de la
société.
En tant que chrétien, je me pose
la question : sur quelle
éthique s'appuyer pour remettre un peu d'ordre dans la vie
familiale, dans le monde scolaire, dans les rapports
sociétaux, dans les entreprises publiques ou
privées ?
Paul dans une épître,
déclare : « Là où est l'esprit du
Seigneur, là est la liberté » (j'avais placardé cette belle devise dans la
cellule crasseuse de la Maison d'arrêt de « La
Santé », qui me
servait de bureau d'aumônier.)
Qu'est-ce donc que cet « Esprit du
Seigneur » qui nous
garantirait la précieuse liberté ?.Jésus,
« le fils de
l'homme » s'est voulu
avant tout serviteur. Il n'a pas voulu appuyer son autorité
sur des pouvoirs divins.
Toute la multitude qui l'a suivi,
écouté, comme on accepte un guide en montagne, ou un
chef charismatique, a été conquise par l'amour des
êtres dont rayonnait ses paroles et ses actes.
L'amour, n'est-ce pas le secret de toute vie
réussie ? Mais vis-à-vis des enfants, l'amour
doit-il exclure toute sévérité ?
Ne parlez pas aux jeunes parents de
morale ! Ils l'exècrent ! Je les comprends partiellement. C'est vrai que la
morale laïque d'autrefois faite de dictons
stéréotypés : « qui vole un oeuf vole un
boeuf », « pierre qui roule n'amasse pas
mousse », etc.
semble inadaptée à notre époque laxiste, en
recherche d'efficacité.
De même le Bon Dieu
sévère qui voit tout et va punir l'enfant rebelle, ou
le petit Jésus à qui on ne doit pas faire de la
peine ! sont des moyens pédagogiques
périmés. Les adultes eux-mêmes n'ont plus la
crainte d'un Dieu jaloux et coléreux ! Ils ont
accédé à une foi d'adulte et les plus
responsables savent adapter à chaque circonstance une morale
de situation.
To-day j'agis de cette manière,
to-morrow je réponds autrement. J'agis, je décide,
selon ma conscience. Mon éthique est basée non sur des
principes, mais sur l'impératif de la justice et de
l'amour.
MA CONSCIENCE, voilà le mot
clé !
Pour les parents, les adultes, ce terme est
clair de sens même si nous ne le respectons pas
toujours !
Mais pour les enfants, surtout les plus
petits, comment toucher leur coeur ? leur faire discerner ce qui
est bien, ce qui est mal ?, ce qui fait de la peine aux parents,
au frère ou à la soeur ?
Comment leur apprendre une sorte
d'introspection adaptée à leur âge, si on exclue
totalement l'existence du Divin ?
Sur quels principes enseigner à
l'enfant la conscience, sa conscience ? qui fera lentement de
lui un être responsable attiré par les vraies
valeurs : le respect de l'autre, la compassion
vis-à-vis des plus faibles, la justice et
l'équité ?
J'avoue mon désarroi. Je ne trouve
aucune solution ayant joué ma vie sur l'accompagnement
permanent d'un guide divin en moi.
Pour ceux qui ne croient pas (et je leur
reconnais ce droit) quelle est la recette ? comment
éveiller l'enfant à la conscience de ses droits et de
ses devoirs ?
On me répondra par les philosophes
grecs, par les grands penseurs du
siècle des lumières, par les pères de nos
révolutions françaises, par la Déclaration des
Droits de l'homme, par la cohorte admirables des philosophes
français et étrangers. Je m'incline, mais est-ce facile
pour les enfants d'entrer dans tant de pensées
abstraites ?
J'ai peur qu'on fasse l'économie
d'une vraie réflexion sur la conscience humaine et que,
comprenant mal le rejet de Mai 68, des parents démunis ne
manient avec contradiction la méthode de la carotte et du
bâton...
Pourquoi crains-tu vieil
homme ? Chaque
génération reçoit, ou découvre ses
solutions. Il faut faire confiance à l'avenir.
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