Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 


« Le fascisme va passer »


Frédéric de Coninck


article paru dans l’hebdomadaire protestant Réforme

le 13 juin 2024



13 juin 2024

Après la dissolution de l’Assemblée nationale,
le sociologue Frédéric de Coninck prédit une victoire du Rassemblement national
aux élections législatives
et s’alarme du danger fasciste.

 

Mon  âge m’a donné l’occasion d’entendre le slogan, répété à tout propos : « Le fascisme ne passera pas. » Il y avait souvent, là-de- dans, beaucoup d’inflation verbale et certains voyaient, à tort, le fascisme à tous les coins de rue. Mais cette fois-ci, je sors de mon registre habituel et je me risque à une prévision : « Le fascisme va passer. » Bon, tout n’est pas comparable entre les mouvements d’extrême droite européens, et français en particulier, et le fascisme italien de naguère. Mais il y a quand même beaucoup de similitudes.

D’une certaine manière je comprends la décision d’Emmanuel Macron, qui voyait son action paralysée par son absence de majorité parlementaire. Il ne s’imaginait pas terminer son mandat à coups de 49.3. Il me fait penser à un joueur d’échecs qui, acculé, tente un coup désespéré en comptant sur la surprise de son adversaire pour le déstabiliser. Oui, Emmanuel Macron était acculé. Mais une fois que j’ai dit cela, j’ajoute qu’il se berce d’illusions s’il pense provoquer un électrochoc et réveiller son électorat endormi. Il compte, apparemment, sur les divisons de ses adversaires, à gauche et à droite, mais il ne voit pas que son propre électorat est parti en lambeaux. Une partie sans doute a rejoint les abstentionnistes pour les élections européennes et se mobilisera pour les législatives. Mais une autre vogue maintenant vers d’autres lieux et ne le rejoindra pas.

Le seul bloc significatif est le Rassemblement national (RN) et, contrairement à d’habitude, il est à prévoir qu’il remportera la plupart des éventuelles triangulaires du second tour. Et dans les situations où il aura un seul candidat en face de lui, il le battra la plupart du temps. Je pense donc que si le RN n’obtient pas la majorité absolue à l’Assemblée nationale, ce sera en tout cas la force politique la plus nombreuse. Emmanuel Macron joue la carte usée de « moi ou le chaos ». Et ce sera le chaos.

Trois ans de cohabitation

En cas de majorité simplement relative du RN au Parlement, je ne vois pas, de toute manière, tous les autres partis faire bloc pour rejoindre la macronie qui est devenue un bateau ivre. Il y aura donc une cohabitation avec un Premier ministre issu de l’extrême droite. Et au bout de deux ans et demi, quand la campagne présidentielle commencera, je doute qu’il y ait un nombre significatif de déçus du Rassemblement national. Ce que l’on voit dans les autres pays d’Europe qui ont porté à leur tête des leaders nationalistes et autoritaires est que la déception vient, mais lentement. Pour revenir à la métaphore du jeu d’échecs, Emmanuel Macron n’avait peut-être pas d’autre coup à jouer, mais il a joué, en tout cas, un coup perdant. Quant à ses conseillers qui comparent cette initiative surprise au débarquement de Normandie, ils seraient ridicules s’ils n’étaient pas pathétiques.

Le fascisme va passer. (Je précise que je suis tout à fait prêt à écrire un article, le 8 juillet, qui s’intitulerait « Je me suis trompé », au cas où ce serait le cas.) Pour l’instant, il faut se préparer à un long, un très long hiver, peuplé de décisions absurdes et dangereuses (en ce qui concerne les enjeux climatiques), injustes et cruelles (au sujet des migrants), hasardeuses (pour la politique étrangère) et, pour couronner le tout, catastrophiques pour les finances publiques. Quant au réveil collectif, s’il arrive, il sera lent et douloureux et même si, de tous côtés, des voix s’élèveront pour tenter de lutter contre d’inévitables dérives, elles seront peu entendues.

« Il y avait un autre chemin, a affirmé sur France 2 la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet. Il y avait un autre chemin qui était le chemin d’une coalition, d’un pacte de gouvernement. » Mais il y a longtemps qu’Emmanuel Macron a tourné le dos à un tel chemin et, faute de négociations en temps et en heure, il n’aura que l’affrontement. J’ai conscience que ce texte est plutôt déprimant. Mais l’espérance chrétienne ne consiste pas à se dire que « tout va bien se passer » et à se bercer d’illusions. Elle est plutôt l’assurance que nous pouvons tenir bon, même face à des événements contraires. Elle est un encouragement à garder le cap. C’est le sens, d’ailleurs, des petites apocalypses des Évangiles synoptiques, où Jésus déroule toute une série d’événements sombres, avant d’appeler ses disciples à continuer à jouer leur rôle.

 

 


Retour vefs libres opinions

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page



 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.