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Libre opinion

La justice
restaurative
Pour sortir des impasses de la logique
punitive
Howard
Zehr
Ed. Labor et Fides
128 pages, 14 €
Recension
Gilles Castelnau
15 février 202
Les éditions Labor et
fides fêtent leur centenaire en
rééditant cet excellent livre (publié en 2012)
avec une nouvelle préface de Robert Cario,
professeur de criminologie. Il était déjà recensé
sur
ce site avec plusieurs commentaires
élogieux.
En effet l’idée de la justice restaurative est
issue d’une spiritualité chrétienne, comme Howard
Zehr le précise lui-même dans son ouvrage. Il
cherche avant tout la compréhension mutuelle (on
sent bien qu’il brûle de prononcer les mots
d’amour fraternel) de l’auteur des méfaits – qu’il
propose de nommer « l’infracteur » - des victimes
et de la société qui les entoure. Cette attitude
s’oppose évidemment à la conception juridique
occidentale selon laquelle c’est à la loi de
l’État que le coupable s’est opposé et par qui il
doit recevoir une sanction expiatoire.
Howard Zehr nous dit que ce style de relations
existe dans certaines sociétés traditionnelles,
canadiennes ou néo-zélandaises notamment et qu’il
est – partiellement du moins – mis en pratique aux
États-Unis.
Il est à regretter qu’il ne donne pas les exemples
concrets de la manière dont les choses se sont
effectivement déroulées car le lecteur dubitatif
conservera l’impression de se trouver devant la
description utopique d’un monde merveilleux.
Il décrit ainsi les principes de la justice
restaurative :
Les
principes fondamentaux de la justice
restaurative
Howard Zehr et Harry Mika
En voici des passages
Le crime est d’abord et
avant tout une violation de personnes et de
liens interpersonnels
Les victimes et la communauté ont été
mises à mal et ont besoin d’obtenir réparation
Les victimes principales sont celles qui ont
souffert le plus directement de l'infraction ou du
crime commis, mais d'autres (membres de la famille
de la victime ou de l'infracteur, témoins, membres
de la communauté) sont également victimes.
Les liens interpersonnels qui ont été détériorés
par le crime doivent être pris en compte.
La restauration doit être vue comme un continuum
de réponses à donner aux besoins des victimes, des
infracteurs et des communautés.
Les victimes, les infracteurs et les
communautés sont les parties prenantes
principales.
Le rôle de l'État se limite à enquêter sur les
faits à fournir les conditions nécessaires pour
que processus puisse exister et à assurer la
sécurité de chacun. L'État, en revanche, n'est
jamais victime principale.
Les violations créent des
obligations et des responsabilités
Les infracteurs ont pour obligation
de réparer leurs torts autant qu’il est possible
Les obligations résultant du mal commis à
l'occasion d'un crime devraient s'appliquer à
réparer ce mal.
Les obligations peuvent être perçues comme étant
difficiles, voire douloureuses, à remplir, mais
elles n'ont pas comme finalité la punition ou la
vengeance.
La communauté a des obligations envers les
victimes et envers les infracteurs et doit
assurer le bien-être général de ses membres.
La communauté a pour responsabilité de soutenir et
d‘aider les victimes de crimes à satisfaire leurs
besoins propres.
La justice restaurative
vise à guérir et à réparer les tort subis
Les victimes ont besoin d’être
informées, reconnues et défendues, d’obtenir
réparation, de pouvoir témoigner, d’être en
sécurité et d‘être soutenues. Ce sont les points
de départ de la justice restaurative.
Le processus judiciaire s'attache à
favoriser toutes les occasions d'échanger des
informations, d'encourager la participation, de
promouvoir le dialogue et d'obtenir un accord
partagé entre la victime et l'infracteur.
Les besoins et les compétences des
infracteurs sont pris en compte.
Il importe de reconnaitre que les infracteurs ont
souvent été, eux aussi, victimes de torts
antérieurs ; aussi les notions de guérison et
d'insertion dans la communauté sont-elles mises en
valeur.
Le processus judiciaire relève de la communauté
Le processus de la justice s’efforce de promouvoir
les changements nécessaires au sein de la
communauté afin de prévenir la récidive de torts
similaires infligés à d‘autres.
Voici d’autres passages :
Les principes de la justice
restaurative
Trois questions différentes :
Les trois piliers de la
justice restaurative
La justice restaurative se préoccupe de la
participation de chacun
Pour résumer, la justice restaurative est
construite sur ces trois piliers : les torts
subis et les besoins qui en
découlent (d'abord ceux des victimes mais
également ceux des communautés et des
infracteurs), les obligations qui
résultent de ces torts (pour les infracteurs et
pour les communautés) et la participation
de ceux qui ont un intérêt légitime dans l'affaire
et dans sa résolution (victimes, infracteurs et
membres de la communauté). Voilà en quelques mots
le squelette de la justice restaurative. Cela ne
suffit pas à la définir complètement, mais permet
déjà de comprendre de quoi il s'agit.
