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Visages du Christ
dans le Premier Testament


 

Michel Barlow


Édition Cabédita

96 pages - 12 €


 

recension Gilles Catelnau




19 mars 2024

Michel Barlow anime fidèlement d’excellentes études bibliques dans sa paroisse lyonnaise, dont il est un paroissien fidèle et engagé, . Il connait fort bien la Bible, en pratique une intelligente lecture historico-critique qui ne se fait jamais prétentieuse ou ennuyeuse mais édifiante et stimulante. Il en met sans doute par écrit dans ce livre un choix intéressant, étudiant tour à tour

• « Il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait »

• L’Emmanuel et les annonces prophétiques qu’accomplit Jésus-Christ

• Les chants du Serviteur d’Ésaïe : un portrait théologique du messie à venir

• Le Fils d’Homme du livre de Daniel : le Christ en gloire avant la lettre

• Le roi débonnaire et le berger mal-aimé selon Zacharie

• Élie, figure annonciatrice ou antithèse de Jésus-le Christ ?

 

Voici comment il conclut son livre : 

Conclusion

Notre rencontre avec les visages du Christ dans le Premier Testament nous […] a permis de donner forme aux affirmations de la foi : oui, il viendra à nous à la fin des temps, le Christ, notre espérance et notre vie. Mais non pas comme un juge impitoyable et terrifiant. Sans doute aura-t-il des traits de ce roi débonnaire et modeste qu'imagine Zacharie, ou la tendre humanité si vulnérable du Serviteur d'Esaïe. N'est-il pas l'Aimant par excellence qui « attire à lui tous les hommes » (Jean 12,32), ce Fils de l'homme qu'imaginent Ézéchiel et Daniel, tout à la fois le plus humain des humains et le plus divin, auréolé de la gloire céleste ? N'est-il pas le même que cet aimable Jésus de Nazareth qui embrasse les enfants et s'émeut de compassion pour les malades et tous les exclus ? N'est-il pas l'image humaine de ce Dieu d'Amour qu'il appelle tendrement « Papa » (Abba) ? N'est-il pas celui qu'espère et qu'attend le plus brûlant de notre prière ? Oh, oui, Marana tha ! Viens, Seigneur Jésus, nous t'attendons !


Voici des passages de l'un de ces chapitres :

   

 

Le Fils d’Homme du livre de Daniel :
le Christ en gloire avant la lettre

 

[...]
Chaque fois que Jésus, dans les évangiles, se qualifie de Fils de l'homme, ses disciples semblent bien comprendre qu'il parle de lui-même. L'expression était donc d'usage courant dans la pensée juive au temps de Jésus, grâce à la littérature prophétique et aux traditions de la piété populaire. Cependant, comme on va le voir, elle pouvait avoir des sens bien différents, pour ne pas dire antithétiques.

[…]

La glorieuse « ressemblance d'un fils d'homme » chez Daniel

La connotation de « fils d'homme » est tout à fait différente, pour ne pas dire antithétique dans le livre de Daniel. Dans la vision du chapitre 7, l'expression « fils d'homme », bien loin de souligner la banalité de l'humain, sa petitesse, voire sa relative grandeur, désigne un personnage auréolé de toute la gloire divine : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu'avec les nuées du ciel venait comme un fils d'homme ; il arriva jusqu'au Vieillard [Dieu le Père], et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite » (Dn 7, 13-14).

 

Jésus reprend presque mot à mot cette description pour évoquer sa Parousie, son retour glorieux à la fin des temps : « Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine; et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel dans la plénitude de la puissance et de la gloire. Et il enverra ses anges avec la grande trompette et, des quatre vents, d'une extrémité du ciel à l'autre, ils rassembleront ses élus » (Matthieu 24, 30-31).

[…]

La parousie du Fils de l’Homme

[…]

Il est surprenant que l'expression « le Fils de l'Homme » qui nous a occupé dans les pages qui précèdent ne soit pas davantage présente dans la prière individuelle ou liturgique des chrétiens. Pourtant - on l'a vu, notamment en faisant dialoguer le livre d'Ézéchiel et celui de Daniel, la formule reflète le merveilleux paradoxe de l'Incarnation : un paradoxe dont on ne s'émerveillera jamais assez dans la prière et la réflexion chrétiennes. Un « fils d'homme » peut désigner pour Ézéchiel le plus modeste des humains (le prophète lui-même, en l'occurrence), alors que « le Fils de l'Homme » pour les évangiles, « une apparence de Fils d'homme » pour Daniel, couronne le Messie de toute sa gloire divine : une véritable apothéose, au sens premier du terme : une « déification » qui, en outre, met un point final triomphal au temps des humains.

Et c'est précisément ce pluriel de sens incompatibles qui définit l'incarnation du Christ : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils, son unique » (Jean 3, 16) comme guide et sauveur de l'humanité. Et celui-ci, comme le clame avec enthousiasme l'admirable Hymne au Christ de l'Épître aux Philippiens, ne s'est pas « cramponné » à sa dignité de Fils de Dieu (Ph 2,5). Il s'en est « dépouillé » (littéralement « vidé ») ; il a partagé pleinement la condition humaine et jusque dans ses aspects les plus pitoyables : le sort d'un condamné à mort, exécuté dans les conditions les plus atroces. Mais auparavant il s'est montré « le plus humain des humains », notamment dans son accueil sans limite des plus démunis et de tous les exclus de la société de son temps. Voilà qui devrait nous inspirer la prière la plus enthousiaste, la plus émerveillée : de quel amour Christ nous a aimés pour devenir l'un de nous et se donner jusqu'à la mort, en fidélité à sa générosité sans mesure !

 

 

 

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