Ce grand livre consacré à
la fin de vie a été publié aux
États-Unis en 1969, puis traduit en français
et publié par Labor et Fides en 1975. C’est,
nous dit l’éditeur « un des joyaux du
catalogue que les éditions Labor et Fides
souhaitent mettre à l’honneur à l’occasion de
leur centenaire » dans leur collection
« Les classiques du centenaire ».
Les
découvertes et les conceptions que l’auteur
– docteur en médecine, psychiatre et
psychologue – met en lumière sont
largement connues et acceptées de nos jours.
Notamment les cinq étapes que l’on traverse
dans le cas des soins palliatifs : le
déni, la colère, le marchandage, la dépression
et l’acceptation.
En
son temps, Elisabeth Kübler-Ross a réussi à
organiser et à faire accepter par le personnel
des hôpitaux qu’elle fréquentait, des groupes
- qu’elle nommait des
« séminaires » - où l’on créait
une atmosphère d’écoute fraternelle permettant
aux malades de dépasser leurs angoisses et
d’exprimer leur pensées et leurs angoisses
profondes et où étudiants en théologie ou en
médecine pouvaient venir se former.
Ce
gros livre nous transcrit un très grand nombre
de ces « conversations » qui nous
font pénétrer dans le monde secret des
mourants.
En voici des
passages :
La peur
de la mort
Peut-être ferions-nous
bien d'accorder davantage d'attention
au malade couché sous ses draps, de refréner
un peu notre soif d'efficacité et notre hâte
bien intentionnée, pour lui prendre la main,
pour sourire, ou pour écouter la question
qu'il aimerait poser.
[...]
Retrouvons
notre malade présumé à la salle des urgences.
Il sera aussitôt entouré d'infirmiers,
d'infirmières affairées, de médecins, auxquels
se joindra peut-être un technicien chargé de
faire un électrocardiogamme. Le malade entend
certains commentaires sur son état, des
questions adressées aux membres de sa famille.
Il commence à être traité comme une chose.
Déjà il n'est plus un être humain à part
entière. Des décisions sont prises sans aucun
souci de son avis. S'il tente de se révolter,
on lui administre un sédatif.
Première
étape
Le refus et l'isolement
Parmi
les quelque deux cents malades proches de la
mort que nous avons interrogés, la plupart ont
eu comme première réaction, en prenant
conscience de l'issue fatale de leur maladie,
de dire : « Non, pas moi, ce ne
peut pas être vrai !
Qui
donc a dit : « Le soleil ni la mort ne
peuvent se regarder t le temps en
face » ? Ces malades peuvent
envisager l'éventualité de leur propre mort
pendant un moment mais ils doivent rejeter
cette pensée pour pouvoir continuer à vivre.
[…]
Si
l'on s'assied en écoutant, si l'on renouvelle
les visites même lorsque le parient ne semble
pas vouloir ou pouvoir parler la première ou
la seconde fois, le malade ne tardera pas à
éprouver un sentiment de confiance, de sentir
qu'il y a là quelqu'un qui prend soin de lui,
qui est disponible, qui se tient là pour
l'entourer.
Quand
il sera disposé à parler, il s'ouvrira, il
fera part de sa solitude, parfois par des
paroles, parfois par de petits gestes,
par des communications sans paroles.
Deuxième étape
L’irritation
Ce
malade veut vérifier qu'il n'est pas oublié.
Il va élever la voix, il va faire
réclamations, il va se plaindre, exiger qu'on
fasse attention à lui, il finira peut-être par
crier : « Je suis en vie ne
l'oubliez pas ! Vous pouvez entendre ma
voix, je ne suis pas encore mort ! »
Un
patient que l'on respecte, que l'on comprend
auquel on accorde de l'attention et un peu de
temps ne tardera pas à baisser le ton et
atténuer ses exigences agressives. Il saura
qu'il est un être humain qui a sa valeur, dont
on s'occupe, à qui on permet de vivre au plus
haut niveau possible, aussi longtemps qu'il en
a la force. On l'écoutera sans qu'il doive
recourir à accès de mauvaise humeur.
Quatrième
étape
La dépression
Si les personnes qui exercent des professions
destinées à aider les malades pouvaient être
plus conscientes des divergences et des
conflits existant entre les malades et leur
entourage, elles pourraient faire part de leur
perspicacité aux familles des malades et leur
apporter une aide appréciable aux uns et aux
autres. Elles pourraient savoir que ce genre
de dépression est nécessaire et bénéfique si
le patient doit mourir dans un état
d’acceptation et de paix. Seuls les malades
qui on capables de surmonter leur angoisse et
leurs anxiétés peuvent parvenir à ce stade. Si
cette assurance pouvait être partagée avec la
famille, beaucoup d'angoisses pourraient leur
être épargnées.
[…]
Nous
avons
finalement compris pourquoi le personnel
hospitalier était incapable de nous dire à
quel point M. H. était conscient de sa
maladie. Il pensait bien moins à son cancer
qu’à passer en revue le sens sa vie et à
trouver un moyen pour partager cette
préoccupation avec la personne qui avait le
plus d'importance à ses yeux, sa propre femme.