La justice restaurative requiert au minimum que
les torts subis par les victimes et leurs besoins
soient pris en compte, que les infracteurs
prennent la responsabilité de réparer et que
chacun (victimes, infracteurs, communautés)
participe à ce processus.
Le « qui » et le « comment
»
Le processus : le « comment »
Une rencontre permet à la victime et à
l'infracteur de mettre un visage sur son
vis-à-vis, de poser des questions directement et
de négocier la façon de redresser les torts subis.
Elle permet aussi à l'infracteur d'entendre, et de
commencer à comprendre, les effets qu'ont eus ses
actions. Enfin, elle offre des possibilités pour
l'émergence d'une responsabilisation qui peut se
traduire parfois par des excuses. Beaucoup de
victimes, et d'infracteurs, trouvent qu'une telle
rencontre représente une expérience importante et
tout à fait positive.
Une rencontre, qu'elle soit directe ou indirecte,
n'est pas toujours possible et, parfois, elle
n'est pas souhaitable. Dans certaines cultures,
une rencontre en face-à-face serait même déplacée.
Une rencontre indirecte peut s'avérer productive
sans être déplacée ; elle passera alors par une
lettre, un échange de vidéos, ou par la
représentation par un tiers de l'un des
interlocuteurs. En tout cas, il importe que le
maximum d'informations puisse être échangé entre
les personnes, et que chacune soit vraiment
impliquée.
Qui est la communauté ?
La justice restaurative a prêté une attention
toute particulière aux microcommunautés locales
ou, pour le dire autrement, aux relations
interpersonnelles qui étaient touchées directement
par une infraction mais que la justice d'État
négligeait souvent. Il est vrai cependant que
d'autres intérêts et d'autres obligations
concernent un cercle plus large que celui des gens
directement impliqués : celui de la société.
Celle-ci est en effet dans son rôle quand elle
s'inquiète de la sécurité de ses membres et de son
bien-être général.
Le but de la justice
restaurative est de redresser la situation
S’intéresser aux torts subis
La justice restaurative s’intéresse en tout
premier lieu au rétablissement d'une situation
d'équilibre, à la correction d'un déséquilibre, au
redressement d'une situation. On l'a déjà vu, cela
implique que l'infracteur doive admettre sa
responsabilité et prenne des mesures concrètes,
dans la mesure du possible, pour réparer les torts
infligés à la victime (et éventuellement la
communauté qui aurait été touchée). Dans le cas
d'un meurtre, par exemple, il est évident qu'il
est impossible de réparer le mal commis. Mais les
marques symboliques, y compris l'admission de la
responsabilité, peuvent être utiles aux victimes
et relèvent directement de la responsabilité du
criminel.
[…]
L'obligation de redresser la situation revient
d'abord à l'infracteur, mais la communauté peut
avoir des responsabilités à prendre elle aussi,
envers la victime d'abord, mais peut-être aussi
envers l'infracteur. Pour que celui-ci puisse
remplir ses propres obligations, il doit souvent
obtenir l'aide et le soutien de la communauté.
Les dix principes de la
justice restaurative
1. S’intéresser en priorité aux dommages
subis plutôt qu’aux lois qui ont été enfreintes.
2. Porter un même intérêt aux
victimes et aux infracteurs et intégrer les uns et
les autres dans le processus.
3. Travailler à la restauration
en faveur des victimes, en leur permettant de
prendre un rôle actif et en répondant à leurs
besoins, tels qu'ellesmêmes les voient.
4. Soutenir les infracteurs tout
en les encourageant à comprendre, accepter et
tenir leurs obligations.
[…]
La justice restaurative en
pratique
[…] Pour les ressortissants de sociétés plus
proches, par l'histoire et la culture, de sociétés
dites traditionnelles — en Afrique par exemple, ou
dans les communautés autochtones en Amérique du
Nord —, la justice restaurative sert souvent de
catalyseur permettant de réévaluer, de
ressusciter, de légitimer et d'adapter des
pratiques coutumières de justice. Au temps de la
colonisation, le modèle juridique occidental a
souvent condamné et supprimé les formes de justice
traditionnelles qui, même si elles n'étaient pas
parfaites, étaient adaptées au fonctionnement de
ces sociétés. IA justice restaurative peut fournir
le cadre conceptuel nécessaire pour réaffirmer la
légitimité de ce qui était positif dans ces
traditions et, dans certains cas, pour développer
à partir de ces traditions des modèles adaptés aux
réalités du système juridique moderne.
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