Il était profondément déprimé, non pas par sa
maladie incurable, mais parce n'avait jamais
achevé de porter le deuil de ses parents et de
sa fille. Quand il y a déjà tant de chagrin,
on ne ressent plus une peine supplémentaire au
même titre que ne la ressent un corps en bonne
santé et préservé de toute douleur.
Et
nous
avons estimé que cette douleur pourrait être
éliminée si nous trouvions le moyen de
communiquer tout cela à Mme H.
Cinquième
étape
L’acceptation
Il
ne faut pas croire que l'acceptation puisse
confondue avec une étape heureuse. Elle est
vide de sentiments.
C'est comme si la douleur avait fui, la lutte
est derrière nous et un temps commence, celui
« du repos final avant le long
voyage » comme le définissait un malade.
C'est aussi le moment pendant lequel la
famille a généralement le plus besoin d'appui,
de compréhension et de soutien, souvent plus
que le malade lui-même. Tandis que le malade a
trouvé une certaine paix, une acceptation, son
cercle d'intérêts se rétrécit. Il désire être
laissé seul ou tout au moins n'être pas
dérangé par des nouvelles ou des problèmes du
monde extérieur. Souvent les visites ne sont
pas désirées et s’il en vient, le malade ne
reste pas longtemps en mesure parler. Il
demande qu'on limite le nombre des gens qui
viennent et préfère les visites brèves.
[…]
Notre
présence peut simplement confirmer que nous
serons là, tout près, jusqu'à la fin.
[…]
Cela peut
rassurer le mourant, lui faire sentir qu'il
n'est pas abandonné à lui-même lorsqu'il ne
parle plus et qu'une pression de main, un
regard, une manière d'arranger un oreiller en
dit bien davantage que des paroles
« bruyantes ».
Chapitre 8
Espoir
Quel
que
soit le nom qu'on lui donne, nous avons
constaté que tous nos patients conservaient un
peu de cet espoir et qu'ils s'en nourrissaient
dans les moments particulièrement difficiles.
Ils montraient la plus grande confiance dans
les médecins qui leur permettaient d'espérer
- à tort ou à raison -, ils en
jouissaient, lorsqu'au lieu de mauvaises
nouvelles, c'était cet espoir qu'on leur
proposait.
[…]
Si
un malade cesse d'exprimer son espoir, c'est
généralement le signe d'une mort imminente.
[…]
Tous
ces malades sont morts dans le vingt-quatre
heures. Si nous les avons soutenus dans leur
espoir, nous n'avons pas insisté sur l'espoir
lorsqu'ils finissaient par l'abandonner, non
par désespoir, mais parce qu'ils étaient
parvenus à un stade d'acceptation finale.
Les
conflits que nous avons rencontrés à propos de
l'espoir provenaient de deux causes
principales. L'une, la plus douloureuse, était
la contagion du désespoir. venant soit du
personnel, soit de la famille, au moment où le
malade avait encore besoin d'espoir. La
seconde source d'angoisse provenait de
l'incapacité de la famille à admettre que le
patient était à sa dernière étape ; la
parenté s'accrochait éperdument à l'espoir
alors que le malade lui-même était prêt à
mourir et percevait l'incapacité de sa famille
à admettre ce fait
Chapitre
11
Réactions au séminaire sur la mort et
l’agonie
Réactions du personnel hospitalier
Environ
neuf médecins sur dix réagirent avec malaise
et contrariété ou avec une hostilité ouverte
ou cachée lorsqu'on les aborda pour leur
demander la permission de parler à l'un de
leurs malades. Certains se mettaient en colère
lorsque leurs malades leur demandaient de
pouvoir nous parler, comme s'il s'agissait
d'une accusation d'incapacité de leur part.
Ce n'est
que très lentement que la situation a changé
et qu'ils en sont venus à nous demander de
voir l'un de leurs malades.
Réactions
des malades
Nous parlons
de la mort - sujet socialement
proscrit - d'une manière franche
et sans complications, ouvrant ainsi
la porte à une grande diversité de
discussions, permettant un refus
total, si cela semble nécessaire, ou
une conversation franche sur les
craintes et les soucis du malade, si
c'est cela qu'il choisit. Le fait que
nous ne pratiquions pas le refus, que
nous soyons prêts à employer les mots
de mort, d'agonie, est peut-être la
communication la plus favorablement
accueillie par la plupart de nos
patients qui sont tous conscients de
la gravité de leur maladie, qu'on le
leur ait dit ou non. Il vient un
moment où tous nos patients ont senti
le besoin de parler à quelqu'un de
leurs préoccupations, d'ôter le
masque, de regarder la réalité en
face.
Ils
ont
clairement fait comprendre qu'ils
pratiquaient la dénégation, lorsque le
médecin ou un membre de la famille
s'attendait à la dénégation, à cause
de leur dépendance à leur égard et de
leur besoin de conserver une relation
humaine.
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